Al-Ahram Hebdo, Dossier | Le boom dopé à l’or noir
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Dossier

Investissements interarabes . Les chiffres font état d’une hausse sans précédent, grâce à l’augmentation des revenus pétroliers. Mais rien n’assure que la tendance durera. 

Le boom dopé à l’or noir 

De 5,9 milliards en 2004, les investissements interarabes ont atteint 38 milliards de L.E. en 2005. Soit une hausse sans précédent de 638 %, selon les chiffres de l’Institution arabe pour la garantie de l’investissement. Il s’agit d’une tendance à la hausse qui s’est fortement accentuée cette année. Selon un autre rapport publié en juin 2006 par la Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), les investissements interarabes sont en augmentation depuis 2001 (voir graphe).

Au niveau mondial, les Investissements Etrangers Directs (IED) ont en fait enregistré une hausse notable de 29 % en 2005, mais les pays arabes en ont reçu à peine 3,3 %. Une part, qui même si elle est encore minime, reste supérieure à celle de l’année précédente qui était de 2,7 %. Les chiffres 2006 n’ont pas encore été publiés, mais ils sont prévus à la hausse.

C’est pourquoi, le rapport de la CNUCED note bien que cette hausse des investissements interarabes est, en partie, due à l’augmentation du flux des pays du Golfe en conséquence de l’augmentation des prix du pétrole. « Au cours des deux dernières années, les Arabes ont disposé de plus importants revenus grâce à la hausse des prix internationaux. Le flux d’investissement des pays du Golfe a enregistré en moyenne 8 milliards de dollars entre 2001 et 2005, comparé à 1 milliard entre 1997 et 2000 », souligne le rapport. Mais le problème ici est qu’il s’agit d’un facteur non durable. Une chute des prix du pétrole peut non seulement provoquer une baisse du flux d’investissement interarabe mais aussi influencer la croissance des économies arabes, comme l’assure Ahmad Ghoneim, professeur d’économie à l’Université du Caire.

A ce facteur majeur expliquant la hausse des investissements interarabes s’ajoute un autre de grande envergure : les événements du 11 septembre 2001. « Depuis cette date, investir dans les pays occidentaux est risqué pour les Arabes. Ils craignent que leurs capitaux soient confisqués, ou de se trouver accusés de blanchiment ou de terrorisme », assure Ahmad Goweili, secrétaire général du Conseil de l’Union économique arabe. « Les quelques cas où des restrictions ont été imposées à des investissements quant à l’achat de certains actifs à l’étranger ont accentué cette tendance. A titre d’exemple, le refus de l’Angleterre de vendre 11 % de British Petroleum à des investisseurs koweïtiens ou encore le refus des Etats-Unis de voir leurs ports gérés par une entreprise émiratie », ajoute Gamal Bayoumi, directeur de l’Union des investisseurs arabes.

Les deux principaux facteurs qui ont favorisé les investissements interarabes sont donc indépendants des Arabes. Mais, cela n’empêche l’existence d’éléments internes pour expliquer la tendance. Avec d’abord l’amélioration de l’environnement de l’investissement dans plusieurs pays arabes. « Des pays comme l’Egypte, la Tunisie, la Jordanie ainsi que certains pays du Golfe ont réalisé des réformes notables dans les lois et les procédures liées aux investissements », explique Gamal Bayoumi. Puis il y a la conclusion de l’accord de libre-échange entre les pays arabes, entré en vigueur en 2005.

 

Goutte d’eau dans l’océan

Les investisseurs, pourtant, ne voient pas tous la vie en rose. Certains assurent avoir profité de ces réformes. Pour d’autres, les réformes réalisées par les gouvernements arabes ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. « Il faut arrêter de se vanter des réformes faites et connaître l’opinion du secteur privé. Les pays arabes restent parmi les pays où l’environnement des affaires est le moins favorable », a martelé l’homme d’affaires saoudien, Abdel-Rahmane Al-Zamel, PDG du groupe Holding Al-Zamel, lors du Forum du Caire pour l’investissement, tenu les 10 et 11 décembre derniers.

« Il y a eu un progrès dans plusieurs domaines mais cela ne veut pas dire que le climat d’investissement est attrayant », souligne Moustapha Nabil, économiste en chef du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord auprès de la Banque mondiale. Davantage de réformes sur les plans économique, financier et législatif sont encore demandées.

Pour ce qui est de l’accord de libre-échange entre les pays arabes, les experts économiques lui reconnaissent un effet mais qui reste encore minime. Pour Gamal Bayoumi, l’impuissance d’un tel accord est dû à un problème structurel de l’industrialisation dans les pays arabes et à un manque de coopération et de complémentarité entre les pays de la région. « Les Arabes importent 70 % de leurs besoins. Ils ne produisent pas les équipements industriels, les moyens de transport tels les trains et les navires. En plus, les Arabes sont de gros importateurs de produits alimentaires et on ne dispose pas de projet de fabrication de moteur arabe à l’instar d’autres régions du monde », s’insurge-t-il.

Bayoumi n’a pas tort, puisqu’en fait 84 % des investissements interarabes concernent le secteur des services, surtout celui du tourisme. Alors que les investissements dans le secteur industriel se sont limités à 6 % et celui de l’agriculture, pire, n’a reçu à peine que 0,1 %(44 millions de dollars).

S’ajoute à ces problèmes structurels, un facteur majeur éloignant les investissements, et dont souffre la majorité des pays arabes : la bureaucratie. « Une importante augmentation des investissements interarabes et même étrangers est prévue si on agit pour réduire la lourdeur de la bureaucratie. Les procédures exigées pour entamer un projet  ne sont pas motivantes, voire empêchent les investisseurs de pénétrer le marché arabe », souligne Jassim Al-Manaï, directeur du Fonds monétaire arabe.

Pour les différents experts concernés par le développement des investissements interarabes, il est indispensable qu’un plan commun soit mis en place. Ce qui est loin de la réalité actuelle. « Les pays arabes n’ont pas de plan commun pour encourager les investissements interarabes ou la coopération économique en général. Ce qui s’est passé il y a quelques semaines lors de la 84e conférence ministérielle des ministres arabes de l’Economie en est la preuve. Aucun ministre n’a assisté à la conférence », souligne Bayoumi. Le cheikh Saleh Kamel, PDG du groupe saoudien Dalah partage le même avis. « On manque de plans d’investissement dans la majorité des pays arabes. Des milliards de dollars prennent le chemin de l’étranger ou restent inutilisés », conclut-il.

Ibtessam Zayed
Marwa Hussein

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L’Américain Michael Spence, prix Nobel d’économie 2001, évoque les problèmes liés à l’investissement dans les pays arabes. 

« Corruption et lourdeur bureaucratique » 

Al-Ahram Hebdo : Comment les pays arabes peuvent-ils attirer davantage d’investissements face à la lenteur de leurs réformes ?

Michael Spence : Il est vrai qu’il ne peuvent entrer en concurrence par exemple avec la Chine. Mais en même temps, la plupart des grandes multinationales ont tendance à diversifier leurs sources de production. Ils ne vont pas se concentrer sur une seule source pour la simple raison que c’est trop risqué. En outre, la demande internationale est énorme et les pays arabes peuvent se satisfaire d’une petite part des investissements internationaux pour avoir une place importante. Personne ne peut dominer. Pour toutes ces raisons, chercher à décrocher un avantage comparatif sur le marché international est une mission possible.

— Des experts assurent que les Investissements Directs Etrangers (IDE) vont dans les pays prospères. Alors que beaucoup de pays en développement tablent sur les IDE pour réaliser leurs objectifs. Qu’en dites-vous ?

— Il est vrai que pour attirer des IDE, les indices économiques doivent être à la hauteur. Mais aussi on ne peut pas compter que sur les IDE pour réaliser la croissance. L’investissement local doit être présent soit dans l’éducation ou l’infrastructure. De même, chaque pays doit connaître ses ressources et en profiter. Prenons l’exemple chinois, en  1998, la Chine a établi une zone d’exportation dans le sud du pays ; elle a réalisé toute l’infrastructure nécessaire pour la réussite de cette zone. Deux ans plus tard, elle en a construit une autre et ainsi de suite. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas facile mais qu’il y a une solution.

— Pourquoi l’augmentation des IDE dans la région ne s’est pas traduite par la création de nombreux emplois ?

— Il est possible de se développer sans créer beaucoup d’offres d’emploi. En fait, ça dépend du secteur dans lequel on investit, par exemple le secteur de l’énergie peut engendrer d’importants revenus sans offrir d’emplois. C’est une raison pour laquelle les gens ne ressentent pas la différence. Pour créer de l’emploi, il faut se diriger vers des industries à main-d’œuvre intense.

— Quels sont, selon vous, les éléments nuisant à l’environnement des affaires en Egypte et dans les autres pays arabes?

— En tête de liste, la corruption et la lourdeur bureaucratique qui entravent le flux des investissements étrangers directs. Un tel climat n’est pas compétitif pour attirer des investisseurs pour la simple raison qu’ils peuvent chercher ailleurs un climat plus approprié. De même, l’infrastructure doit se développer. La situation politique compte aussi. L’important pour un investisseur est de s’assurer que les règles du jeu ne changeront pas du jour au lendemain, tout comme le processus des réformes.

Propos recueillis par
I. Z. et M. H.

 




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