Le livre de l’ancien vice-premier ministre et
ministre des Affaires étrangères arrive à un moment où nous en
avons grand besoin. Il nous permet de reconsidérer ce que nous
appelons le processus de paix, qui a débuté avec la visite de
Sadate à Jérusalem en novembre 1977. Depuis cette date, tous les
équilibres régionaux ont changé et les anciennes règles du jeu
ont disparu, cédant la place à d’autres qui devaient, selon
certains, déboucher sur un règlement global de la crise qui a
meurtri des générations successives sur un demi-siècle.
La parution de cette nouvelle édition du
livre intervient à un moment historique important. Et ce, alors
que les Arabes, à travers le secrétaire général de la Ligue
arabe, Amr Moussa, ont déclaré un mois plus tôt « l’échec du
processus de paix et donc la nécessité de revenir au Conseil de
sécurité ».
L’ouvrage m’a rappelé les longues discussions
que j’ai eues avec Ismaïl Fahmi au cours desquelles il m’a fait
part de sa vision quant au règlement comme il le voyait. Ce
n’est pas vrai qu’Ismaïl Fahmi était un promoteur de la guerre,
et qu’il avait présenté sa démission lorsque Sadate a choisi la
paix. Ismaïl Fahmi — à l’égal de tout citoyen arabe — désirait
la réalisation de la paix mais celle-ci devait, à son avis, être
juste, globale et durable. Il avait estimé que la visite à
Jérusalem et l’accord unilatéral qui en résulterait ne
réaliseraient guère la paix envisagée. Pour reprendre ses
propos, il isolerait, selon lui, l’Egypte de son environnement
naturel. Et cet isolement est une menace à sa sécurité et une
régression quant à l’accord de défense commune arabe. Car la
visite de Sadate à Jérusalem change les critères qui régissent
la région et en avance de nouveaux.
Ismaïl Fahmi m’avait confié qu’il avait
longuement discuté avec le président Sadate et qu’il était sûr
qu’il allait réaliser toutes les aspirations de l’Egypte à
travers la conférence de Genève qui était en préparation.
D’ailleurs, Fahmi croyait qu’elle apporterait à l’Egypte et aux
Arabes de meilleures conditions, en prenant en considération les
pressions à exercer lors de la conférence sur Israël en plus du
rassemblement arabe qui insufflerait une force indéniable aux
Arabes. Fahmi entretenait des contacts directs avec toutes les
parties, depuis la conférence de l’Union soviétique jusqu’aux
pays membres du Conseil de sécurité et jusqu’aux Nations-Unies,
où la conférence allait avoir lieu conformément aux résolutions
se rapportant au Moyen-Orient, en passant par les Etats-Unis. Et
non pas conformément à de nouvelles bases résultant de la visite
de Sadate à Jérusalem où l’Egypte toute seule, isolée du monde
arabe, se trouvera en confrontation avec Israël et les
Etats-Unis qui le soutiennent.
Toutefois, nous n’avons pas été attentifs à
l’homme qui a déployé tant d’efforts pour mettre en place un
règlement global, juste et durable et nous avons cru à ce qui
nous a semblé être un miracle inattendu. Nous avons cru que tout
allait se transformer et qu’on verrait l’avènement de la paix et
de la prospérité d’un seul coup de baguette. Nous avons parcouru
le chemin jusqu’au bout. Tout au long de ce parcours ardu, nous
avons renoncé à nos acquis, y compris une référence stable
s’appuyant sur les résolutions des Nations-Unies, basée sur le
droit international et non pas sur la force de l’autre partie.
Nous avons également reculé devant une solution collective
largement appuyée par le monde entier. Nous avons préféré
dépendre des Etats-Unis qui détenaient, selon nos dires, 99 %
des cartes du jeu.
Aujourd’hui, la visite de Sadate à Jérusalem
est vieille de 30 ans, et durant ce temps, nous avons épuisé
tout le potentiel dont nous disposions à cause de cette visite,
sans pour autant parvenir à la paix longuement envisagée. Et
voilà que nous réalisons avec la dernière guerre d’Israël contre
le Liban que le processus de paix n’a pas porté ses fruits. Nous
faisons de notre mieux aujourd’hui pour prendre une distance par
rapport à la solution unilatérale supervisée par les Etats-Unis
afin de prendre l’élan nécessaire sur la scène internationale à
travers le Conseil de sécurité, lieu où la voix des Arabes et de
toutes les forces les appuyant est entendue. Lieu où sont
formulées les résolutions stipulant ce droit, et où les lois
internationales ne sont pas violées. D’ailleurs, l’opinion
publique s’est retournée fortement contre Israël durant ces 30
dernières années.
C’est à ce moment spécifique qu’Ismaïl Fahmi
revient pour nous présenter la feuille de route arabe et pour
nous établir le diagnostic du salut réel. Allons-nous suivre ses
conseils, après que l’Histoire lui a rendu justice en démontrant
sa lucidité et sa perspicacité ? .