Al-Ahram Hebdo, Arts | Le luthiste voyageur
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 Semaine du 10 au 17 janvier 2007, numéro 644

 

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Arts

Musique . C’est avec un CD en préparation et la création d’une nouvelle troupe musicale que le compositeur et luthiste iraqien Omar Bachir entame ses activités au Caire, où il a prévu de s’installer.

Le luthiste voyageur 

Omar Bachir s’est vite attelé au labeur. Le compositeur et luthiste iraqien prépare la soirée du 12 janvier, à Alger où il est invité à célébrer, avec d’autres musiciens, le choix d’Alger comme capitale de la culture arabe en 2007. Avec des luthistes talentueux du monde arabe tels le Libanais Charbel Rouhana et le Marocain Driss Al-Maloumi, il est censé prendre part à un jeu d’improvisation. « Je jouerai les maqams (modes) iraqiens  », dit-il. En solo ou accompagné d’autres instruments de musique, son luth nous emmène en Iraq, puis nous fait voyager encore plus loin, au-delà de toutes frontières matérielles. Alors, on se retrouve comme par magie en Espagne, en Amérique latine, en Inde …

Omar Bachir offre, à chaque fois, un itinéraire de voyage bien différent. Parfois, son instrument opte pour le flamenco. Et dans d’autres compositions, il se prête au jazz ou à un genre plus classique voire symphonique. « Le flamenco est très proche de la musique orientale, en fait les origines du flamenco remontent à l’époque andalouse où les Arabes ont régné en Espagne. C’est pourquoi on y retrouve les modes de la musique orientale. En plus, la guitare est très proche du oud ou luth oriental. J’ai passé cinq mois en Espagne, afin de m’entraîner avec les gitans », indique Bachir d’un air passionné. Il se plaît dans le rôle du voyageur qui fouille et puise dans les patrimoines musicaux.

La musique indienne à titre d’exemple « comporte des modes orientaux comme le nahawand, le ajam, le hijaz, qui côtoient d’autres indiens comme le Raja du matin et celui du soir. Ceux-ci sont deux modes qui se jouent différemment accompagnés de certains encens. S’ajoutent à cela les improvisations de la cithare. Cette musique peut donc facilement s’allier à la musique arabe ou au flamenco », ajoute Omar Bachir. Pour ce qui est du jazz, il ne s’agit pas de donner au luth un ton plus jazzy mais de dialoguer avec les autres instruments. Ainsi, en respectant les maqams orientaux, le luth joue-t-il tour à tour avec la guitare, le saxophone, les percussions, etc.

Les CD du musicien ainsi que les troupes qu’il a déjà fondées en Europe et dans le monde arabe visaient à exprimer « la folie de Omar Bachir », selon ses termes.

La nouvelle troupe qu’il est en train de lancer au Caire, où il compte s’installer, rassemble luth, guitare de base, guitare espagnole, percussions occidentales (konja et bongos) et orientales (tambour et tambourin). Ce, sans oublier le piano acoustique.

« Je cherche par cette troupe à attirer les jeunes. De plus en plus, on s’éloigne des origines de la musique pour aller vers une chanson plus légère. J’essaye de m’adapter au goût jeune », lance-t-il. Un premier concert est prévu au Caire le 30 janvier au centre d’Al-Ghouri. Bachir y tâchera de simuler une ambiance indienne, parsemant la salle avec des bougies et d’encens. « Je souhaite que le public entende, visualise et sente la musique », dit Omar Bachir, lequel a été initié à la musique dès sa tendre enfance grâce à son père Mounir Bachir et son oncle Jamil Bachir, deux maîtres incontestés du luth.

Plus tard, il a poursuivi des études au Conservatoire de Bagdad, avant de partir en 1991 pour la Hongrie où il a étudié à l’Académie Franz Liszt de Budapest. « Tout luthiste, ayant bien connu la musique de Mounir Bachir tâche de l’imiter. Au début, je le faisais moi-même, mais progressivement j’ai ôté la robe du père et maître », avoue-t-il. Maintenant qu’il a 14 ans de carrière, c’est plus facile de l’admettre.

Il est en train de préparer son 19e CD qu’il intitulera « Le luth classique », avec notamment de nouvelles compositions arrangées dans le style orchestral. Déjà, Bachir avait connu une expérience similaire en Europe, ayant créé un ensemble jouant Beethoven et Bach. « L’art est le seul langage qui relie le monde entier. En jouant, je me retrouve sur un tapis volant dans un voyage éternel », dit-il.

May Sélim 

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