«
200 000 personnes ont contacté le centre d’appel de l’entreprise
pour s’informer de la possibilité d’avoir un financement
immobilier. Or, nous n’avons eu qu’environ 600 clients », lance
Magdeddine Ibrahim, PDG de l’Entreprise Al-Taamir de financement
immobilier. Il résume ainsi l’état du système de financement
immobilier mis en place en février 2004. Presque la totalité des
200 000 personnes dont il parle n’ont pas eu recours aux
services de son entreprise pour la simple raison qu’elles n’en
ont pas les moyens. « Il y a une disparité entre l’offre et la
demande sur le marché de l’immobilier », renchérit Hala
Bassiouni, directrice exécutive de l’Entreprise égyptienne de
financement immobilier. D’une part, il y a des logements de luxe
qui ne trouvent pas d’acheteurs, et d’autre part, les classes
moyenne et à revenu limité qui cherchent des appartements n’en
trouvent pas. « Les plus riches n’ont pas vraiment besoin du
financement immobilier. Il faut construire des maisons qui
correspondent aux besoins et capacités des classes moyennes »,
explique-t-elle.
Pour avoir un appartement selon le système du
financement immobilier, il faut d’abord régler au moins 15 % du
prix de l’appartement cash. Alors que le reste de la somme est
remboursé sous forme de versements mensuels. Al-Taamir,
majoritairement publique, octroie des crédits remboursables sur
20 ans alors que l’Entreprise égyptienne a limité la période de
remboursement du crédit à 10 ans seulement. Pour avoir un
financement de 100 000 L.E., le versement mensuel sera d’environ
1 500 L.E. si le crédit s’étale sur 10 ans. Alors qu’il sera de
1 184 L.E. par mois si la période de remboursement se prolonge à
20 ans. En tout cas, le versement mensuel ne doit pas dépasser
les 40 % du revenu de l’acquéreur. En d’autres termes, il faut
que le revenu d’un citoyen varie entre 2 600 et 3 300 L.E. pour
avoir ce financement. De plus, un appartement à 100 000 L.E. est
presque un rêve, sauf dans les quartiers populaires, ou parfois
dans certaines nouvelles villes. Or, une personne dont le
salaire dépasse les 3 000 L.E. peut louer un appartement entre
600 et 1 200 L.E. dans un quartier moyen ou chic. Il est vrai
que le gouvernement, pour sa part, octroie, à travers le Fonds
de subvention du financement immobilier, une aide aux personnes
à revenu limité — ceux-ci sont définis comme étant les personnes
dont le revenu est inférieur à 12 000 L.E. par an s’ils sont
célibataires ou 18 000 L.E. s’ils sont mariés —, mais la vie est
assez difficile pour la catégorie juste au-dessus de celle-là.
A la recherche des « bons » clients
Cependant, pour les experts du secteur, le
tableau n’est pas si sombre. Ils prévoient un avenir plus
glorieux pour le système du financement immobilier en Egypte.
S’il y a des pauvres, il y a aussi des riches. Tant pis pour les
premiers !
Ainsi, pour les Arabes du Golfe qui viennent
visiter l’Egypte ou les Egyptiens qui travaillent dans ces pays,
les prix des logements en Egypte ne sont pas chers comme
l’assure Magdeddine Ibrahim. Pour Seifeddine Ahmad Al-Farag,
expert immobilier auprès de la Banque de développement et de
l’habitat, certaines de ces catégories ainsi que les commerçants
préfèrent payer à crédit même s’ils ont de l’argent. Ils auront
donc recours au financement immobilier. Et d’ajouter que même
avec l’augmentation continue du coût du logement en raison de la
hausse des prix des matières premières, les prix en Egypte
restent inférieurs à ceux des pays voisins. Même son de cloche
chez Mohamad Nosseir, PDG d’Alkan Group et ex-PDG de Vodafone,
le deuxième opérateur de téléphonie mobile en Egypte. « Le
secteur de l’immobilier connaîtra un essor futur. C’est mon
intuition qui me le dit et j’y crois. C’était le cas quand je me
suis lancé dans le secteur du portable, il y a quelques années.
Et j’invite tout le monde à me joindre et à profiter de ce boom
», avait-il lancé durant la session sur le financement
immobilier lors de la conférence Euromoney qui s’est tenue les
11 et 12 septembre.
Nosseir semble avoir du flair. En comparaison
à l’année dernière, l’activité du financement immobilier est en
légère progression. 514 millions de L.E. ont été octroyées comme
crédits sur la base du système du financement immobilier. Les
deux entreprises de financement immobilier opérant en Egypte
disposent actuellement de plus de 1 000 clients. Sans compter
les banques dont certaines ont commencé à se lancer dans le bain.
Une troisième entreprise, appartenant à l’homme d’affaires Samih
Sawirès, vient d’obtenir sa licence.
Ossama Saleh, PDG de l’Autorité du
financement immobilier, prévoit qu’au bout de 2 à 3 ans, le
marché égyptien disposera d’une somme variant entre 2 et 3
milliards de L.E., consacrée au financement immobilier. «
L’année prochaine, la situation sera tout à fait différente »,
assure-t-il fièrement.
Le créneau semble donc être juteux pour les
affaires d’autant plus que le gouvernement y met du sien. Voire
il met le paquet pour débloquer le système. Il a entrepris
plusieurs pas pour diminuer le coût et faciliter les procédures.
En août dernier, Il a promulgué une loi annonçant la baisse du
coût de l’enregistrement immobilier en préconisant une somme
fixe variant entre 500 et 2 000 L.E. selon la superficie de
l’unité enregistrée, alors qu’il s’élevait à 3 % du prix de
l’unité, voire 12 % il y a quelques années. Reste à simplifier
les procédures d’enregistrement et à raccourcir la période.
Selon Magdeddine, il y a déjà un progrès, vu qu’il leur a fallu
un an entier pour enregistrer le contrat du premier appartement,
dont son entreprise a financé l’achat, alors que maintenant
cette opération nécessite entre 1 et 2 mois. En outre, pour
satisfaire les entreprises, le gouvernement a modifié la loi en
leur permettant de récupérer l’appartement en cas
d’insolvabilité des clients et limitant la période pour la
récupération à 3 et 9 mois, alors que de telles procédures
prenaient avant des années. Ossama Saleh avait annoncé qu’il
étudiait avec l’Autorité de l’assurance la possibilité de créer
une assurance sur le financement immobilier afin de diminuer le
risque que prennent les entreprises de financement. Plus
important, une entreprise pour le refinancement immobilier a été
créée grâce à un prêt de la Banque mondiale, octroyant aux
entreprises de financement immobilier un financement à long
terme et avec des taux d’intérêt modérés. « Jusqu’à présent, on
dépend de notre propre capital pour financer nos clients. Cette
entreprise est une garantie pour nous ; elle fournit des crédits
à long terme qui n’existaient pas sur le marché. Les banques
octroient des crédits de 3 à 5 ans au maximum », se félicite
Hala Bassiouni. Cette entreprise est une étape intermédiaire
avant la création d’entreprises de titrisation, c’est-à-dire
transformer les dettes dues aux entreprises de financement
immobilier en titres financiers. Bref, le gouvernement table sur
le fait que l’activité du financement immobilier puisse
atteindre entre 3 et 5 % du PIB en 2007 et 2008.
Marwa Hussein