Al-Ahram Hebdo, Arts | 400 ans et pas une ride !
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Arts

Exposition . 32 œuvres variées d’artistes espagnols, inspirées du roman Don Quichotte de la Manche, de Miguel de Cervantes, sont à découvrir au musée Mahmoud Mokhtar, en célébration du IVe centenaire du Quichotte.

400 ans et pas une ride !

« Tous ces chemins sont valables et tous témoignent de l’actualité du Quichotte, de sa capacité à faire appel à la sensibilité, à l’intelligence, à l’imagination », écrit le critique Francisco Rico à propos de l’œuvre Don Quichotte de Miguel de Cervantes, dont le texte est le plus traduit de l’histoire de la littérature et aussi le plus édité. Il était donc évident que ce roman universel qui s’appuie sur le personnage de Quichotte « avec ses forces et ses faiblesses » — qui « se veut chevalier errant, redresseur de torts, cheminant avec son fidèle écuyer Sancho Panza sur les plaines de Castille et qui provoque mille aventures dont il sort souvent moulu, jamais abattu » — est jusqu’à présent non seulement une source d’inspiration, mais aussi de création pour tout artiste. Ainsi et en commémoration du IVe Centenaire du Quichotte, 32 prestigieux artistes espagnols contemporains ont su répondre à la commande de la mairie de Stiges, en collaboration avec l’Institut Cervantes du Caire, pour offrir à tout amateur d’art un regard contemporain sur le Quichotte. Ces artistes renouent avec l’œuvre de Picasso, Gonzalez et Saura, qui ont recréé les héros de Cervantes,mais en ajoutant leur vision contemporaine.

Avec diverses techniques telles que le collage, la peinture, la photo, la sculpture ou diverses installations mixtes, chaque artiste nous fait visiter ou revisiter ce héros à sa manière. Ainsi, l’œuvre de Juan Genoves, un artiste espagnol contemporain qui s’est converti du réalisme social à l’existentialisme, montre au moyen d’espaces métaphysiques, de relations verticales et horizontales géométriques, les interactions entre l’individu et la foule, dans un mouvement de rejet ou de fusionnement. Défenseur de la liberté et investigateur du comportement humain, Genoves sympathise avec le personnage de Quichotte qui, après avoir expérimenté les différentes facettes de l’existence, retrouve la plus grande sagesse, avant de mourir entouré de l’affection et de l’admiration de son entourage.

Quant à l’œuvre d’Eduardo Arroyo, peintre, lithographe et décorateur de théâtre, elle recèle « une véritable symphonie visuelle et onirique ». En traits blancs sur fond noir, Arroyo peint le visage allongé de Quichotte, lui conférant l’audace d’un combattant contre l’injustice.

D’autre part, l’œuvre de José Manuel Ciria, en huile et graphite sur papier, est très flamboyante. Usant du rouge, du blanc et du noir en jets appliqués sur le visage de son protagoniste, Ciria forme « la gestuelle et la géométrie du tableau », dans une certaine « abstraction synthétique épurée ».

Autre œuvre aussi très expressive, celle de Josep Grau-Garriga, qui recourt à l’acrylique sur toile pour peindre la tête de Don Quichotte. Ce dernier, dans sa quête idéaliste, en combattant l’injustice, est victime d’hallucinations. Raison pour laquelle sa tête dans l’œuvre de Garriga, reconfigurée en rouge ondoyant, est entourée de monstres squelettiques, d’yeux tourmentés, restituant l’ambiance cauchemardesque de la guerre civile espagnole, qui a marqué l’enfance de ce « Catalan ».

Quant à Eva Lootz, cette artiste femme, le roman Don Quichotte lui inspire 8 dessins, dont 4 sont entourés par un cadre, reprenant diverses sentences et citations de l’ouvrage de Don Quichotte, qui lui ont inspiré signes et nuances. Employant des synthèses constructives compliquées et des symboles suggestifs, formant les particularités de son iconographie (paume de la main, œil ou évocations humaines), elle fait penser aux talismans.

Autre artiste femme de l’exposition, Carmen Calvo, dont les œuvres sont porteuses de révolte et de rejet. Par le biais de lignes simples, l’artiste dessine avec des mesures de taille échelonnée le fidèle écuyer Sancho à côté de son maître Don Quichotte. Elle met l’accent sur les rapports du maître et de l’esclave. Don Quichotte a besoin d’un serviteur, donc d’une distinction hiérarchique, afin d’accéder au titre de chevalier errant.

« Toutes ces créations, très distinctes mais renfermant des points de ressemblance, sont imprégnées d’une capacité de suggestion qui nous transpose dans l’imaginaire quichottesque », conclut César Antonio Molina, directeur de l’Institut Cervantes au Caire. Le Don Quichotte de Cervantes, qui a tant inspiré écrivains et artistes, continue donc à insuffler inventivité et génie créatif à leurs successeurs.

Névine Lamei

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Musée Mahmoud Mokhtar. Jusqu’au 25 septembre, de 10h 14h et de 17h à 20h. Face à l’Opéra du Caire. Tél. : 336 23 58

 




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