Ni les efforts de la société civile, ni ceux
des autorités ne parviennent à freiner le cycle infernal des
violences en Iraq. C’est donc dans un climat tendu, dominé par
des violences qui secouent quotidiennement le pays, que s’est
tenu samedi à Bagdad le Forum de la réconciliation, qui a
regroupé des représentants de la société civile. A l’ouverture,
le premier ministre Nouri Al-Maliki a lancé un appel pressant à
l’unité et au dialogue pour « épargner au pays la ruine et la
destruction ». « Nous avons besoin de préserver l’unité
nationale et l’une des bases est la franchise, d’accepter
l’autre, d’avoir recours au dialogue loin du dogmatisme aveugle.
Il faut reconnaître l’autre, l’accepter comme partenaire loin
des intérêts partisans étroits », a-t-il dit. Facile à dire.
L’affaire est toute autre quand il s’agit de passer aux actes,
tant la situation est compliquée en Iraq. Selon Gamal Zahrane,
professeur à la faculté de sciences politiques, à l’Université
du Canal Al-Suez, « seuls la volonté du peuple et le dialogue
entre les leaders des communautés iraqiennes peuvent résoudre la
crise que traverse le pays. Autrement, c’est la guerre civile
assurée ». Mais l’on se demande aujourd’hui si des
rassemblements, comme celui de cette semaine, servent à quelque
chose. Ce forum, qui s’est prolongé sur deux jours, est le
deuxième tenu dans le cadre du plan de réconciliation. Plusieurs
centaines de chefs tribaux s’étaient déjà réunis, le 26 août, à
l’appel de M. Maliki, et avaient signé un « pacte d’honneur »,
dans lequel ils s’engageaient à agir pour faire « cesser les
violences » dans le pays. Depuis, la violence n’a pas fléchi
d’un pouce, bien au contraire.
De plus, on n’en est pas là à la première
tentative de contrer la violence. Le gouvernement Maliki avait
lancé le 25 juin un plan de réconciliation pour mettre fin à
l’effusion du sang. Une commission formée des principaux acteurs
politiques, a été mise sur pied à cette fin le 22 juillet, avec
pour objectif déclaré « le dialogue, l’arrêt des liquidations
sommaires et le recours à la loi pour résoudre les conflits ».
Les résultats sont, pour le moins qu’on puisse dire, bien
maigres.
Du coup, les autorités se trouvent obligées
de revoir leurs plans. Avec la recrudescence des attentats dans
la capitale, le gouvernement a décidé de nouvelles mesures
concrètes. Le gouvernement, dont le plan de sécurité « En avant
ensemble » mis en place à Bagdad à la mi-juin, n’a pas donné les
résultats escomptés, entend creuser des tranchées autour de
Bagdad pour mieux contrôler les mouvements des rebelles. «
L’accès à la capitale ne sera autorisé que par 28 routes », a
déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, expliquant
que « des dizaines de routes secondaires ayant un accès à la
capitale seront fermées par des tranchées et des fils barbelés
». Un autre haut responsable de la sécurité a précisé que ce
plan visait à « mieux contrôler les mouvements, notamment ceux
des rebelles ». C’est en effet la capitale qui a connu le plus
gros lot de violences cette semaine. Un véritable record avec,
en plus, la répétition d’un nouveau scénario : la découverte de
corps criblés de balles, plus de 150 au cours des 10 derniers
jours.
Selon le vice-premier ministre iraqien,
Barham Saleh, le gouvernement envisage aussi d’introduire une
législation dès le mois prochain sur le désarmement et la
démobilisation des milices soupçonnées d’être responsables des
violences confessionnelles. « Le problème des milices est un
défi très, très sérieux car il vise au cœur le gouvernement et
sa crédibilité », a-t-il dit « Nous sommes en discussion avec
(le chef radical chiite) Moqtada Al-Sadr, et d’autres leaders
politiques. Soit, ils font partie d’un processus politique et
renoncent aux armes, ou alors la situation actuelle n’est plus
acceptable », a-t-il ajouté. Outre les milices, ce plan vise à
régler un certain nombre de dossiers épineux, comme la révision
de la Constitution, les investissements étrangers et le contrôle
fédéral des revenus pétroliers.
Toujours dans le cadre des efforts de
réconciliation, et en vue d’unifier les deux principaux rivaux
chiites, une délégation de l’Alliance chiite unifiée en Iraq (AUI,
128 députés), qui a présenté au Parlement un projet de texte
controversé sur le fédéralisme, a rencontré le jeudi 14
septembre le grand ayatollah Ali Sistani, pour la deuxième fois
en quatre jours.
Reste enfin la question hautement sensible du
fédéralisme. Le Parlement a commencé ce mardi la lecture d’un
projet de loi qui lui aussi divise les Iraqiens.
Maha Salem