Photographie
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Présentée en Suisse l’été dernier, l’exposition Pas de
vacances à Gaza !, au Caire à partir du 14 janvier, met en
avant un autre aspect du conflit israélo-palestinien. Plus
humain, plus profond et moins stéréotypé.
L’autre réalité de Gaza
Des
affiches et des cartes postales nous accueillent à l’entrée de
l’exposition de photographies Mafish agaza fi Gaza ! (pas de
vacances à Gaza !), au Centre de l’image, à Mounira. Elles
nous font rêver d’une très belle plage. Un ciel clair, du
sable jaune et une mer tranquille. Trois hommes sont en train
de jouer ensemble : un bédouin, un Soudanais et un autre à la
tenue ordinaire ou quelconque. La plage de Gaza peut être un
site attrayant pour les vacances. Est-ce vrai ou faux ?
La photo est bien réelle, elle a été captée à l’été 2006. Mais
c’était un moment de pur hasard, une exception. La plage de
Gaza est presque déserte. Elle n’a jamais reflété une ambiance
aussi tranquille. La réalité contredit donc l’affiche et les
cartes postales. Gaza n’est pas cette ville touristique que
l’on voit au prime abord sur les photos. Elle est de plus en
plus isolée.
«
Nous avons voulu jouer un peu sur cette idée d’affiches
touristiques. Nous n’avons pas envie de faire une exposition
qui archive le conflit arabo- israélien avec les photos de
maisons détruites, de blessés et de martyrs. Employer ces
cartes postales touristiques distribuées partout nous a aidés
à donner une autre image plus ironique, plus nuancée »,
explique la photographe suisse, Rayelle Niemann, qui expose
avec deux artistes palestiniens : Raouf Haj Yahia et Tayssir
Batniji.
Les photos des artistes ne sont pas uniquement cadrées et
accrochées aux murs, mais aussi exposées sur trois écrans
d’ordinateur. Cela facilite l’envoi ici et là par Internet. «
Il est important pour nous d’essayer de changer la perspective
du conflit. On en a parlé longtemps. On a assez d’images et de
clichés diffusés dans les médias, il faut alors apprendre à
voir les choses différemment. En tant que photographes, il
était important pour nous de voir la réaction à notre travail
dans les yeux des Arabes », souligne Niemann.
A travers une série de photos, le Palestinien de Ramallah,
Raouf Haj Yahia, tâche de conceptualiser l’importance du pain
à Gaza. A travers quelques jeux techniques accomplis sur
ordinateur, le pain paraît comme une lettre prête à être
postée ou encore comme des médicaments en cachet. Par
alternance, le pain devient « un pain urgent » comme une
nouvelle urgente. Haj Yahia insinue, de manière ironique, que
le pain devient une rareté, une urgence à Gaza.
Tayssir Batniji a focalisé son travail sur les pères morts ou
tués (souvent des commerçants) dont les portraits se trouvent
accrochés dans les magasins. Batniji joue sur le thème de « la
présence-absence ». A quel point ces morts se trouvent encore
vivants et très présents dans le quotidien de leurs proches ?
! Ainsi, les portraits sont-ils accrochés chez un épicier,
près du thé et du café, ou encore chez un garagiste du coin.
Ce sont des installations qui font partie de la vie
quotidienne. Elles émanent d’un conflit dont on a longtemps
parlé.
Rayelle
Niemann, à travers sa vision d’étrangère, relève l’état de
désorientation où vivent les Palestiniens quant à leur rapport
aux Israéliens. Niemann a photographié le tunnel d’Erez, au
point de passage entre Gaza et Israël. Aujourd’hui, ce tunnel
est déserté. Autrefois, les Palestiniens, qui avaient la
possibilité de travailler dans les terres israéliennes,
devaient passer chaque jour par ce tunnel de 1 km de longueur
pour retourner à Gaza. Le tunnel conçu par les Israéliens se
divise en quatre parties colorées : en partant d’Israël, on
trouve le bleu, ensuite le rouge puis le vert et finalement,
en arrivant à Gaza, on trouve le gris. Niemann explique : « On
dirait des couleurs thérapeutiques, mais en fait, d’un autre
côté, ce sont des couleurs de la torture. A l’aide d’un
éclairage intense, ces couleurs ont un effet de désorientation
». Une confusion totale règne dans ce tunnel dont les couleurs
le rapprochent d’une œuvre d’art. Il nous transpose, comme le
travail des deux autres photographes, un autre aspect du
conflit israélo-palestinien, plus réel, plus profond et plus
vécu, loin des clichés traditionnels des médias.
May Sélim