Comme
il est insensé de croire que la responsabilité de la politique
revient seuls aux politiciens ou que la guerre est exclusivement
une affaire militaire, il en va de même pour la religion.
Aujourd'hui, il est plus que jamais nécessaire que la religion
ne soit pas le monopole des responsables religieux. Les actes ou
les affirmations du pape Benoît XVI ne sont pas plus
critiquables que ceux du journaliste danois qui a déclenché la
crise des caricatures diffamant le prophète de l'islam Mohamad.
Mais ce qui est très regrettable, c'est que l'autorité
religieuse chrétienne la plus éminente fasse ce genre d'erreur
sans aucune clairvoyance des retombées possibles.
L'objectif du cours magistral de sa sainteté
le pape, dans une université du sud de l'Allemagne (lors d'une
visite de sa ville natale), se devait d'être un appel au
dialogue des cultures et des civilisations ... Mais
l'intervention a mis le feu aux poudres. Benoît XVI a dit dans
son discours : « Il est inadmissible que l'invitation à la
découverte de la religion se fasse par le biais de la force ».
Et il a illustré ses dires par un dialogue de 1391, à Ancyre,
entre l'empereur byzantin Manuel II et un professeur perse sur
l'islam et le christianisme. Manuel affirmait alors qu'un verset
avait été révélé aux débuts de l'islam, lorsqu'il était encore
fragile, selon lequel il ne faut pas inviter à la religion par
la voie de la force et a dit à l'érudit perse « montre-moi ce
qu'a fait Mohamad, et tu verras qu'il a diffusé la religion par
l'épée et que cette violence ne valait rien parce qu'il est
difficile de satisfaire Dieu par le sang ». Il a ajouté que le
non-recours à la raison est en contradiction avec Dieu.
Celui qui lit le discours du pape, adressé à
des théologiens spécialisés, sera forcément surpris par
l'accumulation des interprétations douteuses appliquées à
l'islam. Des falsifications qui l'ont mené à s'inspirer de l'un
des empereurs qui vivaient au temps des croisades. Feignant
d'oublier qu'il vit au XXIe siècle, époque de dialogue entre les
religions et les cultures.
Sans doute le pape Benoît XVI, qui illustre,
on le sait, une philosophie classique conservatrice, mais
rigoureuse, a souhaité condamner les événements de violences qui
ont eu lieu de par le monde et qui sont attribués à des groupes
du Djihad islamique. Toutefois, cette théorie met le terrorisme
et l'islam dans un même panier, ignorant par là même les
conjonctures politiques, les guerres impériales et les
injustices sociales qui alimentent les racines du terrorisme.
Il est évident que cette théorie, devenue le
fond de commerce de Bush et des néo-conservateurs, et qui s'est
attirée des adeptes en Occident, prépare aujourd'hui
minutieusement le terrain au conflit des civilisations et des
cultures. Elle contredit clairement le message universel du
défunt Jean-Paul II qui a tenté, quant à lui, à travers ses
multiples visites et contacts avec les pays musulmans, d'assurer
une entente entre les religions et croyances contre l'athéisme,
et ce par la recherche fondamentale des similitudes entre les
religions.
Personne ne souhaite accuser le pape de
fanatisme. Sans doute devons-nous supposer les bonnes
intentions, il n'en reste pas moins qu'en fouillant dans les
décombres du passé et en reprenant des phrases qui datent du
XIVe siècle, le pape a pris des risques même s'il n'avait pas du
tout l'intention de provoquer une guerre de religions. Ceci veut
dire que le pape peut également commettre des erreurs. Et
puisqu'il les reconnaît, nous n'avons plus besoin d'alimenter la
tension. Surtout qu'il n'est pas dans l'intérêt du monde
musulman de s'attirer les hostilités de l'Eglise catholique à un
moment où les ennemis se font nombreux .