Les interrogations de
l’après-Saddam
Pour la deuxième semaine consécutive, les analyses et
commentaires sur la pendaison de l’ex-président iraqien
affluent dans la presse.
« Une nouvelle page après Saddam », « C’est le début, et non
la fin ! », « La tragédie de la pendaison de Saddam », «
Pourquoi Saddam s’est-il transformé de criminel en victime ?
», « Les menaces d’une guerre confessionnelle », « Qui mérite
la pendaison ? », « L’Iraq en guerre de l’après-Saddam »,
titre notamment la presse nationale et arabe de cette semaine.
Nombreux éditorialistes s’interrogent cette semaine sur la
détérioration de la situation en Iraq après la pendaison de
Saddam. Alors que d’autres avancent que cette pendaison ne
changera rien à l’état d’anarchie que vit le pays depuis des
mois.
Montrant en couverture une photo de l’ex-président iraqien
Saddam Hussein face à une corde américaine de pendaison, le
magazine hebdomadaire Al-Majalla s’interroge : « Le
gouvernement iraqien est-il tombé dans le piège ? ». Et le
magazine hebdomadaire Al-Ahram Al-Arabi de lever le rideau sur
« les secrets de la pendaison de Saddam Hussein ».
L’hebdomadaire Al-Osboue rend un hommage très particulier à
l’ex-président iraqien Saddam Hussein, avec un numéro spécial
d’une vingtaine de pages intitulé « Saddam a vécu en héros, et
est mort en homme », avec une photo de Saddam sur toute une
page du journal. Dans ce numéro, le chroniqueur Moustapha
Bakri se demande : « Qui mérite la pendaison ? ».
« Le massacre des moutons arabes », titre en une
l’hebdomadaire Al-Fagr, qui montre Saddam Hussein gisant au
sol après la pendaison.
Une couverture très significative, celle du magazine
hebdomadaire Octobar, montre la statue de la liberté
américaine tenant en main une corde de pendaison, et titre «
La liberté et l’humanité à la façon américaine ! ». Dans ce
magazine, l’éditorialiste Ismaïl Montasser affirme que de
toute façon, la pendaison de Saddam « restera une date
déterminante et historique dans le destin de l’Iraq et celui
du Proche-Orient. (...) Les Etats-Unis prônent des principes
de liberté, d’humanité et de droits de l’homme qui ne sont que
des illusions et des mensonges ».
« Les Iraqiens ne vont pas mieux avec la pendaison de Saddam.
L’Iraq de l’après-Saddam est ouvert à plus de violence. (...)
Ce qui est étonnant, c’est que tout le monde se défend d’être
derrière cette pendaison », écrit Mohamad Amin dans le
quotidien d’opposition Al-Wafd.
« Qu’il s’agisse du jugement ou de la pendaison de Saddam, il
s’agit d’une farce tragique qui vient prouver une fois de plus
l’incapacité du gouvernement iraqien à gérer même un café,
alors comment donc gérer les affaires d’une nation qui a
fortement besoin d’une gestion forte dans des moments si
difficiles », souligne Adel Darwich, dans Al-Hayat.
Que faire, se demande l’éditorialiste Youssef Al-Dini, dans
Al-Charq Al-Awsat : « Les responsables au gouvernement iraqien
essayent fermement de formuler un équilibre des différentes
forces en Iraq, de garantir la justice totale à toutes les
confessions, et enfin de mettre fin à tous les excès des
milices chiites extrémistes ».
Beaucoup craignent les conflits confessionnels dans l’Iraq de
l’après-Saddam. Parmi eux, Maher Osmane écrit, dans Al-Hayat,
qu’il prévoit non seulement une guerre civile en Iraq, mais
aussi un conflit interchiite. Du même avis, l’écrivain
tunisien Tawfiq Al-Madini écrit dans Al-Hayat : « La pendaison
féroce de Saddam est comme mettre de l’huile sur le feu d’une
grave guerre civile en Iraq ».
« Qui jugera Bush ? », s’interroge, quant à lui, Moustapha
Zein dans le quotidien londonien Al-Hayat. « Le dictateur a
été tué, mais la dictature est restée ; Washington a éliminé
le symbole, et la réalité est toujours là, celle d’un
président des Etats-Unis responsable des massacres quotidiens
en Iraq, et le gouvernement qu’il a installé est responsable
de l’application de leur politique, et de la montée de
l’extrémisme confessionnel, alors qui jugera Bush ? »,
poursuit Zein. « Bush a une responsabilité personnelle, et
sans son accord, personne n’aurait osé mettre en application
la condamnation de Saddam », explique Ghassan Al-Emam, dans
Al-Charq Al-Awsat.
Pour sa part, la presse algérienne a qualifié la pendaison de
Saddam Hussein, de « vengeance chiite », prédisant le « retour
» du spectre de l’ancien président iraqien en 2007 et des
difficultés accrues pour les Etats-Unis en Iraq.
Le quotidien algérien El-Moudjahid, qui paraît en noir en
signe de deuil, écrit que « le monde (est) sous le choc »
après « la pendaison de Saddam Hussein, prisonnier de guerre
».
Pour le quotidien du Front de Libération Nationale (FLN,
majorité), Sawt Al-Ahrar, « après l’exécution du président
Saddam Hussein, les Arabes sont devant l’échafaud de
l’Histoire ».
Le Quotidien d’Oran souligne : « Saddam sera de retour en 2007
», car, écrit-il, « l’exécution de Saddam », qu’il qualifie de
« lynchage sordide », « n’a rien à voir avec la justice ».
Al-Watan dénonce le « marketing de l’horreur » de la diffusion
par les télévisions du monde d’images de la pendaison de
Saddam Hussein et affirme que « Bush plonge l’Iraq dans la
division ». « Bush exécute Saddam », proclame Le Jour, qui
souligne que les « Américains, les chiites et les Kurdes
viennent de révéler un axe stratégique de la guerre en Iraq :
entretenir un état d’instabilité et un degré de violence de
plus en plus difficiles à maîtriser ». Al-Chourouq estime que
l’absence de réaction des Arabes « fait pitié » et Al-Khabar
souligne que « la tombe de Saddam est devenue La Mecque des
opposants » à l’occupation américaine .
Hoda Ghali