Le ministre de l’Education, Yousri
Al-Gamal, s’exprime sur les grands dossiers de la
rentrée scolaire et évoque les efforts de son ministère pour
améliorer la qualit de l’enseignement.
«
Il faut associer le secteur privé et toute la société à
l’enseignement »
Al-Ahram
Hebdo : Comme tous les ans, le grand problème de la rentrée
est celui des sureffectifs. On en est à 80 élèves par classe
dans certaines écoles, ce qui accable les professeurs et les
élèves ...
Yousri Al-Gamal :
Je pense que ce chiffre est exagéré. Le problème des
sureffectifs ne se pose que dans environ 35 % des écoles où
nous avons une moyenne de 40 ou 45 élèves par classe. Dans les
autres écoles, la moyenne d’élèves par classe est inférieure à
40 et est donc acceptable. Soulignons aussi le fait que la
densité des classes varie d’un gouvernorat à l’autre. Par
exemple, le gouvernorat de la Nouvelle Vallée ne souffre pas
du tout d’un tel problème, au moment où des gouvernorats comme
Le Caire et Guiza en souffrent terriblement. De même, nous
souffrons de ce même problème dans l’enseignement technique et
dans le cycle primaire. Pour le résoudre, nous n’avons pas le
choix. Il faut construire de nouvelles écoles. Et c’est bien
entendu l’objectif de l’Etat. Cette année, nous avons
construit 526 écoles sur les 607 que nous avions prévues
conformément au programme électoral du président Moubarak. En
coopération avec le ministère des Finances, nous avons demandé
une participation du secteur privé pour construire de
nouvelles écoles. Le ministère loue ces écoles pendant une
période de 10 ans. Après cette période, elles reviennent à
l’Etat. Nous avons déjà signé des contrats pour construire une
cinquantaine d’écoles sur un total de 300 que nous entendons
construire conformément à ce système.
— Vous venez de parler de la participation du secteur privé.
Certains estiment que le budget actuel de l’éducation est
insuffisant. Etes-vous d’accord ?
— Nous avons besoin effectivement d’augmenter le budget de
l’éducation. Notre budget s’élève actuellement à 18,6
milliards de L.E. et cela ne suffit pas pour faire face au
nombre croissant d’élèves et au besoin de construire de
nouvelles écoles. Mais à l’état actuel, on ne peut pas
demander à l’Etat de l’augmenter étant donné ses
responsabilités. Raison pour laquelle il faut associer le
secteur privé et la société à l’enseignement, c’est-à-dire les
associations, les hommes d’affaires et même les parents
d’élèves, car l’enseignement est un investissement pour
l’avenir. Il faut dire qu’il y a eu de très bonnes initiatives
de la part des hommes d’affaires pour construire de nouvelles
écoles ou pour effectuer les travaux d’entretien. C’est un bon
soutien aux côtés des programmes de coopération internationale
dont les budgets sont orientés vers l’amélioration du niveau
des professeurs et l’entretien des écoles.
— La majorité des écoles publiques souffrent de détérioration
et sont mal entretenues, ce qui met en péril la vie des élèves
...
— Je voudrais souligner ici que la responsabilité des
bâtiments scolaires est une responsabilité commune entre les
municipalités et l’Organisme des établissements scolaires dont
le budget ne suffit pas à effectuer ce genre de travaux dans
toutes les écoles. Pourtant, l’organisme a achevé les travaux
d’entretien de 100 écoles cette année à Al-Nahda (zone sauvage
au Caire). On a besoin d’un grand budget et c’est pour cela
qu’on ouvre la porte à la participation du secteur privé.
— Tandis que le nombre d’élèves est en augmentation
continuelle, il y a un manque au niveau des professeurs.
Comment entendez-vous résoudre ce problème ?
— Il est vrai que le nombre de professeurs est inférieur à
celui requis par les 39 000 écoles dont nous disposons. C’est
un problème que nous rencontrons à chaque rentrée scolaire et
que nous essayons de résoudre en augmentant sans cesse le
nombre des professeurs. 40 000 enseignants ont été engagés
cette année par le ministère. Nous avons proposé des contrats
à durée déterminée à 20 000 autres.
— Mais, selon certains, ces professeurs contractuels ne sont
pas toujours au niveau requis ...
— Nous avons fixé une période d’essai de 2 ans au maximum pour
évaluer le niveau de ces professeurs. Après cette période,
l’enseignant obtient un permis de travail permanent. Pour
améliorer la qualité de l’enseignement et le niveau des
professeurs, nous proposons à ces professeurs une formation,
des stages pratiques surtout dans les spécialisations
requises. Il faut dire aussi qu’il incombe à l’Etat
d’améliorer la qualité de l’enseignement et faire en sorte que
toutes les écoles obtiennent des certificats de qualité.
— Ne s’agit-il pas d’un objectif difficile à réaliser ?
— Je suis sûr qu’un grand nombre d’écoles peuvent obtenir les
certificats de qualité que le ministère décerne aux
établissements distingués. Mais, il faut aussi avouer qu’on a
besoin de plusieurs années pour réaliser ces critères de
qualité afin d’avoir une école active, des laboratoires, une
bonne gestion, une formation continue des professeurs et bien
entendu de bons résultats.
— La réduction des matières scolaires dans les primaire et
secondaire a été l’une des nouveautés de cette rentrée
scolaire. Pourquoi cette décision ?
— Il y a cette année deux changements qui visent à développer
les trois premières années du cycle primaire ainsi que la
première secondaire. En ce qui concerne les premières, le Haut
Conseil de l’enseignement pré- universitaire a décidé de
réduire le nombre de matières à 4, à savoir la langue arabe,
la religion, le calcul, et une langue étrangère, alors que le
reste des matières entrera dans le cadre des activités. Ce
système permettra d’alléger le fardeau dont souffrent les
élèves depuis longtemps et leur donnera l’occasion de faire
des activités qui vont représenter cette année 50 % du travail
à l’école. Une autre nouveauté importante est que la journée
scolaire sera répartie sur trois tranches d’horaires, dont
chacune durera une heure et demie, séparées par des pauses.
Pour ce qui est de la première secondaire, les matières seront
au nombre de 7 au lieu de 14 et les examens se feront sur deux
semestres, ce qui diminuera la crainte qu’éprouvent les
parents envers cette année qui prépare l’élève au bac.
— Beaucoup d’écoles manquent de matériel informatique. Et
pourtant l’informatique est devenue une matière obligatoire
...
— Ce problème est sur la voie d’être résolu. Nous avons conclu
un accord pour équiper 2 000 écoles de réseaux informatiques
et d’Internet. D’autre part, des stages d’informatique sont
organisés pour les 80 000 professeurs, et 53 000 parmi eux ont
fini leur stage avant la rentrée scolaire. En plus, on a
réussi pour la première fois à résoudre les problèmes des
écoles situées dans les zones éloignées qui ne disposent pas
de lignes téléphoniques en leur fournissant des lignes
d’Internet DSL.
— L’année dernière, il y a eu des problèmes au niveau des
examens et des résultats du bac. Il y a eu de nombreuses
plaintes quant aux examens ...
— Je pense que les problèmes du bac viennent de la tension des
parents d’élèves qui sont terrifiés par cette épreuve.
J’estime à ce sujet que les médias aussi jouent un rôle dans
l’intensification de cette crainte. Nous avons 456 000 élèves
au bac, et nous avons un centre national chargé de préparer
les examens selon les programmes à travers des spécialistes.
Et je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que le
gouvernement a durci les examens pour réduire le nombre
d’élèves dans les universités et attirer les élèves vers
l’enseignement technique, car ce genre d’enseignement
représente 62 % des élèves au moment où le cycle secondaire en
représente 38 % seulement. Nous avons formé une commission
commune avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour
examiner les problèmes du baccalauréat.
— Certains dénoncent le manque d’une politique cohérente dans
le secteur de l’enseignement. La suppression et le
rétablissement de la sixième année primaire est un exemple
frappant de ce manque d’harmonie ...
— Autrefois, il y avait une telle incompatibilité des
décisions mais aujourd’hui, nous avons un organisme national
pour garantir la qualité de l’enseignement et cet organisme
est indépendant du ministère. Et c’est à lui de prendre les
décisions et non pas les ministres, car il dispose d’une
administration chargée de mettre en place une bonne
planification. Maintenant, avant de prendre une décision
quelconque, il faut prendre le temps nécessaire pour les
recherches et l’étude. Tel a été le cas pour la décision de
changement des trois premières années du cycle primaire, qui
est passée, après l’étape d’études, au Conseil consultatif et
puis à l’Assemblée du peuple pour être examinée.
Ola Hamdi