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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Iraq. Dix jours après l’exécution de l’ancien président iraqien Saddam Hussein, la justice iraqienne a repris le procès des campagnes militaires d’Al-Anfal.

Les Kurdes prennent leur revanche

Cette semaine, à la reprise du procès d’Al-Anfal, les regards se sont portés vers une chaise dans la salle de la Haute Cour pénale iraqienne : celle qu’occupait Saddam Hussein jusqu’au 21 décembre, au moment de l’interruption du procès des campagnes militaires d’Al-Anfal, au cours desquelles 180 000 Kurdes avaient été tués en Iraq en 1987-1988.

Sans surprise, la cour « a décidé d’abandonner toutes les procédures légales contre l’accusé l’ex-président Saddam Hussein », a annoncé à l’ouverture de cette nouvelle audience le juge Mohammed Al-Oreibi Al-Khalifa. Le procès se poursuit donc pour six anciens dirigeants du régime baassiste, dont le cousin de Saddam, Hassan Al-Majid, dit « Ali le chimique ». Tous risquent la peine de mort, mais seuls Saddam Hussein et « Ali le chimique » étaient accusés de génocide. Pour leur défense, les accusés expliquent que les campagnes d’Al-Anfal au Kurdistan constituaient un exemple classique de lutte anti-guérilla, dans le cadre de la guerre Iran-Iraq (1980-1988).

Sa mort mettant fin à toutes les poursuites engagées contre lui, l’ancien président iraqien n’aura finalement pas été jugé pour sa responsabilité dans les campagnes d’Al-Anfal, au grand dam de la population kurde. Nombre d’entre eux, en effet, auraient voulu voir Saddam exécuté pour l’opération d’Al-Anfal et regrettent que l’ancien maître de Bagdad ne puisse répondre de l’accusation de génocide, chef d’inculpation le plus grave retenu contre lui.

Une fois de plus, on se trouve donc face aux divisions ethniques du pays, que l’exécution de Saddam, aussi bien que la reprise du procès ont exacerbées. En effet, le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki, issu de la majorité chiite, a souhaité l’exécution sans délai de Saddam Hussein, malgré les réserves de ses partenaires kurdes au sein du gouvernement d’union nationale, qui tablaient sur une longue procédure d’appel pour faire valoir leurs griefs devant la justice. Et même si le résultat est finalement identique, c’est-à-dire l’exécution de Saddam, cet acte ne prend pas la même signification pour les Kurdes et pour les chiites.

Pour de nombreux Kurdes, en hâtant l’exécution, les autorités, dominées par une majorité chiite opprimée sous le règne de Saddam Hussein, se sont offert une victoire politique dont la justice a fait les frais, puisque l’ancien président, reconnu coupable de crimes contre l’humanité, a été condamné pour le massacre de 148 chiites à Doudjaïl, après un attentat manqué contre son convoi, en 1982. Même le président iraqien, le Kurde Jalal Talabani, avait estimé que Saddam Hussein ne devrait pas être exécuté avant la fin du procès d’Al-Anfal. « Il est important que l’exécution (de Saddam) ne soit pas un prétexte pour ne pas dévoiler l’ampleur des crimes commis lors des opérations d’Al-Anfal et Halabja », avait en outre souligné en décembre le président du Kurdistan autonome, Massoud Barzani.

Par ce procès, les Kurdes, faute de pouvoir se venger de Saddam Hussein en personne, veulent prendre leur revanche de tous ceux qui ont contribué aux massacres contre leur population. On se trouve ainsi encore une fois dans la spirale de la vengeance entre les différents groupes ethniques et confessionnels du pays. Ce qui met à bas toutes les tentatives de réconciliation nationale.

 

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