Nous refusons ce projet de
résolution parce qu’il ne répond pas aux demandes du Liban et
offre à Israël des gains politiques qu’il ne mérite pas. Les
leaders du parti ont annoncé que nous n’accepterions pas de
cessez-le-feu tant que resterait un seul soldat israélien sur le
territoire libanais. Un cessez-le-feu doit coïncider avec le
retrait des troupes israéliennes, l’échange des prisonniers et
la libération des fermes de Chebaa. Le projet de résolution
actuel donne à Israël des gains politiques malgré sa défaite sur
le terrain. En général, nous nous attendons à rien de la part de
l’administration américaine. D’autant plus que cette
administration est motivée par de mauvaises intentions, et
qu’elle a pour mot d’ordre l’esprit d’hégémonie, de monopole,
d’agression et de violation des résolutions des organisations
internationales. Cette administration s’est donné le droit de
commettre les massacres contre les enfants, les femmes, les
vieux et les jeunes, de semer les troubles et les émeutes parmi
des nations et des peuples. Comment peut-on être optimiste
vis-à-vis de cette administration ? Après ce qui s’est passé en
Somalie, après les événements de l’Iraq, de l’Afghanistan, de la
Palestine et actuellement du Liban, nous ne pouvons guère avoir
un quelconque espoir à la lumière des séries d’impasses que
traverse le monde arabe à l’heure actuelle.
A travers sa secrétaire d’Etat Condoleezza
Rice, l’administration Bush a proposé un nouveau projet, celui
du nouveau Moyen-Orient. Ce projet tend à attiser les
différences ethniques, raciales, confessionnelles et nationales
et dessiner les nouveaux contours de la région en conformité
avec l’intérêt de l’entité de l’ennemi israélien. Toutes les
anciennes théories et la ruse américaine qui tenaient à
consacrer la suprématie militaire de Tel-Aviv sont tombées. Les
Américains doivent remarquer que l’esprit de résistance fait
rage dans la nation arabo-musulmane et que l’intifada
s’intensifie de plus en plus dans cette partie du monde. Nous
devons donc remarquer que ce nouveau projet est un projet de
sédition auquel les différentes élites culturelles, politiques
et scientifiques doivent y faire face. Et ce afin de consolider
l’unité libanaise. Si ce projet du nouveau Moyen-Orient réussit,
ceci signifiera que nous nous transformerons en tribus,
confessions et courants, à l’instar de ce qui se passe
actuellement en Iraq, où les violences et les massacres font
rage, avec une orchestration américano-israélienne.
— Quel bilan faites-vous des combats sur le
terrain ?
— Israël a été défait dans la guerre. Le
Hezbollah a bien encaissé l’offensive militaire israélienne et a
mené une contre-attaque à travers les tirs de missiles contre le
territoire israélien qui ont atteint des installations sensibles.
Pour la première fois, les Israéliens sont atteints par la
panique. La résistance a contré toutes les tentatives
d’incursion militaire israélienne.
— Mais Israël devrait l’emporter en fin de
compte, vu le déséquilibre dans les moyens et les capacités
militaires ...
— Le Hezbollah garde encore plusieurs cartes
de résistance. Nous n’avons pas encore utilisé toutes nos cartes.
La résistance islamique, depuis la grande victoire du 25 mai
2000 (le retrait israélien du Sud-Liban), était parfaitement
consciente, par une lecture minutieuse des événements, que
l’ennemi israélien, épaulé par l’administration américaine,
aurait du mal à digérer cette victoire et ses retombées qui sont
nombreuses. Entre autres, que la résistance libanaise
deviendrait un modèle à suivre par leurs frères palestiniens
dans leur affrontement avec l’ennemi israélien. Il ne faut pas
aussi oublier que l’interaction de l’intifada palestinienne avec
ce triomphe libanais en 2000 a mis l’ennemi dans un véritable
embarras, sans oublier de mentionner les retombées politiques,
économiques, morales et religieuses qu’elle a provoquées.
Depuis cette date, la résistance se prépare
et multiplie ses efforts à tous les niveaux pour faire face à
une quelconque aventure ou stupidité provenant de l’autre partie.
Raison pour laquelle nous avons attendu avec impatience ce
moment. Dès les deux premiers jours de la capture des soldats
israéliens, l’ennemi a lancé son offensive et ses troupes à
travers les voies terrestres, maritimes et aériennes. Ses
opérations militaires se sont étendues allant jusqu’au carnage
délibéré des civils et la démolition de l’infrastructure et des
installations gouvernementales, depuis les réseaux de
communications, jusqu’aux moyens de transport.
L’ennemi s’imaginait qu’à travers la première
frappe, il pourrait rompre tous les liens entre la direction et
la base de la résistance et ainsi paralyser la capacité des
résistants sur le théâtre des événements. Mais la résistance a
bien accusé les coups de la frappe militaire israélienne, a
préservé ses contacts avec ses leaders et cadres, et a réussi à
sauvegarder tant bien que mal son infrastructure militaire et
ses capacités de rétorsion. Si cet ennemi historique s’imagine
qu’il peut parier sur le temps ou sur les capacités, il a tort.
C’est une utopie pure et simple. Le résumé de l’évolution sur le
terrain consistait à lui infliger des échecs l’un après l’autre
alors que la résistance accumule les victoires. L’ennemi
israélien cherche aujourd’hui n’importe quel accomplissement
qualitatif qu’il pourra investir au niveau de sa situation
intérieure, tout en prenant en considération les points suivants
: l’ennemi israélien possède une armée vaincue et en état de
choc suite aux dernières évolutions. Ensuite, la société
israélienne n’est pas à l’image de ce qu’elle prétendait être
devant l’opinion mondiale. Cette société a commencé à se poser
de nombreuses questions sur l’utilité de cette guerre et sur le
manque de confiance qu’elle a vis-à- vis de l’armée qui a épuisé
tous les potentiels militaire et financier, sans toutefois
remporter la victoire sur une poignée de résistants du Sud-Liban.
Troisièmement, Israël a subi d’énormes dégâts, dépassant même
ceux du Liban sur les plans financier, économique et touristique.
Enfin, au Liban, et grâce à la résistance, un degré minimum
d’unité et de solidarité ont été réalisées. Ce dont nous avons
été témoins récemment au niveau de toutes les factions et de
toutes les composantes de la société libanaise. Une nouvelle
évolution qui pourrait refléter l’image d’un Liban unifié face à
tous les défis.
— Des dirigeants libanais et des responsables
arabes vous ont critiqués pour la capture des deux soldats
israéliens ... Qu’en dites-vous ?
— Ceux qui avancent ce genre d’arguments
n’ont pas fondamentalement foi en l’idée même ou l’utilité de la
résistance. Ces personnes n’ont-elles pas été au courant de
l’assassinat d’Abou-Hamza et de la lutte menée par le mouvement
du Djihad islamique à Tyr, qui a dévoilé un réseau d’espionnage
israélien ? Ces personnes n’ont-elles pas entendu les nouvelles
de l’assassinat du pasteur Ibrahim Rahil à Chebaa ? N’ont-elles
pas été au courant des milliers de violations terrestres,
maritimes et aériennes ainsi que celles de la Ligne bleue (la
frontière libano-israélienne) ? Ce dont nous témoignons
aujourd’hui, c’est une guerre menée par excellence par
l’administration américaine. Celle-ci suit une politique de
fuite en avant pour échapper aux pièges de ses guerres en Iraq
et en Afghanistan, ainsi qu’à l’impasse dans laquelle elle se
trouve devant l’Iran et les deux Corées.
Tous ceux qui tentent de déformer les
réalités doivent lire minutieusement l’histoire. La Déclaration
de Balfour était une décision consistant à violer la Palestine.
La guerre de 1967 était un ordre israélo-américain pour envahir
le Sinaï, le Golan, la Cisjet érusalem. L’invasion du Liban en
1978 et 1982 était une décision israélienne. Sans oublier Camp
David, Oslo, la Feuille de route et les massacres de Cana, de
Merwahine, de Mansouri, de Bent Jbeil et autres. Et enfin pour
finir, l’occupation de l’Iraq en 2003. Aujourd’hui, le monde
entier est témoin d’un nouveau massacre à Cana et ailleurs sur
le territoire libanais, ainsi que les carnages dans la bande de
Gaza et les différentes villes palestiniennes. Je répète qu’il
n’est pas dans l’intérêt de ces personnalités, au Liban comme
dans le monde arabe, de mettre en avant cette problématique pour
réaliser quelques gains au Liban. Tout au long du conflit
arabo-israélien, la décision de guerre et de paix a toujours été
entre les mains d’Israël.
— Y a-t-il une coordination entre le
secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et le
gouvernement et les leaders libanais ?
— Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan
Nasrallah a récemment confié le dossier politique, incluant
l’échange des prisonniers, à une personnalité digne de confiance,
qui est Nabih Berri, le président du parlement. Il y a un
mécanisme de coordination avec Berri, ainsi qu’avec le
gouvernement qui compte parmi ses ministres des membres du
Hezbollah.
Pour en finir, je dirai que le Liban officiel,
populaire, celui de la résistance et de l’armée, se trouve tous
dans une même barque pour contrer l’agression israélienne.
Fathi Mahmoud