Investissements interarabes .
Les chiffres font état d’une hausse sans précédent, grâce à
l’augmentation des revenus pétroliers. Mais rien n’assure que
la tendance durera.
Le boom dopé à l’or noir
De
5,9 milliards en 2004, les investissements interarabes ont
atteint 38 milliards de L.E. en 2005. Soit une hausse sans
précédent de 638 %, selon les chiffres de l’Institution arabe
pour la garantie de l’investissement. Il s’agit d’une tendance
à la hausse qui s’est fortement accentuée cette année. Selon
un autre rapport publié en juin 2006 par la Conférence des
Nations-Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED),
les investissements interarabes sont en augmentation depuis
2001 (voir graphe).
Au niveau mondial, les Investissements Etrangers Directs (IED)
ont en fait enregistré une hausse notable de 29 % en 2005,
mais les pays arabes en ont reçu à peine 3,3 %. Une part, qui
même si elle est encore minime, reste supérieure à celle de
l’année précédente qui était de 2,7 %. Les chiffres 2006 n’ont
pas encore été publiés, mais ils sont prévus à la hausse.
C’est pourquoi, le rapport de la CNUCED note bien que cette
hausse des investissements interarabes est, en partie, due à
l’augmentation du flux des pays du Golfe en conséquence de
l’augmentation des prix du pétrole. « Au cours des deux
dernières années, les Arabes ont disposé de plus importants
revenus grâce à la hausse des prix internationaux. Le flux
d’investissement des pays du Golfe a enregistré en moyenne 8
milliards de dollars entre 2001 et 2005, comparé à 1 milliard
entre 1997 et 2000 », souligne le rapport. Mais le problème
ici est qu’il s’agit d’un facteur non durable. Une chute des
prix du pétrole peut non seulement provoquer une baisse du
flux d’investissement interarabe mais aussi influencer la
croissance des économies arabes, comme l’assure Ahmad Ghoneim,
professeur d’économie à l’Université du Caire.
A ce facteur majeur expliquant la hausse des investissements
interarabes s’ajoute un autre de grande envergure : les
événements du 11 septembre 2001. « Depuis cette date, investir
dans les pays occidentaux est risqué pour les Arabes. Ils
craignent que leurs capitaux soient confisqués, ou de se
trouver accusés de blanchiment ou de terrorisme », assure
Ahmad Goweili, secrétaire général du Conseil de l’Union
économique arabe. « Les quelques cas où des restrictions ont
été imposées à des investissements quant à l’achat de certains
actifs à l’étranger ont accentué cette tendance. A titre
d’exemple, le refus de l’Angleterre de vendre 11 % de British
Petroleum à des investisseurs koweïtiens ou encore le refus
des Etats-Unis de voir leurs ports gérés par une entreprise
émiratie », ajoute Gamal Bayoumi, directeur de l’Union des
investisseurs arabes.
Les deux principaux facteurs qui ont favorisé les
investissements interarabes sont donc indépendants des Arabes.
Mais, cela n’empêche l’existence d’éléments internes pour
expliquer la tendance. Avec d’abord l’amélioration de
l’environnement de l’investissement dans plusieurs pays
arabes. « Des pays comme l’Egypte, la Tunisie, la Jordanie
ainsi que certains pays du Golfe ont réalisé des réformes
notables dans les lois et les procédures liées aux
investissements », explique Gamal Bayoumi. Puis il y a la
conclusion de l’accord de libre-échange entre les pays arabes,
entré en vigueur en 2005.
Goutte d’eau dans l’océan
Les investisseurs, pourtant, ne voient pas tous la vie en
rose. Certains assurent avoir profité de ces réformes. Pour
d’autres, les réformes réalisées par les gouvernements arabes
ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. « Il faut arrêter de
se vanter des réformes faites et connaître l’opinion du
secteur privé. Les pays arabes restent parmi les pays où
l’environnement des affaires est le moins favorable », a
martelé l’homme d’affaires saoudien, Abdel-Rahmane Al-Zamel,
PDG du groupe Holding Al-Zamel, lors du Forum du Caire pour
l’investissement, tenu les 10 et 11 décembre derniers.
« Il y a eu un progrès dans plusieurs domaines mais cela ne
veut pas dire que le climat d’investissement est attrayant »,
souligne Moustapha Nabil, économiste en chef du Moyen-Orient
et de l’Afrique du Nord auprès de la Banque mondiale.
Davantage de réformes sur les plans économique, financier et
législatif sont encore demandées.
Pour ce qui est de l’accord de libre-échange entre les pays
arabes, les experts économiques lui reconnaissent un effet
mais qui reste encore minime. Pour Gamal Bayoumi,
l’impuissance d’un tel accord est dû à un problème structurel
de l’industrialisation dans les pays arabes et à un manque de
coopération et de complémentarité entre les pays de la région.
« Les Arabes importent 70 % de leurs besoins. Ils ne
produisent pas les équipements industriels, les moyens de
transport tels les trains et les navires. En plus, les Arabes
sont de gros importateurs de produits alimentaires et on ne
dispose pas de projet de fabrication de moteur arabe à
l’instar d’autres régions du monde », s’insurge-t-il.
Bayoumi n’a pas tort, puisqu’en fait 84 % des investissements
interarabes concernent le secteur des services, surtout celui
du tourisme. Alors que les investissements dans le secteur
industriel se sont limités à 6 % et celui de l’agriculture,
pire, n’a reçu à peine que 0,1 %(44 millions de dollars).
S’ajoute à ces problèmes structurels, un facteur majeur
éloignant les investissements, et dont souffre la majorité des
pays arabes : la bureaucratie. « Une importante augmentation
des investissements interarabes et même étrangers est prévue
si on agit pour réduire la lourdeur de la bureaucratie. Les
procédures exigées pour entamer un projet ne sont pas
motivantes, voire empêchent les investisseurs de pénétrer le
marché arabe », souligne Jassim Al-Manaï, directeur du Fonds
monétaire arabe.
Pour les différents experts concernés par le développement des
investissements interarabes, il est indispensable qu’un plan
commun soit mis en place. Ce qui est loin de la réalité
actuelle. « Les pays arabes n’ont pas de plan commun pour
encourager les investissements interarabes ou la coopération
économique en général. Ce qui s’est passé il y a quelques
semaines lors de la 84e conférence ministérielle des ministres
arabes de l’Economie en est la preuve. Aucun ministre n’a
assisté à la conférence », souligne Bayoumi. Le cheikh Saleh
Kamel, PDG du groupe saoudien Dalah partage le même avis. « On
manque de plans d’investissement dans la majorité des pays
arabes. Des milliards de dollars prennent le chemin de
l’étranger ou restent inutilisés », conclut-il.
Ibtessam
Zayed
Marwa
Hussein