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 Semaine du 12 à 18 avril 2006, numéro 606

 

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Economie

Budget . Plusieurs économistes et experts ont mis en cause, lors du 8e Forum des médias et de l'économie organisé par le Centre égyptien des études économiques (ECES), la gestion gouvernementale en la matière.

Exercice d'équilibriste périlleux

Le déficit budgétaire, qui ne cesse de grossir ces dernières années, remet sérieusement en cause l'utilité de la politique financière adoptée par l'Etat.

Si le gouvernement égyptien rétorque, au contraire, les bienfaits des mesures récemment prises afin de réduire le volume des dépenses et d'augmenter la balance des revenus dans le budget de l'Etat, il n'en demeure pas moins que les économistes affirment, pour la plupart, que ces mesures ne font qu'augmenter les rangs des couches défavorisées dans la société. Ce qui s'est clairement manifesté à travers les amendements fiscaux, qui mettent sur un pied d'égalité le petit fonctionnaire et l'homme d'affaires, ainsi que dans la récente hausse du prix de l'essence qui a eu l'effet d'un coup de tonnerre sur le citoyen ordinaire. Cependant, l'Etat refuse toujours de reconnaître les erreurs qu'il a commises et répète, à satiété, avoir choisi les bonnes options pour réduire le déficit croissant dans la balance.

C'est sur ce volet chaud que le débat s'est ouvert lors du 8e Forum des médias et de l'économie organisé par le Centre égyptien des études économiques, du 14 au 16 septembre à Aïn-Sokhna, station balnéaire de la mer Rouge. Une session marquée par la présence d'économistes, de représentants gouvernementaux et d'hommes des médias.

Dans une étude minutieuse des sources de revenus et des dépenses, Ahmad Ezz, président de la commission de la planification et du budget à l'Assemblée du peuple, a tenté de préparer le terrain sans étayer ses dires par une déclaration officielle. « Le gouvernement étale les réalités et les chiffres du budget. Mais cela ne veut pas dire qu'il va prendre nécessairement une mesure précise », a affirmé Ezz. « Il est vrai que le déficit budgétaire s'est aggravé. Il a atteint 53,3 milliards de L.E. dans le budget 2005/06. Le gouvernement a décidé de prendre plusieurs mesures dans le but d'augmenter les revenus et de réduire les dépenses », rassure-t-il cependant.

Il a affirmé que le gouvernement avait, pour la première fois depuis les années 1980, imposé un impôt sur le secteur privé. Simultanément, il a réduit l'impôt sur le revenu de 42 % à 20 %. Il a également haussé le plafond des exonérations, avançant que ces amendements étaient censés élever la recette des impôts sur le revenu l'année prochaine à 53 milliards de L.E. (elle est de 38,8 milliards de L.E. en 2005/2006).

Et d'ajouter, comme tous les responsables étatiques, que certaines dépenses sont intouchables parce qu'elles concernent des questions sociales vitales comme l'éducation et les salaires. « L'augmentation du volume de dépenses de 202,8 milliards de L.E. en 2005/2006 à 217,2 milliards en 2006/2007 est moindre que l'augmentation annuelle des fonctionnaires », affirme-t-il.

Il semble que cette introduction ne visait qu'à préparer le terrain pour aborder la clause relative au délicat dossier des subventions, notamment celle à l'énergie. « Est-il préférable d'accorder la subvention au propriétaire d'une petite voiture ou à une femme, responsable de famille à la campagne ? », se demande Ezz, tentant de justifier la récente hausse du prix de l'essence. Et d'affirmer que c'est davantage à l'Etat de déterminer les priorités en ce qui concerne les dépenses afin de pouvoir pallier le déficit et faire parvenir les subventions à ceux qui en ont le plus besoin.

Pour ce qui est de cette subvention à l'énergie, Ezz s'est contenté de préciser qu'elle s'est chiffrée en 2005/2006 à 42 milliards de L.E., soit l'équivalent de 20 % du total des dépenses générales.

Ezz est allé plus loin et a parlé des mauvais résultats des grands organismes économiques et de l'efficacité, au contraire, des actifs possédés par l'Etat pour justifier la politique de privatisation qui est lancée tous azimuts. « Ces organismes économiques représentent un lourd fardeau pour le Trésor. D'autant plus qu'ils ne contribuent que pour 1,1 million de L.E. dans le budget, sans compter l'organisme du Canal de Suez et celui du pétrole », déplore-t-il.

A ce moment-là, Karima Koraïm, professeur d'économie à l'Université d'Al-Azhar, hausse le ton pour confirmer que les dépenses ne s'accomplissent pas selon une méthode logique. Elle a cité, à l'appui, l'exemple des budgets des ministères et des différents organismes gouvernementaux. « Le budget de ces derniers est déterminé de manière purement routinière conformément aux ressources accordées par le ministère l'année précédente ». Abdallah Chéhata, professeur d'économie à l'Université du Caire, confirme l'exactitude de ces propos : « L'Université du Caire démolit les toilettes tous les ans simplement pour dépenser son budget avant l'expiration de l'année fiscale. Et ce, dans le but de ne pas réduire le budget de l'année suivante ».

Et Gouda Abdel-Khaleq, professeur d'économie à l'Université du Caire, de protester contre l'incapacité de réduire les dépenses : « Pourquoi consacrer 17 milliards de L.E. à la défense et 10 autres milliards à la sécurité puisque le régime répète nuit et jour qu'il n'a pas l'intention de partir en guerre ? Pourquoi la Banque nationale d'investissement consacre-t-elle environ 7 milliards de L.E. aux projets touristiques de la Côte-Nord au lieu de les investir dans d'autres projets au bénéfice du citoyen ordinaire ? ».

Revenus et dette publique

Et lorsqu'ils en viennent au chapitre des revenus, tous les économistes sont d'accord sur le fait que le gouvernement n'a pas réussi à gérer la crise convenablement. Ils ont rappelé l'importance de parachever le nouveau système fiscal de manière à réaliser l'objectif prôné, la problématique augmentation des revenus. Sans oublier la nécessité de prendre en considération les suggestions proposées concernant l'augmentation des impôts sur la richesse immobilière.

Gouda Abdel-Khaleq constate qu'une grande injustice est subie par le citoyen, car la plus grande partie des revenus est collectée sur les pauvres alors que les dépenses profitent à tout le monde. « Le grand essor enregistré dans la recette des impôts n'est pas dû aux nouveaux amendements comme l'avoue le gouvernement, mais aux impôts versés par les fonctionnaires de l'Organisme du pétrole et celui du Canal de Suez », révèle-t-il.

Autre plaie à l'origine du déficit budgétaire : la dette publique, qui s'amplifie d'une année à une autre. Il suffit de savoir que le total de la dette publique est passé au cours de ces cinq dernières années de 33 milliards de L.E à 440 milliards de L.E. De même, les sommes consacrées au service de la dette publique s'emparent de 38 milliards du budget de 2005/2006, soit 25 % du total des dépenses. « L'aggravation de la dette publique s'explique par l'échec du gouvernement à déterminer ses priorités. Ce dernier consacre 70 % de ses crédits pour rembourser la dette publique. Alors que 30 % seulement sont consacrés à l'investissement, ce qui l'empêche de réaliser une véritable croissance lui permettant de rembourser ses dettes », explique Abdallah Chéhata.

En somme, comme l'a avoué Abdel-Khaleq, il semble que toute la société égyptienne, toutes catégories confondues, peuple et gouvernement, se trouve dans une même barque en train de couler, une barque dont les bouées de sauvetage ne suffiront pas à tout le monde ... .

Névine Kamel

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Ils ont dit

Les propriétaires d'automobiles ne représentent que 10 % des familles égyptiennes. Et il n'existe que 1,6 million de véhicules privés. Ainsi, la classe riche s'empare de 97 % des subventions accordées à l'essence.

Shérine Al-Shawarbi, de la Banque mondiale.

L'enseignement s'empare de 27 milliards de L.E. du budget général, 21 milliards sont absorbés par les salaires et 6 milliards seulement sont consacrés aux 17 millions d'élèves.

Ahmad Ezz, président de la commission de la planification et du budget à l'Assemblée du peuple.

Les dépenses publiques avancent chaque année avec un taux qui varie entre 11 et 12 % alors que les revenus augmentent seulement de 3 à 4 %.

Abdel-Fattah Al-Guébali, président du département économique auprès du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.

Une dizaine d'entreprises d'engrais, de ciment, d'aluminium, du fer et de céramique s'emparent de 30 % des subventions des produits pétroliers, de 26 % des subventions du gaz naturel et de 38 % de celles de l'électricité.

Abdallah Chéhata, professeur d'économie à l'Université du Caire.

La moitié de la population ne sait pas que le gouvernement subventionne les dérivés pétroliers.

Magued Osmane, président du centre des informations et de prise de décision au Conseil des ministres.

Les dépenses du budget de l'Etat doivent être distribuées selon les priorités des pauvres et non pas celles des hommes d'affaires.

Karima Koraïm, professeur d'économie à l'Université du Caire.

 

 

 




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