Côte-d’Ivoire .
Le Conseil de sécurité doit se réunir ce mercredi pour étudier
les mesures à prendre afin de débloquer le processus de paix.
Une action que le président Gbagbo
qualifie de « mascarade ».
Nouveau
gouvernement et vieille crise
Au
lieu des élections qui devaient en principe avoir lieu en
octobre 2005, la Côte-d’Ivoire se voit dotée d’un nouveau
gouvernement suite au scandale des déchets toxiques. Un
nettoyage qui se fait sur fond de crise aiguë. Les élections
n’ont pas pu se tenir en raison des divisions d’un pays coupé
en deux depuis la tentative de coup d’Etat de la rébellion des
Forces Nouvelles (FN) en septembre 2002.
Ainsi, le premier ministre ivoirien, Charles Konan Banny, a
présenté samedi dernier au président Laurent Gbagbo un nouveau
gouvernement de transition, suite à la démission de l’ancien
gouvernement. La nouvelle équipe comporte six changements,
notamment les deux ministres : des Transports et de
l’Environnement. Mais elle a conservé le même équilibre entre
la mouvance présidentielle, l’opposition et la rébellion, qui
contrôle le nord du pays depuis septembre 2002. Seuls deux
ministres, Anaky Kobenan, ministre des Transports, et Jacques
Andoh, de l’Environnement, font les frais du scandale des
déchets toxiques qui avait conduit M. Banny à démissionner
l’ensemble de son gouvernement. M. Kobenan, président du MFA,
un petit parti d’opposition, est remplacé par Abdel-Aziz Thiam,
directeur général de la Sitarail (société ivoirienne des
chemins de fer). A l’Environnement, Jacques Andoh est remplacé
par Daniel Aka Ahizi, membre comme lui du Parti Ivoirien des
Travailleurs (PIT, opposition). Les quatre autres changements
sont des créations de postes qui font passer le gouvernement
de 32 à 36 membres, a précisé le porte-parole de la
présidence, Désiré Tagro, en annonçant sa composition. Deux
nouveaux ministères sont créés, l’un des Droits de l’homme et
l’autre de l’Administration du territoire, issus de la
scission du ministère de la Justice pour le premier et du
ministère de l’Intérieur pour le second. Deux secrétariats
d’Etat, l’un à la « bonne gouvernance » et l’autre à la
protection civile, sont également institués. Hormis ces six
modifications, le reste du gouvernement est inchangé. « Ces
changements ont pour but de calmer l’opinion publique d’une
part, et de résoudre quelques problèmes concernant le
processus de paix d’autre part », explique le Dr Sayed Felyfel,
analyste au Centre des études africaines.
Banny, premier ministre depuis décembre 2005, avait provoqué
la surprise le 6 septembre en annonçant la démission de
l’ensemble de son gouvernement, coupable selon lui de «
négligences » dans l’affaire des déchets toxiques. Depuis, il
a également suspendu de leurs fonctions le directeur général
des douanes, le directeur du port autonome d’Abidjan, le
gouverneur du district d’Abidjan et le directeur des affaires
maritimes du ministère des Transports, soupçonnés de «
défaillances » dans cette même affaire. Cette dernière a
commencé le 19 août quand des déchets toxiques ont été
déversés sur une dizaine de sites d’Abidjan, en majorité des
décharges publiques, par une mystérieuse société ivoirienne,
Tommy, qui les avait déchargés d’un navire grec, le Probo
Koala, affrété par un négociant international, Trafigura.
Le mystère du déversement des déchets toxiques à Abidjan offre
une nouvelle occasion aux partis politiques ivoiriens de
régler leurs comptes, chacun accusant l’autre d’avoir pollué
la ville pour de l’argent. Selon le Dr Felyfel, « c’est une
affaire de corruption, une affaire qui n’a aucun lien avec la
politique ». Mais d’autres analystes ne partagent pas le même
avis. Pour le Dr Ibrahim Abdel-Razeq, analyste au Centre des
études africaines, « le scandale a un rapport avec les
élections présidentielles qui devaient avoir lieu le mois
prochain ».
En octobre 2005, l’Onu avait prolongé d’un an le mandat de M.
Gbagbo, et prévu l’organisation d’élections avant la fin
d’octobre 2006. Mais les désaccords persistants des
protagonistes sur l’actualisation des listes électorales et
sur le désarmement, ainsi que les affrontements réguliers de
leurs partisans, ont rendu ce délai impossible à tenir. A cet
égard, une réunion aura lieu ce mercredi 20 septembre à New
York pour examiner les mesures à prendre pour débloquer le
processus de paix ivoirien, ainsi que la question de la fin du
mandat de M. Gbagbo. Ce dernier a repris l’offensive sur le
processus de paix en annonçant son refus d’aller parler de
l’avenir du processus de paix au siège de l’Onu, à New York.
En plus, il a accusé la communauté internationale d’avoir «
échoué » à faire la paix dans son pays. « Je n’irai pas à New
York et n’y enverrai aucune délégation. Je ne veux pas
cautionner la mascarade ». M. Gbagbo a notamment pris pour
cible le Groupe de Travail International (GTI) sur la
Côte-d’Ivoire, qui comprend des représentants de la France,
des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union européenne, des
Etats-Unis, de divers pays africains et organisations
internationales et multilatérales.
Maha Salem