Iraq .
C’est ce mercredi que le président américain G. Bush doit
annoncer sa nouvelle stratégie pour tenter de stabiliser
politiquement et économiquement le pays.
Le plan de la dernière chance
Le
désastre sécuritaire et le spectre d’une guerre civile ont mis
en avant l’échec flagrant de la politique américaine en Iraq.
Une évidence depuis déjà trois ans. La question n’est plus
d’évaluer la politique américaine mais de savoir si la
nouvelle stratégie du président américain George Bush sera à
même de trouver une solution aux multiples maux de l’Iraq, ou
du moins éviter le pire. Pour l’heure, rien n’est moins sûr.
Ce mercredi, tous les regards seront tournés vers la Maison
Blanche pour connaître précisément les contours de la nouvelle
stratégie américaine. Mais l’on sait déjà que le président
américain doit annoncer le renfort de troupes américaines sur
place et l’envoi de quelque 20 000 soldats supplémentaires
pour sécuriser Bagdad. Une option qui est loin de faire
l’unanimité aux Etats-Unis. Alors que la presse américaine
parle depuis plusieurs jours d’un tel renfort, les Démocrates,
qui ont pris le contrôle du Congrès américain, ont, à nouveau,
averti dimanche le président George W. Bush qu’ils
s’opposeraient à l’éventuel envoi de renforts en Iraq, une
stratégie qui leur semble perdue d’avance. En effet, après
avoir prévenu le président dans un courrier publié vendredi
qu’envoyer des renforts était une stratégie vouée à l’échec et
qu’il était temps de terminer la guerre, les Démocrates ont
fait monter la pression dimanche en laissant entendre qu’ils
pourraient utiliser l’arme budgétaire. « Le président va donc
devoir faire face au Congrès pour justifier le moindre soldat
supplémentaire qu’il souhaite », a déclaré Nancy Pelosi, la
nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants.
« Nos soldats ont fait un excellent travail (en Iraq). Mais à
moins qu’une solution politique et diplomatique ne vienne
appuyer leurs efforts, ils ont les mains liées derrière le dos
», a-t-elle expliqué, en ajoutant que « si le président veut
augmenter cette mission, il va falloir qu’il le justifie ».
Une position qui reflète l’opinion publique américaine
d’autant plus que le nombre de soldats américains tués en Iraq
a dépassé dimanche la barre de 3 000.
Remaniements en série aux Etats-Unis
Le président américain se trouve donc en mauvaise posture,
aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Avant l’annonce de
sa nouvelle stratégie, George W. Bush a procédé vendredi à un
remaniement de hauts responsables de la diplomatie, du
renseignement et de l’armée. Des nominations qui s’inscrivent
dans le cadre de nouveaux choix stratégiques.
Le président américain a nommé le super-patron des services du
renseignement, John Negroponte, au poste d’adjoint de
Condoleezza Rice au département d’Etat, laissé vacant depuis
juillet. M. Bush a souligné la « grande expérience » de John
Negroponte, « son jugement sûr et sa connaissance de l’Iraq et
de la guerre contre le terrorisme ».
D’autre part, le secrétaire américain à la Défense, Robert
Gates, a annoncé des changements parmi ses plus hauts gradés
aux postes de responsable du commandement central au
Proche-Orient et à celui des forces américaines en Iraq.
L’amiral William Fallon, actuellement commandant des forces
armées américaines dans le Pacifique, doit prendre la
succession de John Abizaid en tant que responsable du centcom
au Proche-Orient et le général George Casey, actuel chef des
forces américaines en Iraq, doit être remplacé par le général
de corps d’armée David Petraeus.
Ce remaniement, entamé avec le limogeage du ministre de la
Défense Donald Rumsfeld au lendemain de la large victoire
démocrate aux élections parlementaires de novembre, était
censé préparer le terrain avant le discours du président sur
l’Iraq.
Cependant, ces remaniements semblent surtout faits pour calmer
l’opinion publique américaine, vu que la cote de popularité de
George Bush est en chute libre. Quant aux questions
fondamentales, aucun consensus n’est trouvé dessus. En effet,
selon le Washington Post de vendredi dernier, les conseillers
de la Maison Blanche sont encore divisés sur la question du
renfort des forces américaines stationnées en Iraq. D’autres
désaccords persistent aussi sur la fiabilité du premier
ministre iraqien, Nouri Al-Maliki. D’autre part, selon
certaines informations, la nouvelle politique de M. Bush doit
fixer une série d’objectifs destinés au gouvernement iraqien,
dont une plus grande participation des sunnites au processus
politique, la distribution des revenus provenant du pétrole,
qui a été longtemps retardée, et un assouplissement de la
politique gouvernementale à l’égard des anciens membres du
parti Baas. Des mesures qui ont déjà été évoquées plus d’une
fois et qui ne se sont jamais traduites en actions concrètes.
Pour l’heure donc, rien n’a été dit sur les moyens réels de
stabiliser la situation en Iraq et de mettre un terme aux
luttes confessionnelles qui risquent de dégénérer en guerre
civile et qui se sont accentuées depuis l’exécution de Saddam
Hussein.
Abir Taleb