Vie Politique.
Le rejet de 12 demandes de création de partis politiques remet
sur le tapis la question de réforme politique.
Statut parias
C’est un verdict sans appel. Il met fin à une longue lutte
menée depuis des années par les initiateurs d’une douzaine de
projets de parti. Samedi, les demandes de création de 12
partis politiques, dont le parti islamiste
Al-Wassat et nassérien
Al-Karama. Ce verdict du
département des affaires des partis auprès de la Haute Cour
administrative égyptienne est tombé comme un couperet
soulevant des questions autour de l’existence d’une
réelle volonté de démocratisation. Le département, composé de
sept personnalités publiques nommées par le ministre de la
Justice et de sept magistrats, est la plus haute instance
judiciaire chargée de trancher les différends concernant les
partis politiques. Il avait été saisi par les dirigeants de 12
partis politiques après le rejet de leur demande
d’autorisation par la Commission des affaires des partis, un
organe semi-gouvernemental formé
de neuf membres, dont deux ministres.
Pour justifier son verdict, le tribunal s’est référé à la
nouvelle loi sur les partis politiques, en vigueur depuis
juillet 2005, qui prescrit de nouvelles conditions pour la
création de nouveaux partis, notamment l’adhésion d’au moins 1
000 membres répartis sur 10 gouvernorats (au lieu de 50 dans
l’ancien texte) ainsi que l’élaboration d’un programme qui
distingue les projets de partis de ceux déjà existants. Or,
selon le tribunal, les 12 partis dont la création a été
rejetée ne remplissent pas les nouvelles conditions, même si
c’était le cas avant la promulgation de la loi en 2005.
Lors d’une manifestation organisée devant le tribunal, les
dirigeants de ces projets de parti ont affirmé que le jeu
n’est pas terminé et qu’ils poursuivraient leur lutte jusqu’à
l’obtention de leur droit légitime.
« Ce tribunal est politisé et il n’est qu’une partie
intégrante du régime politique tyrannique
» , a déclaré le représentant des fondateurs du parti
Al-Wassat, Aboul-Ela Madi. Ce rejet « confirme que le pouvoir
n’est pas sérieux dans sa volonté de réforme et que les
réformes constitutionnelles évoquées ne sont que factices »,
a-t-il ajouté. M. Madi est un cadre dissident des Frères
musulmans. Il tente depuis une dizaine d’années d’obtenir une
autorisation officielle pour fonder son parti. L’organisation
des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW, basée à New
York) a appelé à « amender la loi sur les partis politiques en
Egypte », affirmant dans un communiqué publié la semaine
dernière que cette loi permettait au parti au pouvoir de «
déterminer ses concurrents ».
Pour sa part, Hamdine Al-Sabbahi qui, depuis 8 ans, cherche la
légitimité pour son parti de tendance nassérienne Al-Karama,
indique que ce jugement était attendu « vu l’état de
stagnation politique qui règne et l’attitude de l’Etat qui
cherche à restreindre les libertés politiques et à empêcher la
création de partis sérieux ». Il estime qu’un verdict de ce
genre vise à dissuader ceux qui pensent créer des partis
sérieux. « Cette politique de répression est favorable à la
réalisation du scénario de la succession héréditaire au sommet
de l’Etat, ceci nécessite que le champ politique soit vide de
toutes forces sérieuses ayant une véritable idéologie et une
stratégie claire », lance encore Sabbahi.
Le fondateur du parti Al-Qawmi Al-Hor, Salah Abdallah qualifie
cette décision de « massacre politique » et pense qu’elle aura
de graves répercussions. « Ce jugement semble inviter les
formations politiques à travailler dans la clandestinité comme
le font les Frères musulmans ou, au mieux, à se passer de la
reconnaissance de l’Etat comme l’ont décidé les activistes du
mouvement Kéfaya », estime-t-il.
Si les chefs des formations concernées par le verdict sont
unanimes à y voir une décision politique, les juristes ont
divergé dans leur appréciation. « Le véritable problème, ce
n’est pas le verdict mais la loi elle-même. Comment se fait-il
que le comité des partis qui décide de la création des
nouveaux partis soit présidé par le secrétaire général du
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) ? Celui-ci devient
juge et arbitre à la fois, une situation qui relève de la
comédie », dénonce le magistrat Yéhia Al-Gamal. Alors que de
son côté, Ibrahim Al-Gohari, membre du comité législatif au
Conseil consultatif, nie que ce jugement soit politique. « L’Etat
n’a aucun intérêt à entraver la création de nouveaux partis.
Il existe déjà 23 partis d’opposition, il suffit de respecter
la loi et de suivre les procédures légales », estime-t-il
.
May Al-Maghrabi