Alexandrie,
De nos envoyées spéciales —
Il
s’agit en fait de la troisième série d’interventions, organisée
par AlexMed sur le thème de « Penser la Méditerranée », qui a
commencé en mai 2006 et qui se poursuivra jusqu’au mois de mai
2007. Ce cycle de conférences a pour objectif premier d’explorer
les relations multiples qui ont lié ou opposé les cités antiques
du Bassin méditerranéen. Ces conférences couvrent un certain
nombre de questions essentielles comprenant : « La Méditerranée,
une question stratégique ; La Méditerranée parmi les cultures ;
Les villes méditerranéennes ; et La Méditerranée, un espace
religieux ». Deux intervenants représentant deux pays de la
Méditerranée, l’Egypte et la Tunisie, ont tenté, lors de la
dernière conférence, de révéler l’histoire de cette mer très
antique, à travers les objets fabriqués en mosaïque, découverts
dans les deux pays. Les deux intervenants sont Jean-Yves
Empereur, directeur du Centre d’Etudes Alexandrines (CEAlex) et
le Dr Aïcha bin Abed, directrice des monuments et sites
archéologiques à l’Institut national du patrimoine en Tunisie. «
La mosaïque est une production de la Méditerranée, et qui, avec
le temps, s’y est répandue partout. Tous les pays du pourtour de
la Méditerranée ont fait de la mosaïque. On en trouve en Espagne,
en Turquie, en Grèce et aussi au Maroc, il y en a partout, et en
plus, il n’y a pas en dehors de la Méditerranée », explique
Jean-Yves Empereur.
Chaque pays, à travers ses mosaïques, révèle
cependant sa culture. Le Dr Aïcha bin Abed, quant à elle, a
dégagé lors de la conférence l’historique de la céramique de son
pays. La Tunisie possède en fait l’une des plus riches
collections, surtout qu’elle est en bon état de conservation. «
La mosaïque tunisienne explore l’identité du pays entre les Ve
et IIIe siècles av. J.-C. Elle forme des tableaux de toutes les
couleurs avec des représentations d’hommes, de femmes, d’animaux
et de fleurs. Elle forme une sorte de tapisserie très souvent
couvrant surtout les cuisines », explique Aïcha bin Abed. Les
grands musées tunisiens renferment de magnifiques collections de
différentes tailles. Les mosaïques de la Tunisie datent surtout
de l’époque gréco-romaine. Ce sont les Romains qui ont importé
en Tunisie l’art de la mosaïque. De sa part, Jean-Yves Empereur,
le célèbre archéologue français qui fouille depuis plus de dix
ans plusieurs sites archéologiques alexandrins, a présenté la
mosaïque de la ville antique d’Alexandrie.
Il a fait également une comparaison entre les
mosaïques des deux pays de la Méditerranée : « La mosaïque
d’Alexandrie est beaucoup plus ancienne que celle de la Tunisie.
En Tunisie, les plus belles mosaïques sont du IIIe et surtout du
IVe siècles après J.-C., alors qu’à Alexandrie, on a des
mosaïques qui remontent au IVe siècle av. J.C. », estime-t-il.
Selon lui, cet art a paru au IVe siècle av. J.-C. et a disparu
d’Alexandrie vers les VIIe-VIIIe siècles après J.-C. Les
mosaïques alexandrines ont beaucoup de thèmes : nilotiques comme
des crocodiles et des poissons, aussi des thèmes de chasse et
des portraits. Un auteur du Ier siècle après J.-C. (mort en 79)
a dit que la mosaïque est vraiment une spécialité d’Alexandrie
et que les artistes alexandrins font avec cette mosaïque de
véritables « peintures de pierre ». Disant que ces mosaïques
sont plus belles que des tableaux peints, aussi riches, aussi
variées et aussi vivantes.
Le Musée gréco-romain d’Alexandrie possède
une collection impressionnante de pièces représentant
l’évolution technique de l’art de la mosaïque à Alexandrie qui a
continué pendant toute la période grecque, celle des Ptolémées
jusqu’à Cléopâtre et ensuite pendant toute la période romaine. «
C’est-à-dire qu’à Alexandrie, on a presque 850 ans d’histoire de
la mosaïque. Ces mosaïques sont d’une technique très fine,
puisque les tesselles sont parfaitement bien collées l’une à
l’autre, à tel point que pour la mosaïque qui représente un
chien, on en compte 700 tesselles », explique Jean-Yves Empereur.
Il y a certaines de ces mosaïques qui sont même signées par les
artistes, ce qui est très rare. Cela veut dire que ces artistes,
ces mosaïstes et ces artisans alexandrins étaient très fiers de
leurs travaux au point qu’ils étaient exportés partout dans le
monde. On les a retrouvés à Cécile, à Rome et partout. C’est
donc quelque chose de très fameux à Alexandrie. C’est un art
très sophistiqué.
Un musée spécial pour la mosaïque alexandrine
A part la collection de mosaïques qui se
trouve au Musée gréco-romain, il y en a d’autres au Musée
national de la ville et au Musée archéologique, à la Bibliotheca
Alexandrina. Ces mosaïques sont actuellement en cours de
restauration par une équipe du Conseil Suprême des Antiquités
(CSA) et une équipe du CEAlex. Une fois la restauration terminée,
ces mosaïques seront exposées dans un nouveau musée, à savoir
celui de Bab Charqi, à côté du petit temple romain de Ras
Al-Soda. Il y a déjà dans cet endroit une place réservée à la
fondation d’un musée qui sera consacré spécialement aux
mosaïques. Un plan de ce musée a été exécuté par un architecte
du CSA. « C’est un grand musée, parce que les mosaïques sont
nombreuses et sont très grandes : certaines couvrent des pièces.
Quand on fait généralement des fouilles à Alexandrie, on trouve
de la mosaïque. On prépare actuellement la collection du musée.
On a des centaines de mosaïques qui sont magnifiques et qui sont
en très bon état, d’autres qui ont besoin de travaux de
restauration. Ces travaux prennent trop de temps, ne sont pas du
tout faciles et en plus, ils sont très coûteux », souligne
Empereur. En fait, le financement de la restauration de la
mosaïque faite par les Egyptiens sera assuré par l’Egypte et les
Etats-Unis, alors que la restauration menée par le CEAlex vient
de la fondation française BNP-Paris-Bas. « On a fouillé le site
du musée en 2003–2004. Depuis, le terrain est prêt et le musée
pourrait être inauguré dans deux ou trois ans », reprend
Empereur.
Amira Samir
Samar Zarée