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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Environnement

Santé. Si la détérioration de l’environnement est le premier responsable de la propagation des maladies rénales, cardiaques et cancéreuses, elle a aussi ses effets néfastes sur la santé psychique de l’individu. Enquête.

Pollution, ma déprime

La pollution sous toutes ses formes attaque les Egyptiens. Les causes sont diverses et multiples : les conditions atmosphériques, les pots d’échappement des véhicules, l’incinération en plein air des déchets ménagers ou agricoles comme la paille de riz, la pollution sonore, la pollution des aliments par les insecticides, la pollution de l’eau par le drainage sanitaire ainsi que par les ordures, la pollution industrielle occasionnée par les usines de Fostate, de Misr Al-Qadima, celles de Hélouan au sud de la capitale, de Maassara ou de Choubra Al-Kheima … « En effet, la santé psychique se déteriore ou s’améliore suivant la fréquence de l’exposition à la pollution », insiste le Dr Ahmad Al-Atiq, doyen de l’Institut des recherches écologiques à l’Université de Aïn Chams. Il justifie ces paroles en disant : « Plus la durée d’exposition à la pollution augmente, plus l’état psychique de la personne se détériore ».

Cette pollution a des répercussions négatives sur l’ouvrier qui passe la plupart de son temps dans des endroits qui provoquent le plus grand taux de pollution. A titre d’exemple, la protection contre la pollution sonore est souvent négligée par les chefs d’usine. « Si l’on estime la mesure auditive de n’importe quel ouvrier égyptien, on trouvera qu’elle n’atteint pas moins de 110 décibels, tandis que les normes de la loi sur l’environnement exigent qu’elle ne doit pas dépasser les 90 décibels à la fin de huit heures de travail. Dans la loi américaine, par exemple, cette mesure ne doit pas dépasser, en aucun cas, les 80 décibels », précise le Dr Moustapha Ragab, professeur et chef du département de médecine écologique à l’Institut des recherches écologiques de l’Université de Aïn Chams. Donc, l’ouvrier égyptien est exposé à ce genre de pollution pendant de longues heures sans protéger ses oreilles. « La plupart des ouvriers et moi, nous avons des problèmes d’ouïe », annonce l’un des ouvriers qui travaille à Fostate. Il s’arrête un instant, puis, il se souvient d’un collègue qui est devenu sourd car il travaillait plus de quatorze heures par jour sur une machine dont le bruit était très élevé. Donc, l’ouvrier souffre et ses collègues commencent à souffrir, eux aussi, car un de leurs amis est devenu handicapé. Ces derniers ont peur car ils exercent des métiers pénibles. Ils sont persuadés qu’un mauvais sort les attend.

Ainsi, l’état psychique des ouvriers s’aggrave-t-il car ils sont convaincus qu’en fin de compte, le chef d’usine n’est pas capable de protéger la santé de son personnel. « Celui-ci ne sait que protéger sa productivité et ses profits. La loi sur l’environnement 4/1994 stipule que le chef de travail doit nous fournir des bouchons pour les oreilles, des lunettes protectrices, des masques, des bottes, des gants … ». De leur côté, les ouvriers n’y peuvent rien. « On organise tous les mois des inspections dans les différentes entreprises. Les propriétaires des usines qui n’appliquent pas les normes de la loi sont sanctionnés. Ils versent une amende de 1 000 L.E. au minimum et de 20 000 L.E. au maximum. Et au cas où ils recommenceraient à violer les normes après un certain temps, ils sont sanctionnés de 24 heures de prison au minimum et trois ans au maximum, et ce, conformément à la loi sur l’environnement. Comme c’est le cas des usines situées à Choubra Al-Kheima, Abou-Kébir à Alexandrie, des usines de canne à sucre et beaucoup d’autres », déclare un responsable en matière d’écologie. Et d’ajouter : « D’autre part, toute usine qui applique les normes est encouragée par des dons et des prêts pour améliorer ses conditions ». Des milliers de dollars ont été offerts par la Banque mondiale, Cidea et Danida aux usines qui appliquent la loi. Dernièrement, Danida a offert 70 millions de dollars à cet égard.

La pollution atmosphérique a aussi des effets néfastes sur la santé psychique. « Les régions industrielles produisent plus de 450 tonnes/km2 de poussières de ciment qui remplissent l’atmosphère. Alors que les normes internationales exigent une quantité qui ne dépasse pas les 10 tonnes/km2 », avoue le Dr Ahmad Al-Atiq. Les employés, notamment les ouvriers qui travaillent dans les usines et qui sont en contact direct avec les métaux lourds, sont les plus touchés par cette pollution atmosphérique qui a des effets négatifs sur leur santé psychologique. Le mercure vient en première position parmi ces métaux. « Les symptômes des effets de ce genre de métaux sur le système nerveux central sont énormes : peur, nervosité, inquiétude, instabilité émotionnelle, perte de confiance, indécision, toutes sortes d’insomnies et la dépression avant tout », précise le Dr Moustapha Ragab.

 

Travailler et résider dans la pollution

Avec cette pollution venant de toutes parts, notamment des différentes usines (tannerie, nickelage, chaux, pavés, céramiques, etc.) installées dans les quartiers les plus populaires du Caire, l’ouvrier ne veut ni travailler ni produire. Il travaille dans des conditions difficiles. Mais n’a aucune idée que cette dépression a pour raison la pollution. Par ailleurs, les ouvriers préfèrent habiter dans le lieu même de leur travail pour ne pas avoir à payer les transports. Donc, ils travaillent et résident dans le même quartier, et sont exposés en permanence aux vapeurs et gaz polluants. Ce sont eux qui sont les plus touchés psychologiquement.

« Ce lourd nuage noir et épais qui envahit l’air et s’élève à l’horizon m’oppresse la poitrine, me coupe la respiration, me prend à la gorge et au nez et me pique les yeux », déplore l’un des ouvriers. Cette pollution atmosphérique ne menace pas seulement la santé des ouvriers, mais aussi la santé de leurs enfants. Am Ahmad, qui travaille dans une usine à Hélouan, habite avec sa femme et ses 6 enfants aux alentours de son travail. Son jeune fils âgé de 5 ans souffre déjà de problèmes respiratoires. Ses frères et sœurs, plus grands, ont la tuberculose, une inflammation des bronches et souvent une inflammation aiguë du poumon. Pourtant, dans cet appartement composé d’une seule chambre, Am Ahmad verse 25 L.E. de loyer, somme considérable pour lui. Changer de logement est pour lui impossible. Conséquence, Am Ahmad tombe dans la dépression, est abattu, impuissant face à la maladie de ses enfants. Néanmoins, ces personnes répètent à satiété : « C’est notre destin et nous sommes obligés de l’accepter ».

Pour remédier à ce problème, les responsables doivent œuvrer à transférer les usines en dehors des zones habitées vers les zones industrielles. C’est ce qu’exige la loi 4 de l’année 1994 sur l’environnement qui stipule une distance minimale de 500 mètres entre les usines et les logements. Ainsi, les habitants à proximité des usines seront, plus ou moins, à l’abri de la pollution directe, notamment les enfants, très affectés. « L’enfant n’arrive pas à bien réfléchir, ni à se concentrer à l’école, ses capacités diminuent, il souffre d’insomnie, de peur et d’instabilité. La pollution a affecté tout son corps », ajoute le Dr Ghanem, professeur de psychiatrie à l’Université de Aïn Chams.

Sans oublier les amas d’ordures ou de déchets dispersés ici et là dans les grandes rues du Caire et devant les grands immeubles d’Héliopolis, de Zamalek ou de Mohandessine … L’odeur nauséabonde, les rats et les serpents. « Le corps est toujours fatigué, malade, il ne s’oxygène pas suffisamment. Les multiples dépôts de pollution résideront dans le cerveau. Le système nerveux autonome fonctionnera mal. Il réagit difficilement. Enfin, l’individu deviendra agressif et n’aura aucun contrôle sur lui-même. En effet, il existe une relation étroite entre cette pollution qui entoure les Cairotes et leur santé psychologique », explique le Dr Mohamad Ghanem. Ce dernier ajoute que cela est surtout clair à travers l’agressivité que l’on peut observer entre les uns et les autres, qui augmentent d’une année à l’autre et qui s’achèvent par des crimes parfois. Jadis, on ne sentait pas cela, mais comme le taux de pollution a beaucoup augmenté ces vingt dernières années, l’attitude des hommes a beaucoup changé. C’est pourquoi les ONG tentent actuellement de sensibiliser les gens à la protection de l’environnement. « Notre association a procédé à des tournées auprès des habitants des quartiers pauvres afin de discuter et de distribuer des brochures sur la protection de l’environnement, des séminaires et des conférences ont été aussi organisés dans les hôtels 5 étoiles où un responsable en matière d’écologie prend la parole. On organise des discussions dont le but est de sensibiliser les habitants à l’écologie », a déclaré le président de l’Association des amis de l’environnement à Alexandrie.

Il est donc urgent que l’Etat transfère les usines dans des régions industrielles isolées pour sauver la vie des ouvriers et de leurs familles. Il incombe aux propriétaires des usines de fournir aux ouvriers des masques, des bouchons pour les oreilles et des bottes pour pouvoir se protéger de la pollution sonore et atmosphérique. Il incombe à la médecine du travail ou aux médecins de prévenir le citoyen et de le sensibiliser ... Un travail énorme, dont l’enjeu n’est pas moins que la vie, tout simplement.

Manar Attiya

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