Iraq.
Dix jours après l’exécution de l’ancien président iraqien
Saddam Hussein, la justice iraqienne a repris le procès des
campagnes militaires d’Al-Anfal.
Les Kurdes prennent leur revanche
Cette semaine, à la reprise du procès d’Al-Anfal, les regards
se sont portés vers une chaise dans la salle de la Haute Cour
pénale iraqienne : celle qu’occupait Saddam Hussein jusqu’au
21 décembre, au moment de l’interruption du procès des
campagnes militaires d’Al-Anfal, au cours desquelles 180 000
Kurdes avaient été tués en Iraq en 1987-1988.
Sans surprise, la cour « a décidé d’abandonner toutes les
procédures légales contre l’accusé l’ex-président Saddam
Hussein », a annoncé à l’ouverture de cette nouvelle audience
le juge Mohammed Al-Oreibi Al-Khalifa. Le procès se poursuit
donc pour six anciens dirigeants du régime baassiste, dont le
cousin de Saddam, Hassan Al-Majid, dit « Ali le chimique ».
Tous risquent la peine de mort, mais seuls Saddam Hussein et «
Ali le chimique » étaient accusés de génocide. Pour leur
défense, les accusés expliquent que les campagnes d’Al-Anfal
au Kurdistan constituaient un exemple classique de lutte
anti-guérilla, dans le cadre de la guerre Iran-Iraq
(1980-1988).
Sa mort mettant fin à toutes les poursuites engagées contre
lui, l’ancien président iraqien n’aura finalement pas été jugé
pour sa responsabilité dans les campagnes d’Al-Anfal, au grand
dam de la population kurde. Nombre d’entre eux, en effet,
auraient voulu voir Saddam exécuté pour l’opération d’Al-Anfal
et regrettent que l’ancien maître de Bagdad ne puisse répondre
de l’accusation de génocide, chef d’inculpation le plus grave
retenu contre lui.
Une fois de plus, on se trouve donc face aux divisions
ethniques du pays, que l’exécution de Saddam, aussi bien que
la reprise du procès ont exacerbées. En effet, le premier
ministre iraqien Nouri Al-Maliki, issu de la majorité chiite,
a souhaité l’exécution sans délai de Saddam Hussein, malgré
les réserves de ses partenaires kurdes au sein du gouvernement
d’union nationale, qui tablaient sur une longue procédure
d’appel pour faire valoir leurs griefs devant la justice. Et
même si le résultat est finalement identique, c’est-à-dire
l’exécution de Saddam, cet acte ne prend pas la même
signification pour les Kurdes et pour les chiites.
Pour de nombreux Kurdes, en hâtant l’exécution, les autorités,
dominées par une majorité chiite opprimée sous le règne de
Saddam Hussein, se sont offert une victoire politique dont la
justice a fait les frais, puisque l’ancien président, reconnu
coupable de crimes contre l’humanité, a été condamné pour le
massacre de 148 chiites à Doudjaïl, après un attentat manqué
contre son convoi, en 1982. Même le président iraqien, le
Kurde Jalal Talabani, avait estimé que Saddam Hussein ne
devrait pas être exécuté avant la fin du procès d’Al-Anfal. «
Il est important que l’exécution (de Saddam) ne soit pas un
prétexte pour ne pas dévoiler l’ampleur des crimes commis lors
des opérations d’Al-Anfal et Halabja », avait en outre
souligné en décembre le président du Kurdistan autonome,
Massoud Barzani.
Par ce procès, les Kurdes, faute de pouvoir se venger de
Saddam Hussein en personne, veulent prendre leur revanche de
tous ceux qui ont contribué aux massacres contre leur
population. On se trouve ainsi encore une fois dans la spirale
de la vengeance entre les différents groupes ethniques et
confessionnels du pays. Ce qui met à bas toutes les tentatives
de réconciliation nationale.