Le Hamas a mis du retard. Il aurait pu
épargner aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie les
souffrances qu'ils ont endurées pendant plus de 7 mois. Le
gouvernement d'union nationale que le Hamas a enfin accepté de
former était un choix disponible depuis que le mouvement a
remporté les dernières élections législatives. Mais le Hamas
avait alors refusé de faire preuve d'un minimum de flexibilité
permettant d'adopter un programme politique comme celui qu'il a
dernièrement accepté.
Ce programme ne sacrifie aucun des fondements
du mouvement. Il ne reconnaît pas l'existence d'Israël ni ne
renonce à la résistance. Tout ce qu'il devait accepter, et il
l'a enfin fait, c'est de reconnaître les accords sur lesquels
l'Autorité nationale s'était auparavant engagée. Or, ces accords
n'ont même pas besoin de reconnaissance puisqu'ils existent
effectivement, qu'ils soient appliqués ou non, tant qu'aucun des
2 parties n'a décidé de les annuler. Et puisque le Hamas ne
s'est pas attribué cette mission, d’autant plus qu'il ne peut le
faire sans l'accord de la présidence de l'Autorité palestinienne,
refuser de reconnaître les accords n'a aucune signification du
point de vue juridique. Mais au niveau de la réalité et du
quotidien, la situation est catégoriquement différente.
En effet, le peuple palestinien a payé cher
le prix de la non reconnaissance par le Hamas des accords déjà
conclus. Un isolement international total a été imposé au
gouvernement palestinien. Le pire est que les ressources
financières de l'Autorité palestinienne, qui compte
essentiellement sur des fonds extérieurs, ont été interrompues.
Que ce soit les revenus des taxes ou les aides qui représentent
la plus grande partie de ces ressources. Ce sont les autorités
douanières israéliennes qui collectent les taxes et impôts dus à
l'Autorité palestinienne, pour les lui rendre ensuite selon un
accord conclu entre les 2 parties. Et depuis la formation du
gouvernement du Hamas, Israël s'est abstenu de verser ces
revenus.
Quant aux aides, elles viennent pour la
plupart de l'Union Européenne (UE) et des Etats-Unis. Et même
les contributions provenant des Etats arabes ont cessé d'arriver
au ministère palestinien des Finances puisque les restrictions
imposées aux banques du monde entier ont également été
appliquées aux banques œuvrant à l'intérieur de la Palestine. Et
aucune de ces banques n'était prête à risquer son entité ou les
droits de ses clients. Non par lâcheté dans tous les cas, mais
par manque de conviction envers une position illogique qui ne
réalise aucun gain ni pour les Palestiniens ni pour le Hamas
même. Pendant 7 mois, les travailleurs palestiniens n'ont obtenu
qu'une part minime de leurs salaires et le secteur commercial a
connu une cassation sans précédent, puisque le pouvoir d'achat
des Palestiniens a largement baissé.
Donc, si la formation d'un gouvernement
d'union nationale prévoit une nouvelle phase, l'entrée dans
cette phase peut être le changement probable dans les tendances
de l'opinion publique à Gaza et en Cisjordanie. Il est tout à
fait naturel que le Hamas a perdu un taux considérable de ses
partisans qui l'avaient élu aux dernières législatives. Une
partie a estimé que le nouveau gouvernement ne s'est pas soucié
de leurs souffrances. Mais un nombre beaucoup plus grand a remis
en considération son alignement sur le Hamas après l'acceptation
du gouvernement d'union nationale.
Ceux-ci se divisent en 2 camps. Le premier
regroupe des rigoristes qui voient dans la position actuelle du
Hamas une certaine abdication. Et ce, à cause des déclarations
chaudes faites pendant ces derniers mois, bien que le Hamas ne
soit revenu sur aucun de ses fondements. Quant au second camp,
il comprend ceux qui ont été surpris par l'acceptation
aujourd'hui seulement de ce qui aurait pu être accepté avec
simplicité il y a des mois. Et par conséquent, épargner tant de
souffrances aux Palestiniens. Si ce camp-là s'attendait à une
solution originale de la part du Hamas, la surprise a bouleversé
sa confiance.
Il est sûr que les changements probables dans
les tendances d'un large secteur de l'opinion publique
palestinienne auront des impacts sur le Hamas pendant la phase à
venir. Surtout sur les relations intérieures, probablement avec
la présidence de l'Autorité et aussi pour ce qui est de la
position du Hamas envers l'action du président Mahmoud Abbass,
visant la reprise du processus de paix.
Il n'est donc pas facile de prédire les
effets du changement qui a eu lieu à l'intérieur du gouvernement
palestinien sur les chances de ressusciter le processus de paix
sans examiner les répercussions de l'expérience du Hamas sur sa
conjoncture intérieure. Nous savons tous qu'à l'intérieur du
Hamas, il y a 2 tendances divergentes entre modération et
rigorisme. Or, cette divergence risque de s'approfondir dans la
phase à venir. Et 2 scénarios sont probables selon l’équilibre
des forces entre les 2 tendances.
Si la tendance la plus modérée réussit à
tenir les rênes de l'initiative et à convaincre les piliers du
mouvement, en particulier l'aile militaire (Les Bataillons de
Qassam), que le mouvement a perdu un large secteur de ses
partisans à cause de l'aile la plus rigoriste, Abbass
bénéficiera de plus de liberté et d'espace sur la voie du
processus de paix.
Mais si l'aile la plus rigoriste réussit à
sauvegarder sa force, en comptant sur la loyauté que lui vaut la
direction des Bataillons de Qassam, elle peut recourir à une
escalade militaire. L'objectif est de prouver que l'acceptation
par le Hamas d'un gouvernement d'union nationale ne signifie pas
sa marginalisation.
Or, cette aile est fascinée par l'exemple du
Hezbollah et de son expérience. Elle peut donc renoncer à
l'escalade et pencher pour un apaisement implicite afin de
pouvoir faire passer des armes plus sophistiquées et creuser des
fortifications sous-terre et des dépôts d'armes.
Donc, bien que le Hamas soit sorti perdant de
son expérience au pouvoir, et bien qu'il ait renoncé à s'emparer
seul du gouvernement, il reste le plus capable d'influencer le
cours des événements au niveau de la cause palestinienne dans la
phase à venir.