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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Opinion

 Un nouveau gouvernement palestinien

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

Le Hamas a mis du retard. Il aurait pu épargner aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie les souffrances qu'ils ont endurées pendant plus de 7 mois. Le gouvernement d'union nationale que le Hamas a enfin accepté de former était un choix disponible depuis que le mouvement a remporté les dernières élections législatives. Mais le Hamas avait alors refusé de faire preuve d'un minimum de flexibilité permettant d'adopter un programme politique comme celui qu'il a dernièrement accepté.

Ce programme ne sacrifie aucun des fondements du mouvement. Il ne reconnaît pas l'existence d'Israël ni ne renonce à la résistance. Tout ce qu'il devait accepter, et il l'a enfin fait, c'est de reconnaître les accords sur lesquels l'Autorité nationale s'était auparavant engagée. Or, ces accords n'ont même pas besoin de reconnaissance puisqu'ils existent effectivement, qu'ils soient appliqués ou non, tant qu'aucun des 2 parties n'a décidé de les annuler. Et puisque le Hamas ne s'est pas attribué cette mission, d’autant plus qu'il ne peut le faire sans l'accord de la présidence de l'Autorité palestinienne, refuser de reconnaître les accords n'a aucune signification du point de vue juridique. Mais au niveau de la réalité et du quotidien, la situation est catégoriquement différente.

En effet, le peuple palestinien a payé cher le prix de la non reconnaissance par le Hamas des accords déjà conclus. Un isolement international total a été imposé au gouvernement palestinien. Le pire est que les ressources financières de l'Autorité palestinienne, qui compte essentiellement sur des fonds extérieurs, ont été interrompues. Que ce soit les revenus des taxes ou les aides qui représentent la plus grande partie de ces ressources. Ce sont les autorités douanières israéliennes qui collectent les taxes et impôts dus à l'Autorité palestinienne, pour les lui rendre ensuite selon un accord conclu entre les 2 parties. Et depuis la formation du gouvernement du Hamas, Israël s'est abstenu de verser ces revenus.

Quant aux aides, elles viennent pour la plupart de l'Union Européenne (UE) et des Etats-Unis. Et même les contributions provenant des Etats arabes ont cessé d'arriver au ministère palestinien des Finances puisque les restrictions imposées aux banques du monde entier ont également été appliquées aux banques œuvrant à l'intérieur de la Palestine. Et aucune de ces banques n'était prête à risquer son entité ou les droits de ses clients. Non par lâcheté dans tous les cas, mais par manque de conviction envers une position illogique qui ne réalise aucun gain ni pour les Palestiniens ni pour le Hamas même. Pendant 7 mois, les travailleurs palestiniens n'ont obtenu qu'une part minime de leurs salaires et le secteur commercial a connu une cassation sans précédent, puisque le pouvoir d'achat des Palestiniens a largement baissé.

Donc, si la formation d'un gouvernement d'union nationale prévoit une nouvelle phase, l'entrée dans cette phase peut être le changement probable dans les tendances de l'opinion publique à Gaza et en Cisjordanie. Il est tout à fait naturel que le Hamas a perdu un taux considérable de ses partisans qui l'avaient élu aux dernières législatives. Une partie a estimé que le nouveau gouvernement ne s'est pas soucié de leurs souffrances. Mais un nombre beaucoup plus grand a remis en considération son alignement sur le Hamas après l'acceptation du gouvernement d'union nationale.

Ceux-ci se divisent en 2 camps. Le premier regroupe des rigoristes qui voient dans la position actuelle du Hamas une certaine abdication. Et ce, à cause des déclarations chaudes faites pendant ces derniers mois, bien que le Hamas ne soit revenu sur aucun de ses fondements. Quant au second camp, il comprend ceux qui ont été surpris par l'acceptation aujourd'hui seulement de ce qui aurait pu être accepté avec simplicité il y a des mois. Et par conséquent, épargner tant de souffrances aux Palestiniens. Si ce camp-là s'attendait à une solution originale de la part du Hamas, la surprise a bouleversé sa confiance.

Il est sûr que les changements probables dans les tendances d'un large secteur de l'opinion publique palestinienne auront des impacts sur le Hamas pendant la phase à venir. Surtout sur les relations intérieures, probablement avec la présidence de l'Autorité et aussi pour ce qui est de la position du Hamas envers l'action du président Mahmoud Abbass, visant la reprise du processus de paix.

Il n'est donc pas facile de prédire les effets du changement qui a eu lieu à l'intérieur du gouvernement palestinien sur les chances de ressusciter le processus de paix sans examiner les répercussions de l'expérience du Hamas sur sa conjoncture intérieure. Nous savons tous qu'à l'intérieur du Hamas, il y a 2 tendances divergentes entre modération et rigorisme. Or, cette divergence risque de s'approfondir dans la phase à venir. Et 2 scénarios sont probables selon l’équilibre des forces entre les 2 tendances.

Si la tendance la plus modérée réussit à tenir les rênes de l'initiative et à convaincre les piliers du mouvement, en particulier l'aile militaire (Les Bataillons de Qassam), que le mouvement a perdu un large secteur de ses partisans à cause de l'aile la plus rigoriste, Abbass bénéficiera de plus de liberté et d'espace sur la voie du processus de paix.

Mais si l'aile la plus rigoriste réussit à sauvegarder sa force, en comptant sur la loyauté que lui vaut la direction des Bataillons de Qassam, elle peut recourir à une escalade militaire. L'objectif est de prouver que l'acceptation par le Hamas d'un gouvernement d'union nationale ne signifie pas sa marginalisation.

Or, cette aile est fascinée par l'exemple du Hezbollah et de son expérience. Elle peut donc renoncer à l'escalade et pencher pour un apaisement implicite afin de pouvoir faire passer des armes plus sophistiquées et creuser des fortifications sous-terre et des dépôts d'armes.

Donc, bien que le Hamas soit sorti perdant de son expérience au pouvoir, et bien qu'il ait renoncé à s'emparer seul du gouvernement, il reste le plus capable d'influencer le cours des événements au niveau de la cause palestinienne dans la phase à venir.

 

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