Directeur du département de la coopération arabo-africaine à
la Ligue arabe et chargé du dossier de la Somalie,
Samir Hosni
analyse la situation actuelle dans ce pays et évoque le
rôle de l’organisation panarabe dans la recherche d’une
solution.
« Associer les Tribunaux islamiques aux discussions »
Al-Ahram
Hebdo : Comment jugez-vous la situation actuelle de la crise
somalienne ? Quel est le plan d’action de la Ligue arabe, dont
la Somalie est membre ?
Samir Hosni :
Nous sommes maintenant arrivés à une phase assez importante de
la résolution de la crise somalienne. Nous examinons
actuellement trois points fondamentaux. Il s’agit dans un
premier temps d’accélérer l’application de la décision 1 725
du Conseil de sécurité de l’Onu prévoyant l’envoi d’une
mission pour soutenir la paix en Somalie et qui ne comprend
aucun des pays voisins à la Somalie. L’application de cette
résolution permettrait par conséquent de faire sortir les
forces éthiopiennes du territoire somalien.
Ensuite, il faut absolument faire en sorte que le processus de
réconciliation continue à travers l’établissement d’un
dialogue entre le gouvernement de transition et toutes les
autres parties somaliennes, qu’il s’agisse des formations
politiques, de la femme ou des différents courants, même les
tribunaux islamiques. Bien que ces derniers aient dernièrement
subi un fort revers militaire, ils sont toujours présents et
il faut qu’ils soient associés aux discussions, car leur
exclusion les pousserait à un choix autre que celui du
dialogue politique et de solution pacifique. On essaie donc
d’éviter tout acte de violence.
Enfin, il faut que nous soyons conscients que la Somalie a
besoin d’être soutenue par tous les moyens possibles, qu’il
s’agisse d’un soutien financier direct de la part de la
communauté internationale et des Etats arabes ou bien d’une
assistance pour son développement économique pour lui
permettre de retrouver sa stabilité.
— Comment jugez-vous l’action du Groupe de contact sur la
Somalie composé de la Ligue arabe, des Etats-Unis, de
l’Italie, de la Norvège, du Royaume-Uni, de la Suède, de la
Tanzanie, de l’Union européenne, de l’Onu, de l’Union
africaine et de l’Autorité intergouvernementale du
développement (IGAD) ?
— Le Groupe est un mécanisme de coordination internationale
sur la Somalie. Les Etats-Unis se sont joints à d’autres Etats
intéressés et à des organisations internationales pour former
le Groupe de contact sur la Somalie, dont la vocation est de
coordonner les efforts de ces Etats et organisations et
d’appuyer l’évolution positive en Somalie. L’objectif du
Groupe de contact est d’encourager les tendances positives sur
le plan politique et d’entretenir des relations avec les
différents acteurs du pays. Il cherche aussi à traiter les
questions d’ordre humanitaire, à faciliter la mise en place
d’un gouvernement efficace, à rétablir la stabilité ainsi qu’à
répondre aux préoccupations de la communauté internationale
relatives au terrorisme.
— Concrètement, quel est l’objectif de l’action du Groupe de
contact, dont la Ligue arabe fait partie ?
— Nôtre rôle reste assez neutre. Nous essayons simplement de
parvenir à une solution pour tenter de calmer la situation.
C’est justement ce que nous avons fait. Nous avons commencé
cette affaire de réconciliation que nous poursuivons encore
afin de pouvoir mettre fin à cette crise qui a bouleversé la
Somalie.
— Existe-t-il des contacts entre la Ligue arabe et les
dirigeants des tribunaux islamiques ?
— Oui bien sûr, il existe des contacts entre nous deux. On
discute des différentes propositions de réconciliation et des
moyens de préserver la stabilité de la Somalie. Ceci est très
important et nécessaire, et c’est d’ailleurs ce qui les a
poussés à accepter notre proposition à propos de l’application
de la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, qu’ils
refusaient catégoriquement auparavant.
— Pensez-vous possible la formation d’un gouvernement qui
regrouperait des membres des tribunaux islamiques ?
— Cette éventualité est loin d’être possible. Nous appelons
plutôt à faire un énorme effort de réconciliation civile entre
le gouvernement de transition et les différentes composantes
de la société somalienne, qu’il s’agisse de la femme, des
divers groupes politiques, des tribunaux islamiques, ou autre.
C’est cette idéologie que soutient la Ligue arabe.
— Les gouvernements arabes paraissent en retrait par rapport
aux efforts actuellement en cours pour trouver une solution à
la crise en Somalie. Qu’en pensez-vous ?
— Ce n’est pas du tout vrai. Bien au contraire, je dirais même
que la partie arabe a pris l’initiative. Nous avons commencé
les négociations entre le gouvernement de transition et les
tribunaux islamiques depuis juin à Khartoum et nous avons
participé à cinq réunions internationales successives sur la
crise somalienne. Alors comment dire que nous avons agi en
retard.
— Quel rôle la Ligue arabe assigne-t-elle à ses membres pour
aider à sortir la Somalie de sa crise ?
— Tous les Etats arabes sont appelés à participer à la
préparation de cette force de maintien de la paix au plus vite
possible, surtout que le financement exigé pour cette force
est disponible en ce moment. Dès qu’on parviendra à établir
une réconciliation complète, nous inviterons les membres de la
Ligue arabe à une réunion qui regroupera non seulement les
représentants des gouvernements mais aussi des fonds
d’investissement pour que soit partagée la charge des projets
appelés à être financés en Somalie. Notre but est qu’il y ait
une réelle participation arabe à la réconciliation et à la
reconstruction de ce pays membre de la Ligue arabe. Nous
sommes maintenant devant un vrai défi représenté par la
nécessité d’un retrait des forces éthiopiennes, la
réconciliation et la reconstruction de la Somalie.
— Quelle est la position de la Ligue arabe vis-à-vis de
l’intervention éthiopienne en Somalie ? Subissez-vous des
pressions américaines pour soutenir l’intervention militaire
de l’Ethiopie ?
— Nous ne subissons pas de pressions américaines pour soutenir
l’intervention éthiopienne. Comment dire que nous soutenons la
partie éthiopienne alors que toutes nos réunions et toutes nos
déclarations affirment le contraire ? Notre position est très
claire : nous sommes contre l’intervention militaire
éthiopienne en Somalie et nous appelons à ce que les troupes
éthiopiennes quittent immédiatement le pays et qu’elles soient
remplacées par une force africaine et arabe de maintien de la
paix qui ne contienne aucun Etat voisin de la Somalie.
— Citant les Américains, que pensez-vous du rôle qu’ils jouent
concernant cette affaire ?
— Je ne peux pas évaluer le rôle des Etats-Unis dans la crise
de la Somalie. Je dirais simplement que la secrétaire d’Etat
adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, a affirmé
lors de la réunion du Groupe de contact sur la Somalie, tenue
vendredi dernier à Nairobi, au Kenya, que les Etats-Unis
cherchaient à appliquer et de manière équitable la décision 1
725 du Conseil de sécurité. Nous soutenons donc la position
américaine sur cette question.
Mais il faut savoir que nous avons aussi quelques divergences
avec eux. Nous sommes contre leur politique vis-à-vis des
anciens chefs de guerre somaliens et le soutien qu’ils leur
apportent pour faire face aux forces des tribunaux islamiques.
Nous sommes aussi contre l’attaque militaire éthiopienne en
Somalie, qui a été fortement encouragée par les Etats-Unis.
Nous avons demandé le retrait des forces éthiopiennes d’autant
plus qu’elles ont pénétré le territoire somalien sans aucun
mandat .
Propos recueillis par
Chaïmaa Abdel-Hamid