Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Le feu aux poudres
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Opinion

 Le feu aux poudres

Salama A. Salama

Comme il est insensé de croire que la responsabilité de la politique revient seuls aux politiciens ou que la guerre est exclusivement une affaire militaire, il en va de même pour la religion. Aujourd'hui, il est plus que jamais nécessaire que la religion ne soit pas le monopole des responsables religieux. Les actes ou les affirmations du pape Benoît XVI ne sont pas plus critiquables que ceux du journaliste danois qui a déclenché la crise des caricatures diffamant le prophète de l'islam Mohamad. Mais ce qui est très regrettable, c'est que l'autorité religieuse chrétienne la plus éminente fasse ce genre d'erreur sans aucune clairvoyance des retombées possibles.

L'objectif du cours magistral de sa sainteté le pape, dans une université du sud de l'Allemagne (lors d'une visite de sa ville natale), se devait d'être un appel au dialogue des cultures et des civilisations ... Mais l'intervention a mis le feu aux poudres. Benoît XVI a dit dans son discours : « Il est inadmissible que l'invitation à la découverte de la religion se fasse par le biais de la force ». Et il a illustré ses dires par un dialogue de 1391, à Ancyre, entre l'empereur byzantin Manuel II et un professeur perse sur l'islam et le christianisme. Manuel affirmait alors qu'un verset avait été révélé aux débuts de l'islam, lorsqu'il était encore fragile, selon lequel il ne faut pas inviter à la religion par la voie de la force et a dit à l'érudit perse « montre-moi ce qu'a fait Mohamad, et tu verras qu'il a diffusé la religion par l'épée et que cette violence ne valait rien parce qu'il est difficile de satisfaire Dieu par le sang ». Il a ajouté que le non-recours à la raison est en contradiction avec Dieu.

Celui qui lit le discours du pape, adressé à des théologiens spécialisés, sera forcément surpris par l'accumulation des interprétations douteuses appliquées à l'islam. Des falsifications qui l'ont mené à s'inspirer de l'un des empereurs qui vivaient au temps des croisades. Feignant d'oublier qu'il vit au XXIe siècle, époque de dialogue entre les religions et les cultures.

Sans doute le pape Benoît XVI, qui illustre, on le sait, une philosophie classique conservatrice, mais rigoureuse, a souhaité condamner les événements de violences qui ont eu lieu de par le monde et qui sont attribués à des groupes du Djihad islamique. Toutefois, cette théorie met le terrorisme et l'islam dans un même panier, ignorant par là même les conjonctures politiques, les guerres impériales et les injustices sociales qui alimentent les racines du terrorisme.

Il est évident que cette théorie, devenue le fond de commerce de Bush et des néo-conservateurs, et qui s'est attirée des adeptes en Occident, prépare aujourd'hui minutieusement le terrain au conflit des civilisations et des cultures. Elle contredit clairement le message universel du défunt Jean-Paul II qui a tenté, quant à lui, à travers ses multiples visites et contacts avec les pays musulmans, d'assurer une entente entre les religions et croyances contre l'athéisme, et ce par la recherche fondamentale des similitudes entre les religions.

Personne ne souhaite accuser le pape de fanatisme. Sans doute devons-nous supposer les bonnes intentions, il n'en reste pas moins qu'en fouillant dans les décombres du passé et en reprenant des phrases qui datent du XIVe siècle, le pape a pris des risques même s'il n'avait pas du tout l'intention de provoquer une guerre de religions. Ceci veut dire que le pape peut également commettre des erreurs. Et puisqu'il les reconnaît, nous n'avons plus besoin d'alimenter la tension. Surtout qu'il n'est pas dans l'intérêt du monde musulman de s'attirer les hostilités de l'Eglise catholique à un moment où les ennemis se font nombreux .

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