Au mauvais moment
Ibrahim Nafie
Nous
avons eu l’habitude d’accueillir les fêtes sacrées à bras
ouverts, priant Dieu que ce soit un bon augure pour les deux
nations arabe et islamique. Nous avons également eu l’habitude
d’accueillir le nouvel an motivés par un grand optimisme et en
espérant qu’il sera meilleur que l’année qui vient de
s’écouler. Le grand Baïram a été célébré samedi 30 décembre et
l’avènement du nouvel an 2007 a coïncidé avec le deuxième jour
du Baïram. Alors que les musulmans effectuaient le pèlerinage,
5e pilier de l’islam, et d’autres se préparaient pour
sacrifier le mouton après la prière de l’Aïd, les médias nous
ont annoncé l’exécution du président iraqien déchu Saddam
Hussein, aux premières lueurs du jour du grand Baïram. De
nombreuses scènes avant l’exécution ont été transmises sur les
écrans de télévision, ainsi que la photo après l’exécution,
outre les injures échangées entre Saddam Hussein et ses
bourreaux peu avant sa mort. Je dis clairement que cette
nouvelle, les scènes qui ont été prises en photo et les
déclarations faites par les responsables iraqiens après
l’exécution ont non seulement ému mais aussi causé un choc aux
Arabes, aux musulmans et également au monde entier. La
question ici n’est pas celle d’exécuter ou non le verdict de
la peine de mort contre un dictateur qui a commis des crimes
atroces contre les Arabes et les musulmans. Et il n’est pas
non plus question de remettre en cause le procès et sa
légalité, ni de dire qu’il s’agissait d’une exécution
politique. Mais il s’agit d’une question d’horaire du verdict
et des déclarations des leaders iraqiens à sa suite.
L’exécution à ce moment-là est une entorse à la loi iraqienne
qui interdit les peines de mort pendant les congés officiels
et les fêtes. Et le fait qu’elle ait eu lieu le premier jour
du Baïram est un message loin d’être positif adressé à tous
les Arabes, et notamment aux musulmans sunnites. Il est
certain que l’exécution du verdict à ce moment-là et sa forme
sont une décision politique de haut niveau prise par le
gouvernement iraqien. Celui-ci a le droit de prendre les
décisions qu’il veut en vue de réorganiser la demeure
iraqienne de l’intérieur, mais le moment de l’exécution
suscite aussi une grande colère de la part de ceux qui
rejettent le principe même de la peine de mort ou de ceux qui
estiment que le procès ne s’est pas tenu dans la légalité .