Rien ne sert de pleurer
Salama
A. Salama
La
polémique actuelle autour des circonstances de l’exécution de
Saddam est inutile. A quoi sert-il de parler de l’implication
du gouvernement iraqien dans l’infiltration de
l’enregistrement qui a montré Saddam avec la corde autour du
cou ? Ou de l’insistance du gouvernement américain à choisir
un jour sacré pour les musulmans pour exécuter le président
déchu ? Depuis l’époque abbasside et jusqu’à l’époque moderne,
l’assassinat des dirigeants par les ennemis qu’ils soient du
pays ou des étrangers, est une méthode suivie pour succéder au
pouvoir en Iraq. De plus, l’Administration Bush n’a jamais
pris en considération les sentiments des musulmans.
Dans un tel cas, il n’y a pas d’éthique à suivre pour ce qui
est de la publication et de la diffusion. En effet, les
réalités prennent le dessus sur les restrictions morales et
les technologies médiatiques sont dorénavant capables de
percer les murs, abstraction faite des considérations sociales
et politiques. Supposons que le jugement de Saddam n’était pas
juste et que c’est Washington qui a décidé de la peine et de
la date d’exécution, il est sûr que Saddam a commis contre son
peuple et la nation arabe des crimes qui suffisent à le
condamner à mort plusieurs fois.
Or, est-ce qu’avec la mort de Saddam Hussein, les Américains
ont réalisé tous leurs objectifs ? Ont-ils libéré l’Iraq du
despotisme et instauré l’Etat démocratique et la paix dans
tous les coins du Proche-Orient ?
Rien ne prouve que l’Administration de Bush ait réalisé un
seul de ces objectifs en Iraq. L’Etat
qu’elle a instauré n’est qu’un exemple de destruction totale,
de zizanie et de guerre civile. La guerre contre l’Iraq était
l’occasion en or pour donner la main libre à Israël. Le
pouvoir iranien s’est renforcé dans la région et les dangers
de la prolifération des armes nucléaires ont augmenté. Sans
oublier la hausse des taux d’extrémisme et de terrorisme.
D’un angle historique, il restera impossible de pardonner les
régimes arabes au pouvoir qui ont
gardé le silence face aux injustices et aux atrocités de
Saddam. De plus, même après l’exécution de Saddam, les Etats
arabes devront affronter les défis
intérieurs et extérieurs qui ont fait de la région un objectif
facile et un foyer de faiblesse et d’extrémisme.
Washington a profité de ses erreurs. Maintenant, il ne
s’engage pas même dans les guerres d’expansion et d’hégémonie.
Mais comme il le fait actuellement pour liquider d’anciens
comptes avec la Somalie, il a recours à la méthode de la
guerre par intérim. Les Etats-Unis arment l’Ethiopie et lui
offrent des aides militaires et économiques, et la poussent
ensuite à affronter les forces des tribunaux islamiques en
Somalie. L’objectif étant de déraciner définitivement les
forces islamiques accusées d’abriter des éléments d’Al-Qaëda,
et d’avoir la mainmise sur l’Est de l’Afrique. Quant à nous,
nous continuons de ne plus jouer aucun rôle en Afrique.
L’exécution de Saddam n’était donc pas une obligation
historique, comme l’a décrit l’Israélien Shimon Pérès. Mais
c’était plutôt une conséquence naturelle de la condition dans
laquelle s’est retrouvé le monde arabe. Et le fantôme de
Saddam hantera pendant encore longtemps les nuits de
nombreuses personnes .