Musique .
C’est avec un CD en préparation et la création d’une nouvelle
troupe musicale que le compositeur et luthiste iraqien Omar
Bachir entame ses activités au Caire, où il a prévu de
s’installer.
Le luthiste voyageur
Omar
Bachir s’est vite attelé au labeur. Le compositeur et luthiste
iraqien prépare la soirée du 12 janvier, à Alger où il est
invité à célébrer, avec d’autres musiciens, le choix d’Alger
comme capitale de la culture arabe en 2007. Avec des luthistes
talentueux du monde arabe tels le Libanais Charbel Rouhana et
le Marocain Driss Al-Maloumi, il est censé prendre part à un
jeu d’improvisation. « Je jouerai les maqams (modes) iraqiens
», dit-il. En solo ou accompagné d’autres instruments de
musique, son luth nous emmène en Iraq, puis nous fait voyager
encore plus loin, au-delà de toutes frontières matérielles.
Alors, on se retrouve comme par magie en Espagne, en Amérique
latine, en Inde …
Omar Bachir offre, à chaque fois, un itinéraire de voyage bien
différent. Parfois, son instrument opte pour le flamenco. Et
dans d’autres compositions, il se prête au jazz ou à un genre
plus classique voire symphonique. « Le flamenco est très
proche de la musique orientale, en fait les origines du
flamenco remontent à l’époque andalouse où les Arabes ont
régné en Espagne. C’est pourquoi on y retrouve les modes de la
musique orientale. En plus, la guitare est très proche du oud
ou luth oriental. J’ai passé cinq mois en Espagne, afin de
m’entraîner avec les gitans », indique Bachir d’un air
passionné. Il se plaît dans le rôle du voyageur qui fouille et
puise dans les patrimoines musicaux.
La musique indienne à titre d’exemple « comporte des modes
orientaux comme le nahawand, le ajam, le hijaz, qui côtoient
d’autres indiens comme le Raja du matin et celui du soir.
Ceux-ci sont deux modes qui se jouent différemment accompagnés
de certains encens. S’ajoutent à cela les improvisations de la
cithare. Cette musique peut donc facilement s’allier à la
musique arabe ou au flamenco », ajoute Omar Bachir. Pour ce
qui est du jazz, il ne s’agit pas de donner au luth un ton
plus jazzy mais de dialoguer avec les autres instruments.
Ainsi, en respectant les maqams orientaux, le luth joue-t-il
tour à tour avec la guitare, le saxophone, les percussions,
etc.
Les CD du musicien ainsi que les troupes qu’il a déjà fondées
en Europe et dans le monde arabe visaient à exprimer « la
folie de Omar Bachir », selon ses termes.
La nouvelle troupe qu’il est en train de lancer au Caire, où
il compte s’installer, rassemble luth, guitare de base,
guitare espagnole, percussions occidentales (konja et bongos)
et orientales (tambour et tambourin). Ce, sans oublier le
piano acoustique.
« Je cherche par cette troupe à attirer les jeunes. De plus en
plus, on s’éloigne des origines de la musique pour aller vers
une chanson plus légère. J’essaye de m’adapter au goût jeune
», lance-t-il. Un premier concert est prévu au Caire le 30
janvier au centre d’Al-Ghouri. Bachir y tâchera de simuler une
ambiance indienne, parsemant la salle avec des bougies et
d’encens. « Je souhaite que le public entende, visualise et
sente la musique », dit Omar Bachir, lequel a été initié à la
musique dès sa tendre enfance grâce à son père Mounir Bachir
et son oncle Jamil Bachir, deux maîtres incontestés du luth.
Plus tard, il a poursuivi des études au Conservatoire de
Bagdad, avant de partir en 1991 pour la Hongrie où il a étudié
à l’Académie Franz Liszt de Budapest. « Tout luthiste, ayant
bien connu la musique de Mounir Bachir tâche de l’imiter. Au
début, je le faisais moi-même, mais progressivement j’ai ôté
la robe du père et maître », avoue-t-il. Maintenant qu’il a 14
ans de carrière, c’est plus facile de l’admettre.
Il est en train de préparer son 19e CD qu’il intitulera « Le
luth classique », avec notamment de nouvelles compositions
arrangées dans le style orchestral. Déjà, Bachir avait connu
une expérience similaire en Europe, ayant créé un ensemble
jouant Beethoven et Bach. « L’art est le seul langage qui
relie le monde entier. En jouant, je me retrouve sur un tapis
volant dans un voyage éternel », dit-il.
May Sélim