Etats-Unis - Afrique .
Les responsables militaires américains veulent disposer d’un
commandement unique pour le continent noir. Une proposition
dans ce sens a été remise par le Pentagone au secrétaire à la
Défense, Donald Rumsfeld.
Nouvelle
stratégie militaire américaine
Des responsables de la Défense des Etats-Unis ont fait savoir
que le Pentagone est en train d’étudier la création d’un
nouveau commandement militaire pour l’Afrique, à cause des
menaces qui peuvent nuire à la sécurité de l’Amérique.
Plusieurs journaux affirment que le secrétaire à la Défense,
Donald Rumsfeld, sera capable de convaincre le président
George Bush de donner son accord à cette proposition qui
marque un changement dans les doctrines du Pentagone.
Ce serait, selon la presse, le signe d’un important revirement
stratégique de la politique des Etats-Unis, reflétant le
besoin de mettre l’accent sur l’initiative et les mesures
préventives, plutôt que de rester campé sur une position
défensive conçue pour la guerre froide. Le porte-parole du
Pentagone, le lieutenant Joe Carpenter, a déclaré à ce sujet
que les responsables militaires des Etats-Unis disposent
maintenant d’un « sens plus aigu de l’importance stratégique
de l’Afrique. Dans le monde post-11 septembre, nous disposons
d’une meilleure connaissance des menaces provenant de
territoires en proie à une vacance de pouvoir ».
En effet, les autorités américaines, et tout particulièrement
les responsables de la lutte antiterroriste, se sont déclarés
inquiets au sujet de la situation dans la Corne de l’Afrique,
notamment les changements en cours en Somalie, suite à la
prise de la capitale de ce pays, Mogadiscio, par les tribunaux
islamiques en juin dernier.
Washington affirme que les islamistes somaliens sont en
contact avec le réseau d’Al-Qaëda, qui aurait aussi des
adeptes en Afrique du Sud, au Nigeria et dans la région
saharienne. En 1998, des attentats à la bombe, attribués à
Al-Qaëda contre les ambassades américaines au Kenya et en
Tanzanie, ont provoqué plus de 200 morts. Washington craint
que le réseau d’Al-Qaëda puisse se nourrir de la misère qui
atteint un grand nombre d’Etats africains.
Le futur commandement africain aurait donc pour tâche la
coordination de la politique de défense des Etats-Unis en
Afrique. En réalité, les responsables du Pentagone
souhaiteraient que ce nouveau commandement devienne une sorte
d’interlocuteur militaire unique, concernant le continent
africain, pour différentes structures telles que la CIA ou le
département d’Etat. Pour les militaires américains, l’Afrique
dépend, en ce moment, de trois commandements distincts qui ont
à leur tête des « généraux quatre étoiles ». Ainsi, la Corne
de l’Afrique relève de la responsabilité du Centcom, qui a
surtout à sa charge le Proche-Orient. Madagascar et les îles
de l’océan Indien sont de la responsabilité du Pacific
Command, tandis que le reste du continent est sous la tutelle
de l’European Command, basé à Stuttgart, en Allemagne.
Les responsables du Pentagone ont démenti que la création d’un
futur commandement africain puisse entraîner une augmentation
des effectifs militaires des Etats-Unis sur le continent. Le
porte-parole du département de la Défense, cité par Reuters, a
préféré souligner l’importance de la coopération militaire en
déclarant que « de nombreuses armées africaines souhaitent
établir des relations avec les Etats-Unis afin que nous les
aidions à améliorer leurs dispositifs, à défendre leurs
frontières, à empêcher les déplacements de terroristes et à
réaliser leur potentiel économique ».
La Corne de l’Afrique, principale zone d’intervention
Les Etats-Unis disposent actuellement d’une seule base
militaire en Afrique qui est installée à Camp-Lemonier, en
République de Djibouti : 1 800 militaires américains y sont
stationnés, dans le cadre de la force conjointe pour la Corne
de l’Afrique (Combined Joint Task Force Horn of Africa), qui a
surtout la vocation à des missions « préventives », visant
notamment la détection de groupes terroristes en liaison avec
les réseaux du Proche-Orient. Cette base aurait été utilisée
dans le cadre des opérations clandestines en Somalie pour
soutenir les chefs de guerre qui s’opposaient à l’avancée des
tribunaux islamiques.
Les Etats-Unis ont organisé à plusieurs reprises des exercices
militaires, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et
le banditisme transfrontaliers. Près de 300 soldats américains
ont ainsi participé aux manœuvres « Flintlock » en juin 2005
au Mali. Des militaires de sept autres pays (Tchad, Niger,
Algérie, Sénégal, Mauritanie, Tunisie et Maroc) ont aussi été
présents dans cet exercice. Des militaires américains,
notamment des Marines, ont également participé aux manœuvres «
Natural Fire » conjointement avec des soldats kényans,
tanzaniens et ougandais. Les Etats-Unis étaient également très
présents dans les premières manœuvres de la nouvelle force
réactive de l’Alliance atlantique qui ont eu lieu en juin
dernier dans l’archipel du Cap-Vert.
La création du commandement militaire américain en Afrique
peut aussi se justifier par l’augmentation des importations
pétrolières. L’Afrique occidentale fournit actuellement près
de 16 % du volume des hydrocarbures consommés aux Etats-Unis.
Ces importations devraient atteindre les 25 % en 2015.
Washington a besoin de garantir la sécurité de ces ressources
pétrolières, à un moment où la Chine s’intéresse de plus en
plus aux matières premières africaines.
Antonio
Garcia
(MFI)