Al-Ahram Hebdo,Invité | Samir Hosni
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Invité

Directeur du département de la coopération arabo-africaine à la Ligue arabe et chargé du dossier de la Somalie, Samir Hosni analyse la situation actuelle dans ce pays et évoque le rôle de l’organisation panarabe dans la recherche d’une solution. 

« Associer les Tribunaux islamiques aux discussions » 

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous la situation actuelle de la crise somalienne ? Quel est le plan d’action de la Ligue arabe, dont la Somalie est membre ?

Samir Hosni : Nous sommes maintenant arrivés à une phase assez importante de la résolution de la crise somalienne. Nous examinons actuellement trois points fondamentaux. Il s’agit dans un premier temps d’accélérer l’application de la décision 1 725 du Conseil de sécurité de l’Onu prévoyant l’envoi d’une mission pour soutenir la paix en Somalie et qui ne comprend aucun des pays voisins à la Somalie. L’application de cette résolution permettrait par conséquent de faire sortir les forces éthiopiennes du territoire somalien.

Ensuite, il faut absolument faire en sorte que le processus de réconciliation continue à travers l’établissement d’un dialogue entre le gouvernement de transition et toutes les autres parties somaliennes, qu’il s’agisse des formations politiques, de la femme ou des différents courants, même les tribunaux islamiques. Bien que ces derniers aient dernièrement subi un fort revers militaire, ils sont toujours présents et il faut qu’ils soient associés aux discussions, car leur exclusion les pousserait à un choix autre que celui du dialogue politique et de solution pacifique. On essaie donc d’éviter tout acte de violence.

Enfin, il faut que nous soyons conscients que la Somalie a besoin d’être soutenue par tous les moyens possibles, qu’il s’agisse d’un soutien financier direct de la part de la communauté internationale et des Etats arabes ou bien d’une assistance pour son développement économique pour lui permettre de retrouver sa stabilité.

— Comment jugez-vous l’action du Groupe de contact sur la Somalie composé de la Ligue arabe, des Etats-Unis, de l’Italie, de la Norvège, du Royaume-Uni, de la Suède, de la Tanzanie, de l’Union européenne, de l’Onu, de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale du développement (IGAD) ?

— Le Groupe est un mécanisme de coordination internationale sur la Somalie. Les Etats-Unis se sont joints à d’autres Etats intéressés et à des organisations internationales pour former le Groupe de contact sur la Somalie, dont la vocation est de coordonner les efforts de ces Etats et organisations et d’appuyer l’évolution positive en Somalie. L’objectif du Groupe de contact est d’encourager les tendances positives sur le plan politique et d’entretenir des relations avec les différents acteurs du pays. Il cherche aussi à traiter les questions d’ordre humanitaire, à faciliter la mise en place d’un gouvernement efficace, à rétablir la stabilité ainsi qu’à répondre aux préoccupations de la communauté internationale relatives au terrorisme.

— Concrètement, quel est l’objectif de l’action du Groupe de contact, dont la Ligue arabe fait partie ?

— Nôtre rôle reste assez neutre. Nous essayons simplement de parvenir à une solution pour tenter de calmer la situation. C’est justement ce que nous avons fait. Nous avons commencé cette affaire de réconciliation que nous poursuivons encore afin de pouvoir mettre fin à cette crise qui a bouleversé la Somalie.

— Existe-t-il des contacts entre la Ligue arabe et les dirigeants des tribunaux islamiques ?

— Oui bien sûr, il existe des contacts entre nous deux. On discute des différentes propositions de réconciliation et des moyens de préserver la stabilité de la Somalie. Ceci est très important et nécessaire, et c’est d’ailleurs ce qui les a poussés à accepter notre proposition à propos de l’application de la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, qu’ils refusaient catégoriquement auparavant.

— Pensez-vous possible la formation d’un gouvernement qui regrouperait des membres des tribunaux islamiques ?

— Cette éventualité est loin d’être possible. Nous appelons plutôt à faire un énorme effort de réconciliation civile entre le gouvernement de transition et les différentes composantes de la société somalienne, qu’il s’agisse de la femme, des divers groupes politiques, des tribunaux islamiques, ou autre. C’est cette idéologie que soutient la Ligue arabe.

— Les gouvernements arabes paraissent en retrait par rapport aux efforts actuellement en cours pour trouver une solution à la crise en Somalie. Qu’en pensez-vous ?

— Ce n’est pas du tout vrai. Bien au contraire, je dirais même que la partie arabe a pris l’initiative. Nous avons commencé les négociations entre le gouvernement de transition et les tribunaux islamiques depuis juin à Khartoum et nous avons participé à cinq réunions internationales successives sur la crise somalienne. Alors comment dire que nous avons agi en retard.

— Quel rôle la Ligue arabe assigne-t-elle à ses membres pour aider à sortir la Somalie de sa crise ?

— Tous les Etats arabes sont appelés à participer à la préparation de cette force de maintien de la paix au plus vite possible, surtout que le financement exigé pour cette force est disponible en ce moment. Dès qu’on parviendra à établir une réconciliation complète, nous inviterons les membres de la Ligue arabe à une réunion qui regroupera non seulement les représentants des gouvernements mais aussi des fonds d’investissement pour que soit partagée la charge des projets appelés à être financés en Somalie. Notre but est qu’il y ait une réelle participation arabe à la réconciliation et à la reconstruction de ce pays membre de la Ligue arabe. Nous sommes maintenant devant un vrai défi représenté par la nécessité d’un retrait des forces éthiopiennes, la réconciliation et la reconstruction de la Somalie.

— Quelle est la position de la Ligue arabe vis-à-vis de l’intervention éthiopienne en Somalie ? Subissez-vous des pressions américaines pour soutenir l’intervention militaire de l’Ethiopie ?

— Nous ne subissons pas de pressions américaines pour soutenir l’intervention éthiopienne. Comment dire que nous soutenons la partie éthiopienne alors que toutes nos réunions et toutes nos déclarations affirment le contraire ? Notre position est très claire : nous sommes contre l’intervention militaire éthiopienne en Somalie et nous appelons à ce que les troupes éthiopiennes quittent immédiatement le pays et qu’elles soient remplacées par une force africaine et arabe de maintien de la paix qui ne contienne aucun Etat voisin de la Somalie.

— Citant les Américains, que pensez-vous du rôle qu’ils jouent concernant cette affaire ?

— Je ne peux pas évaluer le rôle des Etats-Unis dans la crise de la Somalie. Je dirais simplement que la secrétaire d’Etat adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, a affirmé lors de la réunion du Groupe de contact sur la Somalie, tenue vendredi dernier à Nairobi, au Kenya, que les Etats-Unis cherchaient à appliquer et de manière équitable la décision 1 725 du Conseil de sécurité. Nous soutenons donc la position américaine sur cette question.

Mais il faut savoir que nous avons aussi quelques divergences avec eux. Nous sommes contre leur politique vis-à-vis des anciens chefs de guerre somaliens et le soutien qu’ils leur apportent pour faire face aux forces des tribunaux islamiques. Nous sommes aussi contre l’attaque militaire éthiopienne en Somalie, qui a été fortement encouragée par les Etats-Unis. Nous avons demandé le retrait des forces éthiopiennes d’autant plus qu’elles ont pénétré le territoire somalien sans aucun mandat .

Propos recueillis par

Chaïmaa Abdel-Hamid 

 




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