Le Hezbollah s’est lancé dans une
nouvelle bataille au Liban, celle de la reconstruction. Car
il est conscient que s’il veut garder le soutien de ses
sympathisants et garder sa popularité, il a besoin de
montrer qu’il peut rapidement la gagner.
Dans la banlieue sud populaire de
Beyrouth, comme dans d’autres régions du Sud-Liban, cible
régulière en juillet et en août des frappes israéliennes qui
les ont réduites à un champ de ruines, les cadres de la
formation chiite mettent les bouchées doubles. Nettoyage des
rues, réparation des bâtiments qui peuvent l’être,
distribution d’aides financières, l’activité est frénétique.
Depuis quatre semaines, une armée de militants, maniant la
pelle et la pioche, conduisant des engins de terrassement ou
des camions de déblaiement, s’est mise au travail pour
effacer les traces de ce qui fut une des campagnes de
bombardements les plus violentes qu’ait connues le pays du
Cèdre.
Dans la seule périphérie de la capitale
libanaise, quelque 18 000 habitations ont été détruites,
entièrement ou partiellement, des immeubles entiers ont été
réduits en monceaux de gravats et beaucoup de ceux qui sont
encore debout menacent de tomber. Dans le quartier à
majorité chiite de Haret Hreik, fief du Hezbollah au sud de
la capitale, où se trouvait notamment la résidence du chef
de la formation chiite Hassan Nasrallah et le siège de la
télévision du parti Al-Manar, les hommes du parti sont
toujours maîtres des lieux, dans un endroit considéré comme
un « Etat dans l’Etat ».
Pour la formation chiite, qui a bâti sa
réputation sur sa capacité de faire avancer les choses, dans
un pays où traditionnellement l’action étatique est lente,
il s’agit encore une fois de démontrer qu’il peut tenir ses
promesses. But : faire en sorte que les zones populaires
dévastées retrouvent le plus rapidement possible leur visage
d’avant-guerre. C’est pour le Hezbollah un moyen de
maintenir son influence au sein des milieux chiites, alors
qu’il est engagé dans un bras de fer avec le gouvernement du
premier ministre Fouad Siniora.
Pari, semble-t-il, en passe d’être gagné.
Les habitants des zones détruites —qui reçoivent une aide
financière du Parti de Dieu de 12 000 dollars pour une
habitation détruite, et qui touchent moins que cette somme
lorsque les dommages ne sont que partiels— croient que leurs
quartiers ont déjà changé et que les choses iront encore
mieux dans les prochaines semaines.