Commémoration.
L’année Ibn Khaldoun, proclamée par l’Unesco pour célébrer le
600e anniversaire de sa mort, vient de s’achever. Elle a été
l’occasion de faire paraître une série d’ouvrages et de mettre
en lumière de rares manuscrits de l’initiateur de la
sociologie politique.
Ibn Khaldoun remis à la page
De
nombreuses manifestations se sont tenues dans plusieurs villes
d’Egypte célébrant le VIe centenaire de la mort du précurseur
de la sociologie politique, du grand historien et philosophe
musulman Abdel-Rahmane Ibn Khaldoun. A Alexandrie, la
Bibliotheca Alexandrina a, en 2006, rendu hommage à Ibn
Khaldoun par la tenue d’une conférence internationale à
laquelle ont participé de célèbres sociologues, écrivains,
penseurs et politiciens arabes et étrangers. Mis à part les
colloques traitant de la contribution de ce philosophe au
développement des recherches scientifiques et sociologiques
pour revenir sur sa vie, son parcours et ses publications. La
Bibliotheca Alexandrina a publié quelques titres au nom d’Ibn
Khaldoun. Le premier est un ouvrage illustré de Khaled Azab et
Mohamad Al-Sayed et intitulé Maa Ibn Khaldoun fi rehlatoh
(Avec Ibn Khaldoun ... dans son voyage), qui décrit les
voyages d’Ibn Khaldoun dans différents pays et l’histoire de
sa vie. « Ibn Khaldoun a vécu essentiellement au Maghreb, en
Andalousie et enfin au Proche-Orient (Damas, et surtout au
Caire). Ses ancêtres seraient originaires de Hadramaout
(Yémen) ; ils se sont d’abord installés à Séville, en Espagne,
puis à Tunis, où est né Abdel-Rahmane Ibn Khaldoun, le 27 mai
1332. Mort au Caire : le 17 mars 1406. En somme, Ibn Khaldoun
a beaucoup voyagé, soit en quête de savoir, soit dans le cadre
de ses activités politiques, du reste très mouvementées »,
souligne le Dr Khaled Azab, directeur du centre de
l’information de la Bibliotheca Alexandrina. Ce livre présente
surtout les endroits et les bâtiments qui ont témoigné de
l’éclat d’Ibn Khaldoun
dans
les palais du Maghreb et de l’Andalousie, et en Egypte où il a
vécu plus d’un quart de siècle ; citons entre autres la
mosquée Al-Azhar, le khanqa Farag Ibn Barqouq, la madrassa
Al-Saléhiya et la tombe des soufismes à Bab Al-Nasr. Avec Ibn
Khaldoun ... dans son voyage parle aussi des savants et des
érudits qui étaient contemporains d’Ibn Khaldoun. Ce dernier
fut en fait contemporain du voyageur Ibn Battouta (1304-1377),
du mystique Al-Naqchbandi (1318-1388), des historiens
Al-Qalqachandi (1335-1418) et Al-Maqrizi (1365-1442), du frère
franciscain converti à l’islam Anselme Turmeda, appelé
Abdallah Al-Taryuman (1352-1432). Il était aussi contemporain
d’événements comme la guerre de Cent Ans entre l’Angleterre et
la France (1338-1453) et l’apparition de l’empire timouride
(1380-1497). La seconde publication parue à la Bibliotheca
Alexandrina est Ketabet Ibn Khaldoun (les autographes d’Ibn
Khaldoun) réalisée par Youssef Zidan, directeur du centre et
du musée des manuscrits de la Bibliotheca Alexandrina. Il
s’agit de deux reproductions de manuscrits rédigés par Ibn
Khaldoun et dont l’unique copie est conservée à la
bibliothèque du couvent de l’Esquorial, en Espagne. La
première est rédigée durant sa jeunesse Lobab al-mohassel
(l’essence de l’acquisateur) où il s’applique à étaler et à
discuter la science du dire et les fonds de la religion,
tandis que le second est rédigé vers la fin de sa vie qui est
la réhabilitation du savant pour les autres savants de son
époque.
En outre, la publication d’un troisième titre est
prochainement prévue par la Bibliotheca Alexandrina. C’est la
traduction en arabe de Ibn Khaldoun, The Mediterranean in the
14th Century, Rise and fall Empires (Ibn Khaldoun, la
Méditerranée au XIVe siècle : essor et déclin des empires). Il
s’agit du catalogue de l’exposition sur Ibn Khaldoun qui a eu
lieu au Real Alcázar, à Séville entre le 11 mai et le 30
septembre 2006. Le catalogue de l’exposition nous permettra de
contempler des œuvres provenant de collections de musées,
bibliothèques nationales et galeries d’art de Tunis, Rabat, du
Caire, New York, Paris, Florence, Saint-Pétersbourg,
Copenhague, Milan, Istanbul, Bruxelles, Tolède, Damas et
Lisbonne. L’exposition a accueilli plus de 100 œuvres venant
de 17 pays (www.legadoandalusí.es).
Une nouvelle science
Le Conseil suprême de la culture a republié à son tour
quelques titres à la mémoire d’Ibn Khaldoun. Elm al-igtemaa
al-khaldouni : qawaëd al-manhag (la sociologie khaldounienne :
les règles de la méthodologie) du Dr Hassan Al-Saati, doyen
des sociologues arabes. Ce livre, qui a paru pour la première
fois en 1972, étudie, critique et analyse la science de la
sociologie d’Ibn Khaldoun. Le livre de Hassan Al-Saati se
divise en deux parties. La première est une sorte
d’autobiographie d’Ibn Khaldoun et de sa moqadema (la
prolégomène). La deuxième traite, quant à elle, des bases de
la méthodologie dans la sociologie chez Ibn Khaldoun. L’auteur
estime que l’originalité d’Ibn Khaldoun réside dans le fait
qu’il a créé une nouvelle science. Un autre titre publié par
le Conseil suprême de la culture est Kam tabaod Al-Qahira ?
Rehalat wa moghamarat fi Masr wa waraaha 1300-1640 (combien de
miles pour arriver au Caire ? Voyages et aventures en Egypte
et au-delà). Il s’agit en fait de la traduction arabe annotée
par le Dr Qassem Abdou Qassem de How Many Miles to Babylon ?
Travels and Adventures to
Egypt and
Beyond, from 1300 to 1640 de Anne Wolff.
Le livre traite des voyages des commerçants, des pèlerins, des
aventureux, des ambassadeurs européens en Egypte et les pays
du voisinage. L’auteur y a présenté une description détaillée
des villes égyptiennes, de la campagne, du désert, des
plantes, des animaux, de la vie sociale, des conditions
économiques et commerciales, et la vie politique aux époques
mamelouke et ottomane. Bref, il représente un dessin défini et
vif pour l’Egypte et le monde du Moyen Age depuis le XIVe
siècle jusqu’au milieu du XVIIe siècle.
Amira
Samir