Al-Ahram Hebdo, Voyages | Mosaïque Méditerranée
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Voyages

Patrimoine. Le Centre de recherche pour les études méditerranéennes (AlexMed) de la Bibliotheca Alexandrina a récemment organisé une conférence ayant pour thème « L’histoire de la Méditerranée antique ».

Mosaïque Méditerranée

Alexandrie,
De nos envoyées spéciales —
Il s’agit en fait de la troisième série d’interventions, organisée par AlexMed sur le thème de « Penser la Méditerranée », qui a commencé en mai 2006 et qui se poursuivra jusqu’au mois de mai 2007. Ce cycle de conférences a pour objectif premier d’explorer les relations multiples qui ont lié ou opposé les cités antiques du Bassin méditerranéen. Ces conférences couvrent un certain nombre de questions essentielles comprenant : « La Méditerranée, une question stratégique ; La Méditerranée parmi les cultures ; Les villes méditerranéennes ; et La Méditerranée, un espace religieux ». Deux intervenants représentant deux pays de la Méditerranée, l’Egypte et la Tunisie, ont tenté, lors de la dernière conférence, de révéler l’histoire de cette mer très antique, à travers les objets fabriqués en mosaïque, découverts dans les deux pays. Les deux intervenants sont Jean-Yves Empereur, directeur du Centre d’Etudes Alexandrines (CEAlex) et le Dr Aïcha bin Abed, directrice des monuments et sites archéologiques à l’Institut national du patrimoine en Tunisie. « La mosaïque est une production de la Méditerranée, et qui, avec le temps, s’y est répandue partout. Tous les pays du pourtour de la Méditerranée ont fait de la mosaïque. On en trouve en Espagne, en Turquie, en Grèce et aussi au Maroc, il y en a partout, et en plus, il n’y a pas en dehors de la Méditerranée », explique Jean-Yves Empereur.

Chaque pays, à travers ses mosaïques, révèle cependant sa culture. Le Dr Aïcha bin Abed, quant à elle, a dégagé lors de la conférence l’historique de la céramique de son pays. La Tunisie possède en fait l’une des plus riches collections, surtout qu’elle est en bon état de conservation. « La mosaïque tunisienne explore l’identité du pays entre les Ve et IIIe siècles av. J.-C. Elle forme des tableaux de toutes les couleurs avec des représentations d’hommes, de femmes, d’animaux et de fleurs. Elle forme une sorte de tapisserie très souvent couvrant surtout les cuisines », explique Aïcha bin Abed. Les grands musées tunisiens renferment de magnifiques collections de différentes tailles. Les mosaïques de la Tunisie datent surtout de l’époque gréco-romaine. Ce sont les Romains qui ont importé en Tunisie l’art de la mosaïque. De sa part, Jean-Yves Empereur, le célèbre archéologue français qui fouille depuis plus de dix ans plusieurs sites archéologiques alexandrins, a présenté la mosaïque de la ville antique d’Alexandrie.

Il a fait également une comparaison entre les mosaïques des deux pays de la Méditerranée : « La mosaïque d’Alexandrie est beaucoup plus ancienne que celle de la Tunisie. En Tunisie, les plus belles mosaïques sont du IIIe et surtout du IVe siècles après J.-C., alors qu’à Alexandrie, on a des mosaïques qui remontent au IVe siècle av. J.C. », estime-t-il. Selon lui, cet art a paru au IVe siècle av. J.-C. et a disparu d’Alexandrie vers les VIIe-VIIIe siècles après J.-C. Les mosaïques alexandrines ont beaucoup de thèmes : nilotiques comme des crocodiles et des poissons, aussi des thèmes de chasse et des portraits. Un auteur du Ier siècle après J.-C. (mort en 79) a dit que la mosaïque est vraiment une spécialité d’Alexandrie et que les artistes alexandrins font avec cette mosaïque de véritables « peintures de pierre ». Disant que ces mosaïques sont plus belles que des tableaux peints, aussi riches, aussi variées et aussi vivantes.

Le Musée gréco-romain d’Alexandrie possède une collection impressionnante de pièces représentant l’évolution technique de l’art de la mosaïque à Alexandrie qui a continué pendant toute la période grecque, celle des Ptolémées jusqu’à Cléopâtre et ensuite pendant toute la période romaine. « C’est-à-dire qu’à Alexandrie, on a presque 850 ans d’histoire de la mosaïque. Ces mosaïques sont d’une technique très fine, puisque les tesselles sont parfaitement bien collées l’une à l’autre, à tel point que pour la mosaïque qui représente un chien, on en compte 700 tesselles », explique Jean-Yves Empereur. Il y a certaines de ces mosaïques qui sont même signées par les artistes, ce qui est très rare. Cela veut dire que ces artistes, ces mosaïstes et ces artisans alexandrins étaient très fiers de leurs travaux au point qu’ils étaient exportés partout dans le monde. On les a retrouvés à Cécile, à Rome et partout. C’est donc quelque chose de très fameux à Alexandrie. C’est un art très sophistiqué.

Un musée spécial pour la mosaïque alexandrine

A part la collection de mosaïques qui se trouve au Musée gréco-romain, il y en a d’autres au Musée national de la ville et au Musée archéologique, à la Bibliotheca Alexandrina. Ces mosaïques sont actuellement en cours de restauration par une équipe du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) et une équipe du CEAlex. Une fois la restauration terminée, ces mosaïques seront exposées dans un nouveau musée, à savoir celui de Bab Charqi, à côté du petit temple romain de Ras Al-Soda. Il y a déjà dans cet endroit une place réservée à la fondation d’un musée qui sera consacré spécialement aux mosaïques. Un plan de ce musée a été exécuté par un architecte du CSA. « C’est un grand musée, parce que les mosaïques sont nombreuses et sont très grandes : certaines couvrent des pièces. Quand on fait généralement des fouilles à Alexandrie, on trouve de la mosaïque. On prépare actuellement la collection du musée. On a des centaines de mosaïques qui sont magnifiques et qui sont en très bon état, d’autres qui ont besoin de travaux de restauration. Ces travaux prennent trop de temps, ne sont pas du tout faciles et en plus, ils sont très coûteux », souligne Empereur. En fait, le financement de la restauration de la mosaïque faite par les Egyptiens sera assuré par l’Egypte et les Etats-Unis, alors que la restauration menée par le CEAlex vient de la fondation française BNP-Paris-Bas. « On a fouillé le site du musée en 2003–2004. Depuis, le terrain est prêt et le musée pourrait être inauguré dans deux ou trois ans », reprend Empereur.

Amira Samir
Samar Zarée

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