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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Arts

Photographie . Présentée en Suisse l’été dernier, l’exposition Pas de vacances à Gaza !, au Caire à partir du 14 janvier, met en avant un autre aspect du conflit israélo-palestinien. Plus humain, plus profond et moins stéréotypé.

L’autre réalité de Gaza 

Des affiches et des cartes postales nous accueillent à l’entrée de l’exposition de photographies Mafish agaza fi Gaza ! (pas de vacances à Gaza !), au Centre de l’image, à Mounira. Elles nous font rêver d’une très belle plage. Un ciel clair, du sable jaune et une mer tranquille. Trois hommes sont en train de jouer ensemble : un bédouin, un Soudanais et un autre à la tenue ordinaire ou quelconque. La plage de Gaza peut être un site attrayant pour les vacances. Est-ce vrai ou faux ?

La photo est bien réelle, elle a été captée à l’été 2006. Mais c’était un moment de pur hasard, une exception. La plage de Gaza est presque déserte. Elle n’a jamais reflété une ambiance aussi tranquille. La réalité contredit donc l’affiche et les cartes postales. Gaza n’est pas cette ville touristique que l’on voit au prime abord sur les photos. Elle est de plus en plus isolée.

« Nous avons voulu jouer un peu sur cette idée d’affiches touristiques. Nous n’avons pas envie de faire une exposition qui archive le conflit arabo- israélien avec les photos de maisons détruites, de blessés et de martyrs. Employer ces cartes postales touristiques distribuées partout nous a aidés à donner une autre image plus ironique, plus nuancée », explique la photographe suisse, Rayelle Niemann, qui expose avec deux artistes palestiniens : Raouf Haj Yahia et Tayssir Batniji.

Les photos des artistes ne sont pas uniquement cadrées et accrochées aux murs, mais aussi exposées sur trois écrans d’ordinateur. Cela facilite l’envoi ici et là par Internet. « Il est important pour nous d’essayer de changer la perspective du conflit. On en a parlé longtemps. On a assez d’images et de clichés diffusés dans les médias, il faut alors apprendre à voir les choses différemment. En tant que photographes, il était important pour nous de voir la réaction à notre travail dans les yeux des Arabes », souligne Niemann.

A travers une série de photos, le Palestinien de Ramallah, Raouf Haj Yahia, tâche de conceptualiser l’importance du pain à Gaza. A travers quelques jeux techniques accomplis sur ordinateur, le pain paraît comme une lettre prête à être postée ou encore comme des médicaments en cachet. Par alternance, le pain devient « un pain urgent » comme une nouvelle urgente. Haj Yahia insinue, de manière ironique, que le pain devient une rareté, une urgence à Gaza.

Tayssir Batniji a focalisé son travail sur les pères morts ou tués (souvent des commerçants) dont les portraits se trouvent accrochés dans les magasins. Batniji joue sur le thème de « la présence-absence ». A quel point ces morts se trouvent encore vivants et très présents dans le quotidien de leurs proches ? ! Ainsi, les portraits sont-ils accrochés chez un épicier, près du thé et du café, ou encore chez un garagiste du coin. Ce sont des installations qui font partie de la vie quotidienne. Elles émanent d’un conflit dont on a longtemps parlé.

Rayelle Niemann, à travers sa vision d’étrangère, relève l’état de désorientation où vivent les Palestiniens quant à leur rapport aux Israéliens. Niemann a photographié le tunnel d’Erez, au point de passage entre Gaza et Israël. Aujourd’hui, ce tunnel est déserté. Autrefois, les Palestiniens, qui avaient la possibilité de travailler dans les terres israéliennes, devaient passer chaque jour par ce tunnel de 1 km de longueur pour retourner à Gaza. Le tunnel conçu par les Israéliens se divise en quatre parties colorées : en partant d’Israël, on trouve le bleu, ensuite le rouge puis le vert et finalement, en arrivant à Gaza, on trouve le gris. Niemann explique : « On dirait des couleurs thérapeutiques, mais en fait, d’un autre côté, ce sont des couleurs de la torture. A l’aide d’un éclairage intense, ces couleurs ont un effet de désorientation ». Une confusion totale règne dans ce tunnel dont les couleurs le rapprochent d’une œuvre d’art. Il nous transpose, comme le travail des deux autres photographes, un autre aspect du conflit israélo-palestinien, plus réel, plus profond et plus vécu, loin des clichés traditionnels des médias.

May Sélim

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Pas de vacances à Gaza !, photographies de Rayelle Niemann, Raouf Haj Yahia et Tayssir Batniji, du 14 janvier au 7 février, tous les jours de 11h à 18h, sauf le vendredi et le samedi (vernissage à 19h), au CIC. 20, rue Safiya Zaghloul. Mounira. Tél. : 794 16 86.

 




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