Al-Ahram Hebdo, Afrique |  Nouveau gouvernement et vieille crise
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au 26 Septembre 2006, numéro 628

 

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Afrique

Côte-d’Ivoire . Le Conseil de sécurité doit se réunir ce mercredi pour étudier les mesures à prendre afin de débloquer le processus de paix. Une action que le président Gbagbo
 qualifie de « mascarade ».

 Nouveau gouvernement et vieille crise

Au lieu des élections qui devaient en principe avoir lieu en octobre 2005, la Côte-d’Ivoire se voit dotée d’un nouveau gouvernement suite au scandale des déchets toxiques. Un nettoyage qui se fait sur fond de crise aiguë. Les élections n’ont pas pu se tenir en raison des divisions d’un pays coupé en deux depuis la tentative de coup d’Etat de la rébellion des Forces Nouvelles (FN) en septembre 2002.

Ainsi, le premier ministre ivoirien, Charles Konan Banny, a présenté samedi dernier au président Laurent Gbagbo un nouveau gouvernement de transition, suite à la démission de l’ancien gouvernement. La nouvelle équipe comporte six changements, notamment les deux ministres : des Transports et de l’Environnement. Mais elle a conservé le même équilibre entre la mouvance présidentielle, l’opposition et la rébellion, qui contrôle le nord du pays depuis septembre 2002. Seuls deux ministres, Anaky Kobenan, ministre des Transports, et Jacques Andoh, de l’Environnement, font les frais du scandale des déchets toxiques qui avait conduit M. Banny à démissionner l’ensemble de son gouvernement. M. Kobenan, président du MFA, un petit parti d’opposition, est remplacé par Abdel-Aziz Thiam, directeur général de la Sitarail (société ivoirienne des chemins de fer). A l’Environnement, Jacques Andoh est remplacé par Daniel Aka Ahizi, membre comme lui du Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT, opposition). Les quatre autres changements sont des créations de postes qui font passer le gouvernement de 32 à 36 membres, a précisé le porte-parole de la présidence, Désiré Tagro, en annonçant sa composition. Deux nouveaux ministères sont créés, l’un des Droits de l’homme et l’autre de l’Administration du territoire, issus de la scission du ministère de la Justice pour le premier et du ministère de l’Intérieur pour le second. Deux secrétariats d’Etat, l’un à la « bonne gouvernance » et l’autre à la protection civile, sont également institués. Hormis ces six modifications, le reste du gouvernement est inchangé. « Ces changements ont pour but de calmer l’opinion publique d’une part, et de résoudre quelques problèmes concernant le processus de paix d’autre part », explique le Dr Sayed Felyfel, analyste au Centre des études africaines.

Banny, premier ministre depuis décembre 2005, avait provoqué la surprise le 6 septembre en annonçant la démission de l’ensemble de son gouvernement, coupable selon lui de « négligences » dans l’affaire des déchets toxiques. Depuis, il a également suspendu de leurs fonctions le directeur général des douanes, le directeur du port autonome d’Abidjan, le gouverneur du district d’Abidjan et le directeur des affaires maritimes du ministère des Transports, soupçonnés de « défaillances » dans cette même affaire. Cette dernière a commencé le 19 août quand des déchets toxiques ont été déversés sur une dizaine de sites d’Abidjan, en majorité des décharges publiques, par une mystérieuse société ivoirienne, Tommy, qui les avait déchargés d’un navire grec, le Probo Koala, affrété par un négociant international, Trafigura.

Le mystère du déversement des déchets toxiques à Abidjan offre une nouvelle occasion aux partis politiques ivoiriens de régler leurs comptes, chacun accusant l’autre d’avoir pollué la ville pour de l’argent. Selon le Dr Felyfel, « c’est une affaire de corruption, une affaire qui n’a aucun lien avec la politique ». Mais d’autres analystes ne partagent pas le même avis. Pour le Dr Ibrahim Abdel-Razeq, analyste au Centre des études africaines, « le scandale a un rapport avec les élections présidentielles qui devaient avoir lieu le mois prochain ».

En octobre 2005, l’Onu avait prolongé d’un an le mandat de M. Gbagbo, et prévu l’organisation d’élections avant la fin d’octobre 2006. Mais les désaccords persistants des protagonistes sur l’actualisation des listes électorales et sur le désarmement, ainsi que les affrontements réguliers de leurs partisans, ont rendu ce délai impossible à tenir. A cet égard, une réunion aura lieu ce mercredi 20 septembre à New York pour examiner les mesures à prendre pour débloquer le processus de paix ivoirien, ainsi que la question de la fin du mandat de M. Gbagbo. Ce dernier a repris l’offensive sur le processus de paix en annonçant son refus d’aller parler de l’avenir du processus de paix au siège de l’Onu, à New York. En plus, il a accusé la communauté internationale d’avoir « échoué » à faire la paix dans son pays. « Je n’irai pas à New York et n’y enverrai aucune délégation. Je ne veux pas cautionner la mascarade ». M. Gbagbo a notamment pris pour cible le Groupe de Travail International (GTI) sur la Côte-d’Ivoire, qui comprend des représentants de la France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union européenne, des Etats-Unis, de divers pays africains et organisations internationales et multilatérales.

Maha Salem

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