Al-Ahram Hebdo, Opinion |  L’Histoire rend justice à Ismaïl Fahmi
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Opinion

 L’Histoire rend justice à Ismaïl Fahmi

Mohamed Salmawy

Le livre d’Ismaïl Fahmi La Négociation pour la paix au Moyen-Orient retrace l’itinéraire d’un long parcours et d’une expérience politique dans sa carrière de diplomate qui s’est prolongée depuis sa jeunesse et jusqu’au summum de sa carrière, lorsqu’il est devenu ministre des Affaires étrangères. C’est ainsi qu’il a pu comprendre la vérité qu’il a essayé de noter à travers les pages d’un livre, cette vérité qui consiste pour Ismaïl Fahmi en un règlement réel du dossier du Moyen-Orient.

Le livre de l’ancien vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères arrive à un moment où nous en avons grand besoin. Il nous permet de reconsidérer ce que nous appelons le processus de paix, qui a débuté avec la visite de Sadate à Jérusalem en novembre 1977. Depuis cette date, tous les équilibres régionaux ont changé et les anciennes règles du jeu ont disparu, cédant la place à d’autres qui devaient, selon certains, déboucher sur un règlement global de la crise qui a meurtri des générations successives sur un demi-siècle.

La parution de cette nouvelle édition du livre intervient à un moment historique important. Et ce, alors que les Arabes, à travers le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont déclaré un mois plus tôt « l’échec du processus de paix et donc la nécessité de revenir au Conseil de sécurité ».

L’ouvrage m’a rappelé les longues discussions que j’ai eues avec Ismaïl Fahmi au cours desquelles il m’a fait part de sa vision quant au règlement comme il le voyait. Ce n’est pas vrai qu’Ismaïl Fahmi était un promoteur de la guerre, et qu’il avait présenté sa démission lorsque Sadate a choisi la paix. Ismaïl Fahmi — à l’égal de tout citoyen arabe — désirait la réalisation de la paix mais celle-ci devait, à son avis, être juste, globale et durable. Il avait estimé que la visite à Jérusalem et l’accord unilatéral qui en résulterait ne réaliseraient guère la paix envisagée. Pour reprendre ses propos, il isolerait, selon lui, l’Egypte de son environnement naturel. Et cet isolement est une menace à sa sécurité et une régression quant à l’accord de défense commune arabe. Car la visite de Sadate à Jérusalem change les critères qui régissent la région et en avance de nouveaux.

Ismaïl Fahmi m’avait confié qu’il avait longuement discuté avec le président Sadate et qu’il était sûr qu’il allait réaliser toutes les aspirations de l’Egypte à travers la conférence de Genève qui était en préparation. D’ailleurs, Fahmi croyait qu’elle apporterait à l’Egypte et aux Arabes de meilleures conditions, en prenant en considération les pressions à exercer lors de la conférence sur Israël en plus du rassemblement arabe qui insufflerait une force indéniable aux Arabes. Fahmi entretenait des contacts directs avec toutes les parties, depuis la conférence de l’Union soviétique jusqu’aux pays membres du Conseil de sécurité et jusqu’aux Nations-Unies, où la conférence allait avoir lieu conformément aux résolutions se rapportant au Moyen-Orient, en passant par les Etats-Unis. Et non pas conformément à de nouvelles bases résultant de la visite de Sadate à Jérusalem où l’Egypte toute seule, isolée du monde arabe, se trouvera en confrontation avec Israël et les Etats-Unis qui le soutiennent.

Toutefois, nous n’avons pas été attentifs à l’homme qui a déployé tant d’efforts pour mettre en place un règlement global, juste et durable et nous avons cru à ce qui nous a semblé être un miracle inattendu. Nous avons cru que tout allait se transformer et qu’on verrait l’avènement de la paix et de la prospérité d’un seul coup de baguette. Nous avons parcouru le chemin jusqu’au bout. Tout au long de ce parcours ardu, nous avons renoncé à nos acquis, y compris une référence stable s’appuyant sur les résolutions des Nations-Unies, basée sur le droit international et non pas sur la force de l’autre partie. Nous avons également reculé devant une solution collective largement appuyée par le monde entier. Nous avons préféré dépendre des Etats-Unis qui détenaient, selon nos dires, 99 % des cartes du jeu.

Aujourd’hui, la visite de Sadate à Jérusalem est vieille de 30 ans, et durant ce temps, nous avons épuisé tout le potentiel dont nous disposions à cause de cette visite, sans pour autant parvenir à la paix longuement envisagée. Et voilà que nous réalisons avec la dernière guerre d’Israël contre le Liban que le processus de paix n’a pas porté ses fruits. Nous faisons de notre mieux aujourd’hui pour prendre une distance par rapport à la solution unilatérale supervisée par les Etats-Unis afin de prendre l’élan nécessaire sur la scène internationale à travers le Conseil de sécurité, lieu où la voix des Arabes et de toutes les forces les appuyant est entendue. Lieu où sont formulées les résolutions stipulant ce droit, et où les lois internationales ne sont pas violées. D’ailleurs, l’opinion publique s’est retournée fortement contre Israël durant ces 30 dernières années.

C’est à ce moment spécifique qu’Ismaïl Fahmi revient pour nous présenter la feuille de route arabe et pour nous établir le diagnostic du salut réel. Allons-nous suivre ses conseils, après que l’Histoire lui a rendu justice en démontrant sa lucidité et sa perspicacité ? .

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