Al-Ahram Hebdo, Arts | Modalités d’un vivre ensemble
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Arts

Cinéma . Le Festival des films sur le dialogue interculturel, du 11 au 22 septembre, s’inscrit dans une nouvelle ligne ayant pour horizons l’entente entre les peuples.

Modalités d’un vivre ensemble

C’était prévu de projeter onze films de 8 pays européens, du 11 au 22 septembre au Caire et à Alexandrie, dans le cadre de la première édition du Festival des films sur le dialogue interculturel. Cependant, la normalisation avec Israël n’a pas manqué de faire des vagues et de diviser spécialistes et cinéphiles. Car le film de l’ouverture, 11’9’01, signé entre autres par l’Israélien Amos Gitaï, a été interdit à la dernière minute par le ministère égyptien de la Culture. Signé par 11 réalisateurs de par le monde, ce court métrage représente 11 cultures différentes à travers ses réalisateurs, dont l’Egyptien Youssef Chahine, le Britannique Ken Loach, l’Américain Sean Penn et le Japonais Shuyaho Immamura, décédé le 29 mai dernier et auquel cette première édition est dédiée.

Samir Farid, critique et directeur du festival, a souligné : « Le film a été projeté à Alexandrie, toujours dans le cadre du festival, mais lorsque cela a provoqué certains intellectuels, le ministère a opté pour l’interdiction. J’ai alors proposé de le remplacer par un autre film, à savoir Le Chemin pour Guantanamo de Winterbottom et Whitecross, ou de donner 11’9’01 sans la partie controversée de Gitaï. La plupart des cinéastes présents ont alors refusé cette deuxième option, amputant une part de la création ».

L’idée du festival lancée à l’origine par la société de production égyptienne Cadre, sous les auspices du ministère de la Culture, a mué en une vraie polémique sur la liberté cinématographique. Les limites de la censure exercée par les responsables ont été au sein de la controverse, d’autant plus que l’Organisme de la censure avait déjà donné son approbation. Car cette manifestation a été en fait le fruit de plusieurs mois de préparations. Elle visait, d’après Samir Farid, à s’ouvrir sur les cinémas du monde et à présenter les films occidentaux qui dévoilent le point de vue de leurs créateurs sur les Arabes.

« Déployer toutes les possibilités pour amener un public jeune à s’y intéresser et s’ouvrir sur un débat large sur les potentialités et dynamiques des autres cultures, en y engageant un dialogue, est une préoccupation fondamentale que nous avons tenté de satisfaire durant le déroulement du festival ». Cela n’empêche que ce but ultime a été loin de faire l’unanimité.

Dans cette première édition, le rêve d’inscrire singularités et originalités dans un territoire appartenant à tous, celui de l’homme et de l’image, formulé par les cinéastes et les cinéphiles de tous les horizons, a été relativement comblé à travers les autres projections. « Les films donnés représentent le meilleur de la production cinématographique internationale, ils ont été honorés dans les grands festivals pour leur qualité artistique, mais avant tout pour leur idéologie qui aborde la relation entre nous et l’Autre, entre l’Occident et l’Orient », explique le critique Walid Seif.

Inauguré le 11 septembre à la Bibliothèque d’Alexandrie, le festival a coïncidé avec la commémoration du cinquième souvenir des attentats qui ont secoué les Etats-Unis, en 2001. « C’est une date qui a imposé une nouvelle réflexion et de nouvelles idéologies concernant la relation entre l’Occident et nous, les Arabes, ce qui a été retenu par le cinéma », dit Farid qui avait choisi le film polémique de l’ouverture.

D’autre part, le festival prend fin le 21 septembre à Alexandrie à l’occasion de la Journée mondiale de la paix, avec la projection du film français Bon Anniversaire, considéré par les critiques internationaux comme l’un des grands films exhortant à la paix entre les peuples.

Entre ces deux films d’ouverture et de clôture, 9 autres longs métrages ont été projetés à l’auditorium de la Bibliotheca Alexandrina et le Haut Conseil de la culture au Caire, dans un ordre respectant leur quintessence.

Les cinq premiers films traduisent l’origine de la mésentente entre Nord et Sud. On y détecte le film britannique La Force des cauchemars, d’Adam Curtis, le film indien La Guerre et la paix d’Anand Patwardham qui nous éclaire sur les sources du conflit entre Indiens et Pakistanais, le film chilien La Dernière lune de Miguel Littin qui s’attaque à la crise palestinienne et le film russe 9e Brigade de Fyodor Bondarshuck, qui décante le déclenchement de la guerre russe contre les Afghans.

Par ailleurs, de grands moments ont marqué la programmation du festival. La projection du film britannique Le Chemin pour Guantanamo est arrivée à point pour discuter de la philosophie américaine concernant la démocratie. Quant aux films Les Frères de la Belge Susanne Bier et Jasmin de Kenny Glenaan, ils révèlent la condescendance et la violence que recèle l’attitude du Nord vis-à-vis de la culture et des coutumes arabes. Les premiers films représentent l’état actuel du conflit entre les différentes civilisations, alors que les derniers proposent pour solution l’instauration d’un dialogue interculturel et de la paix juste entre les peuples. C’est dans cette perspective que le festival puise sa vocation. En marge du festival, des discussions ont eu lieu au Haut Conseil de la culture entre cinéastes et cinéphiles sur L’état actuel de la production cinématographique et le rôle du cinéma dans l’expression des conflits internationaux et le dialogue Nord-Sud.

Désormais, le festival se tiendra tous les ans à la même date, faisant vivre par le public un moment cinématographique particulier aux confluences de projections, de dialogues entre cultures, de rencontres inédites. « La spécialité de notre projet, conclut Samir Farid, est d’œuvrer à établir l’interaction nécessaire entre nos créations et notre culture et celles de l’Europe, mais notre ambition est de contribuer effectivement au développement d’une coopération cinématographique arabo-européenne et de voir le public prendre part à ces festivités ». Objectifs dignes de respect, mais souvent mis à l’épreuve par le politique.

Yasser Moheb

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Al-Mohandess
n’est plus

Samedi dernier, s’est éteint un autre acteur culte du théâtre, Fouad Al-Mohandess, à deux mois près de la disparition de son compagnon de route, Abdel-Moneim Madbouli. Très dépressif ces derniers temps, le comédien cardiaque, qui a de tout temps arraché les rires du public, est mort à l’âge de 82 ans.

Né le 6 septembre 1924, dans le quartier cairote de Abbassiya, Al-Mohandess a fait des études de commerce. A la faculté, il n’a pas tardé à s’affilier au théâtre d’amateurs. Il se rendait aux coulisses du Théâtre Naguib Al-Rihani afin de voir ce maître comique en chair et en os. Mais c’est plus tard qu’il se fraya une voie vers le professionnalisme en adhérant à la troupe Saa li qalbak (Une heure pour ton cœur), laquelle s’est faite distinguer de par ses sketchs comiques diffusés à la radio. Le comédien fait sa percée pour marquer par la suite les planches des années 1960, léguant de vrais chefs-d’œuvre comiques comme Sayedati Al-Gamila (ma belle dame), Al-Sekerteir al-fanni (secrétaire polyvalent) ... Au cinéma, il a, par ailleurs, interprété depuis 1954 quelque 70 films, où il a fait duo souvent avec son ex-épouse Chéwikar, qui partageait également avec lui la vedette sur scène. Les entretiens qu’il accordait aux médias regorgeaient d’histoires amusantes racontant près de 50 ans de carrière. Une fois, il a narré comment ses parents l’ont pris en flagrant délit en jouant sur scène, lui ordonnant de descendre devant le public. Une autre, il reprenait une constatation des médecins : l’état de son cœur s’améliorait nettement sur scène. Et une troisième fois, il faisait état de sa thèse sur les femmes qu’ il parvenait à classer suivant leurs chaussures ! La scène perd un vrai passionné des planches.

 




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