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Non-alignement .
Le sommet de Cuba a mis
l’accent sur « l’anti-américanisme » sans toutefois parler de
l’essentiel : les stratégies à adopter pour booster un mouvement
en mal d’existence.
Flambée anti-américaine
Difficile
d’imaginer quel sens donner aujourd’hui au Mouvement du Non-Alignement.
Difficile d’imaginer aussi que les résultats du sommet tenu à
Cuba cette semaine aient été « excellents », comme l’a déclaré
le numéro un cubain par intérim, Raul Castro. Pourtant, ce
dernier, qui a pris les rênes du pays à la place de son frère,
le leader Fidel Castro qui se rétablit d’une opération
chirurgicale, a brandi que « le mouvement, fondé il y a 45 ans,
a été virtuellement revitalisé et rajeuni à Cuba ». Mais il a
surtout appelé les pays membres du mouvement à resserrer les
rangs face à la menace d’agressions militaires de la part des
grandes puissances mondiales. En effet, le sommet des non-alignés
s’est transformé en sommet des « anti-américains ».
Mais au lieu de se pencher concrètement sur
les moyens de relancer le mouvement, les participants se sont
attardés sur les symboles, estimant par exemple que le sommet,
qui a réuni près des deux tiers des pays membres de l’Onu,
constitue une victoire sur la cruelle politique d’isolement
imposée par les Etats-Unis à Cuba depuis plus de 40 ans. « Les
non-alignés ont décidé d’apporter leur soutien à Cuba, au
Venezuela face aux actions des Etats-Unis, à la Bolivie
confrontée à des tentatives de déstabilisation », a indiqué
samedi le chef de la diplomatie cubaine Felipe Perez Roque.
Dans cette rencontre qui s’est voulue anti-américaine,
nombre de présidents ou chefs de gouvernement se sont succédé
pour critiquer les Etats-Unis, réclamer la relance du Mouvement
du Non-Alignement (MNA) et une réforme urgente du Conseil de
sécurité de l’Onu, fustigé pour ignorer les intérêts des pays du
Sud. C’était aussi l’occasion de parler du nucléaire iranien. A
ce sujet, le président de la République islamique a défendu les
droits nucléaires de son pays, affirmant que les Etats-Unis
étaient la vraie « menace nucléaire » : « Pourquoi les peuples
du monde doivent-ils vivre sous la menace nucléaire des
Etats-Unis ? », a lancé le président iranien. Plus généralement,
Ahmadinejad a fustigé l’inaction du Conseil de sécurité face aux
nombreux désordres, agressions et injustices dont « les
Etats-Unis sont à l’origine dans le monde actuel ». Il a
également dénoncé l’occupation de l’Iraq, les souffrances du
peuple palestinien opprimé, le bombardement du Liban que « le
Conseil de sécurité a observé pendant 30 jours », a-t-il fustigé.
Après les « bêtes noires » de Washington, comme Mahmoud
Ahmadinejad pour l’Iran et Hugo Chavez pour le Venezuela,
considéré comme un facteur de déstabilisation pour l’Amérique
latine, c’est la Corée du Nord qui est montée au créneau, samedi,
pour justifier sa possession de la bombe nucléaire comme « force
de dissuasion ». Deux autres puissances nucléaires des non-alignés,
l’Inde et le Pakistan, ont également opéré un rapprochement
prometteur lors du sommet. « Ce sommet sert comme tribune pour
les pays qui sont en conflit avec les Etats-Unis pour dénoncer
la politique américaine et solliciter un soutien international
face à l’unilatéralisme américain. Le sommet de Cuba revêt une
importance particulière, car il intervient au moment où
Washington est en guerre féroce avec la Corée du Nord et surtout
avec l’Iran à cause de leur programme nucléaire, outre le
conflit avec Cuba et le Venezuela », analyse le Dr Hicham Omar,
professeur à la faculté des sciences politiques et économiques,
à l’Université du Caire.
Une réunion importante donc ? Ce n’est pas
l’avis de l’expert politique Saïd Okacha, selon lequel « vu que
les non-alignés ont même perdu la raison de leur existence,
leurs réunions se sont bornées à des dialogues sans importance,
ni échos ». Et d’ajouter : « Le sommet de Cuba a pris la forme
d’une vengeance verbale contre les Etats-Unis. Mais là aussi,
c’est un paradoxe car la plupart de ces 118 pays entretiennent
des relations étroites avec Washington ».
Mais au delà de l’« anti-américanisme »,
comment le MNA peut-il être relancé ? Quels sont les stratégies
et les changements à adopter pour que le mouvement puisse
survivre, alors que la raison de son existence même est remise
en cause ? A ces questions, Saïd Okacha répond que pour
reconquérir du terrain, le mouvement doit d’abord changer de
nom. « Ce nom n’a plus de sens : non-alignement sur qui alors
qu’il n’y a plus qu’une puissance mondiale ? Aujourd’hui, ce
groupe représente des pays soulevés contre l’hégémonie
américaine, le Sud pauvre contre le Nord riche. Et il doit avoir
un nom qui le symbolise ».
Après quoi les membres du MNA doivent
commencer à fixer une nouvelle stratégie qui va de pair avec
leurs ambitions. « S’ils continuent de la sorte, ce sera
grotesque. Ils seront comme un cycliste qui continue de pédaler
pour avancer, mais pour aller où, ils ne le savent même pas ! »,
ironise Saïd Okacha.
Mais en attendant de recréer leur mouvement,
les 118 se sont contentés d’adopter une déclaration finale avec
: une dénonciation de l’unilatéralisme américain, des
illégalités d’Israël au Liban ou contre les Palestiniens, un
soutien au programme nucléaire iranien en vertu du droit de tous
les pays à développer cette énergie à des fins civiles, et un
rejet de l’embargo des Etats-Unis contre Cuba (en vigueur depuis
1962). Une résolution qui, somme toute, ressemble à tant
d’autres ... .
Maha Al-Cherbini |
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Dr Mohamad Ezzeddine,
ancien assistant du ministre des
Affaires étrangères pour le Mouvement des non-alignés et chargé
de ce dossier pendant plus de 10 ans, estime qu’il est toujours
possible de donner un nouvel élan au non-alignement.
« Le système unipolaire n’est qu’une phase
temporaire »
Al-Ahram Hebdo : Le sommet des non-alignés
intervient à un moment où le mouvement se trouve dans
l’obligation de se muter pour survivre. Dans quelle mesure les
non-alignés peuvent-ils constituer aujourd’hui un groupe actif
et influent ?
Mohamad Ezzeddine :
Tout d’abord nous devons admettre
que cette organisation a perdu beaucoup d’influence ces
dernières années, et ce pour différentes raisons. Beaucoup de
membres ne comprennent pas le concept du non-alignement et le
rôle qu’ils doivent jouer. Après la fin de la guerre froide,
plusieurs pays se sont imaginés que l’objectif du mouvement n’a
plus lieu d’être et qu’ainsi son rôle s’est terminé. Il y a une
confusion et les objectifs ne sont pas précis. Ce qui est tout à
fait faux, l’organisation devait se fixer ses nouveaux objectifs
selon les nouvelles circonstances mondiales. Le mouvement peut
toujours retrouver son éclat.
— Justement, quel rôle peut aujourd’hui jouer
le mouvement, dans un monde unipolaire ?
— Il faut savoir que ce pôle, quel qu’il soit,
n’a pas un pouvoir absolu et qu’il n’est pas libre de faire ce
qu’il veut sur la scène internationale. Le mouvement des non-alignés
représente un grand nombre d’Etats et doit avoir une position et
un rôle à jouer dans ce nouveau système mondial. A une époque,
les pays non-alignés étaient considérés comme la locomotive des
Nations-Unies et ils étaient à la source de plusieurs réformes
et actions prises par l’Onu. C’est par exemple grâce aux
pressions des pays non-alignés qu’il y a eu une convention sur
la non-prolifération des armes nucléaires.
Aujourd’hui, la situation a changé. Mais il
faut savoir que ce système mondial unipolaire n’est pas
permanent et que ce n’est qu’une phase temporaire. Déjà
plusieurs nouvelles puissances sont en pleine montée tels que
l’Union européenne et les ténors asiatiques et dans quelques
années, elles seront au même niveau que les Etats-Unis sinon
supérieur.
— Nous pouvons constater que ces dernières
années, certains pays d’Amérique latine sont devenus plus actifs
au sein du mouvement, au détriment d’autres. Qu’en est-il
exactement ?
— Il y a une raison directe bien sûr à cela.
Le sommet a eu lieu à Cuba. C’est donc normal que les pays de
cette région exercent une certaine influence et qu’ils se font
remarquer et distinguer. Il ne faut pas aussi oublier que Cuba
est l’un des plus anciens membres du Mouvement des non-alignés,
et, quelle que soit notre position vis-à-vis de son système
politique, nous devons admettre qu’il est l’un des membres les
plus loyaux aux principes et concepts du non-alignement.
Mais, d’autre part, il y a aussi le fait que
ces pays sont plus avancés que nous et qu’ils étaient tous parmi
les premiers membres du mouvement et ont toujours eu une forte
présence. De plus, ils ont un sens de solidarité et savent
comment se mobiliser.
— L’Egypte a été l’un des artisans-clés et
l’un des membres influents de ce mouvement. En tant que l’un des
fins connaisseurs de ce dossier, que pensez-vous du rôle que
peut assumer aujourd’hui l’Egypte au vu des nouvelles donnes ?
— L’Egypte a été, en effet, l’un des pays
fondateurs de ce mouvement et l’un de ses éléments moteurs dans
le passé. Du temps de la création de ce mouvement, ses principes
étaient l’indépendance mais aussi la liberté de faire les choix
politiques, économiques et sociaux. A l’époque, c’était le choix
politique fait par les responsables égyptiens. Aujourd’hui,
l’Egypte doit savoir où elle en est exactement, savoir ce
qu’elle veut et agir en fonction de cela.
Karim Farouk |
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