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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Les interrogations de
l’après-Saddam

Pour la deuxième semaine consécutive, les analyses et commentaires sur la pendaison de l’ex-président iraqien affluent dans la presse.

« Une nouvelle page après Saddam », « C’est le début, et non la fin ! », « La tragédie de la pendaison de Saddam », « Pourquoi Saddam s’est-il transformé de criminel en victime ? », « Les menaces d’une guerre confessionnelle », « Qui mérite la pendaison ? », « L’Iraq en guerre de l’après-Saddam », titre notamment la presse nationale et arabe de cette semaine.

Nombreux éditorialistes s’interrogent cette semaine sur la détérioration de la situation en Iraq après la pendaison de Saddam. Alors que d’autres avancent que cette pendaison ne changera rien à l’état d’anarchie que vit le pays depuis des mois.

Montrant en couverture une photo de l’ex-président iraqien Saddam Hussein face à une corde américaine de pendaison, le magazine hebdomadaire Al-Majalla s’interroge : « Le gouvernement iraqien est-il tombé dans le piège ? ». Et le magazine hebdomadaire Al-Ahram Al-Arabi de lever le rideau sur « les secrets de la pendaison de Saddam Hussein ».

L’hebdomadaire Al-Osboue rend un hommage très particulier à l’ex-président iraqien Saddam Hussein, avec un numéro spécial d’une vingtaine de pages intitulé « Saddam a vécu en héros, et est mort en homme », avec une photo de Saddam sur toute une page du journal. Dans ce numéro, le chroniqueur Moustapha Bakri se demande : « Qui mérite la pendaison ? ».

« Le massacre des moutons arabes », titre en une l’hebdomadaire Al-Fagr, qui montre Saddam Hussein gisant au sol après la pendaison.

Une couverture très significative, celle du magazine hebdomadaire Octobar, montre la statue de la liberté américaine tenant en main une corde de pendaison, et titre « La liberté et l’humanité à la façon américaine ! ». Dans ce magazine, l’éditorialiste Ismaïl Montasser affirme que de toute façon, la pendaison de Saddam « restera une date déterminante et historique dans le destin de l’Iraq et celui du Proche-Orient. (...) Les Etats-Unis prônent des principes de liberté, d’humanité et de droits de l’homme qui ne sont que des illusions et des mensonges ».

« Les Iraqiens ne vont pas mieux avec la pendaison de Saddam. L’Iraq de l’après-Saddam est ouvert à plus de violence. (...) Ce qui est étonnant, c’est que tout le monde se défend d’être derrière cette pendaison », écrit Mohamad Amin dans le quotidien d’opposition Al-Wafd.

« Qu’il s’agisse du jugement ou de la pendaison de Saddam, il s’agit d’une farce tragique qui vient prouver une fois de plus l’incapacité du gouvernement iraqien à gérer même un café, alors comment donc gérer les affaires d’une nation qui a fortement besoin d’une gestion forte dans des moments si difficiles », souligne Adel Darwich, dans Al-Hayat.

Que faire, se demande l’éditorialiste Youssef Al-Dini, dans Al-Charq Al-Awsat : « Les responsables au gouvernement iraqien essayent fermement de formuler un équilibre des différentes forces en Iraq, de garantir la justice totale à toutes les confessions, et enfin de mettre fin à tous les excès des milices chiites extrémistes ».

Beaucoup craignent les conflits confessionnels dans l’Iraq de l’après-Saddam. Parmi eux, Maher Osmane écrit, dans Al-Hayat, qu’il prévoit non seulement une guerre civile en Iraq, mais aussi un conflit interchiite. Du même avis, l’écrivain tunisien Tawfiq Al-Madini écrit dans Al-Hayat : « La pendaison féroce de Saddam est comme mettre de l’huile sur le feu d’une grave guerre civile en Iraq ».

« Qui jugera Bush ? », s’interroge, quant à lui, Moustapha Zein dans le quotidien londonien Al-Hayat. « Le dictateur a été tué, mais la dictature est restée ; Washington a éliminé le symbole, et la réalité est toujours là, celle d’un président des Etats-Unis responsable des massacres quotidiens en Iraq, et le gouvernement qu’il a installé est responsable de l’application de leur politique, et de la montée de l’extrémisme confessionnel, alors qui jugera Bush ? », poursuit Zein. « Bush a une responsabilité personnelle, et sans son accord, personne n’aurait osé mettre en application la condamnation de Saddam », explique Ghassan Al-Emam, dans Al-Charq Al-Awsat.

Pour sa part, la presse algérienne a qualifié la pendaison de Saddam Hussein, de « vengeance chiite », prédisant le « retour » du spectre de l’ancien président iraqien en 2007 et des difficultés accrues pour les Etats-Unis en Iraq.

Le quotidien algérien El-Moudjahid, qui paraît en noir en signe de deuil, écrit que « le monde (est) sous le choc » après « la pendaison de Saddam Hussein, prisonnier de guerre ».

Pour le quotidien du Front de Libération Nationale (FLN, majorité), Sawt Al-Ahrar, « après l’exécution du président Saddam Hussein, les Arabes sont devant l’échafaud de l’Histoire ».

Le Quotidien d’Oran souligne : « Saddam sera de retour en 2007 », car, écrit-il, « l’exécution de Saddam », qu’il qualifie de « lynchage sordide », « n’a rien à voir avec la justice ». Al-Watan dénonce le « marketing de l’horreur » de la diffusion par les télévisions du monde d’images de la pendaison de Saddam Hussein et affirme que « Bush plonge l’Iraq dans la division ». « Bush exécute Saddam », proclame Le Jour, qui souligne que les « Américains, les chiites et les Kurdes viennent de révéler un axe stratégique de la guerre en Iraq : entretenir un état d’instabilité et un degré de violence de plus en plus difficiles à maîtriser ». Al-Chourouq estime que l’absence de réaction des Arabes « fait pitié » et Al-Khabar souligne que « la tombe de Saddam est devenue La Mecque des opposants » à l’occupation américaine .

Hoda Ghali


 

Paroles

Peu importe ce qui a eu lieu dans le passé, le plus important est de lire ce qui nous attend en 2007. Une des plus dangereuses des crises que nous allons vivre est celle du conflit entre sunnites et chiites auquel la région semble préparée. En effet, la région semble disposée à l’une de ses plus grandes guerres jamais connues. Les sages de la politique ont tort de laisser planer de telles probabilités sans une politique de dissuasion claire, sinon ils s’y trouveront demain impliqués. Une fois impliqués dans cette guerre, aucune marche arrière ne sera possible. Malheureusement, tous les indices portent à croire que nous nous approchons de la plus grande bataille confessionnelle dans la région.

Abdel-Rahmane Al-Rached,
Editorialiste,Al-Charq Al-Awsat.

 

Il semble que nous allons assister à une nouvelle pièce de théâtre médiatique de fabrication anglo-américaine. Après le torrent de la colère partout dans le monde suite à la pendaison du président iraqien Saddam Hussein, certains journaux ont publié des informations selon lesquelles les Américains et les Anglais étaient — soi disant — en colère contre la façon dont a été accomplie cette pendaison.

En fait, la colère dont parle cette presse est une « colère artificielle » destinée à réduire la colère internationale. Aussi le discours sur les craintes de l’oppression exercée par les chiites contre les sunnites est aussi un discours fabriqué de toutes pièces.

Moustapha Cherdi,
Editorialiste, Al-Wafd.

 

Les crises nous tombent dessus comme le tonnerre, les problèmes nous poursuivent sans fin, et le gouvernement reste là sans bouger. Nous espérons que la nouvelle année sera moins douloureuse pour les Egyptiens. Nous serons gouvernés par un parti qui n’entend jamais parler du transfert du pouvoir, connaît peu de choses de la démocratie, et il est demandé à chaque citoyen de ne pas perdre espoir, et de rester optimiste, comme si l’optimisme se vendait en comprimés dans les pharmacies ... Qui sait, peut-être la commission des politiques du PND pourra-t-elle mettre à la disposition des citoyens de tels comprimés dans les cafés pour concurrencer le thé !

Magdi Méhanna,
Editorialiste, Al-Masri Al-Yom.

 

Personne ne peut nier les crimes du président Saddam contre son peuple, qui ont donné prétexte aux forces d’occupation pour intervenir en Iraq. Malgré cela, le jugement et la condamnation de Saddam ne devaient pas émaner des forces d’occupation, ni de leurs alliés qui gouvernent en leur nom. Cette condamnation relevait du droit du peuple iraqien qui a perdu sa souveraineté et sa liberté depuis l’invasion américaine.

Galal Doweidar,
Editorialiste,
Al-Akhbar.

 

La question palestinienne souffre autant des droits violés que du silence arabe, alors que le conflit israélo-palestinien a fortement besoin d’une nouvelle vision au Proche-Orient. La poursuite d’un tel conflit a des conséquences négatives sur les voisins menaçant la stabilité régionale et internationale. Malheureusement, à l’heure actuelle, il n’y a aucun progrès vers un règlement pacifique.

Et pour y aboutir, il faut présenter un mécanisme pouvant mettre en application tous les accords conclus.

Al-Hassan bin Talal,
Président du Forum de la pensée arabe, Al-Hayat.

 




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