Al-Ahram Hebdo, Société | La rue des petites bourses
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société

Appareils de prothèses. Leur qualité laisse souvent à désirer et les prix ne sont pas toujours abordables. Reportage dans les boutiques de prothèses bon marché fabriquées en Egypte.

La rue des petites bourses

La rue Al-Saha, à Abdine, au Caire, est connue depuis 1936 par son commerce de prothèses de tous genres. L’artère est constituée de plusieurs échoppes collées l’une à côté de l’autre, d’allure plutôt modeste, elles exposent des appareils destinés à la classe moyenne. Des prothèses conçues pour les membres inférieurs ou supérieurs amputés, d’autres pour remplacer des organes gravement atteints ou détruits : les prix varient entre 850 et 3 500 L.E., des prothèses de jambes à 300 ou 550 L.E., de pieds à 200 L.E., de bras, des béquilles entre 40 et 150 L.E., des cannes, des chaises roulantes dont le prix varie entre 400 et 1 600 L.E. « La prix de chaque article est fixé selon le coût de fabrication et notre marge bénéficiaire est dérisoire. Nous ne pouvons pas nous permettre d’augmenter les prix pour attirer la clientèle. Je n’ai pas besoin de faire de la publicité pour liquider ma marchandise car tout le monde me connaît », explique l’ingénieur Khaled Al-Masri, le propriétaire. L’établissement Al-Masri, qui date de 1936, est le premier à avoir ouvert dans la rue Al-Saha. Et comme Khaled a la confiance de ses clients, il est sûr de la qualité de ses prothèses et n’apprécie pas que l’on marchande. A midi, une demi-heure après l’ouverture, un homme de 45 ans se présente pour acheter une paire de béquilles pour sa mère. « 55 L.E., c’est trop cher pour une béquille, 40 L.E. c’est plutôt raisonnable comme prix », tente de marchander le client. Mais Hag Al-Masri est ferme, il lui explique qu’il ne trouvera pas ailleurs une meilleure qualité. Le client fait demi-tour et se présente ailleurs. « Je suis sûr qu’il va revenir. Je connais la qualité de mes articles », commente Al-Masri. A peine a-t-il terminé ces paroles que ce même client se pointe de nouveau pour prendre la paire de béquilles, mais un autre client l’avait déjà achetée. Dans la famille Al-Masri, ce métier se perpétue de père en fils. « Je suis dans ce métier depuis 50 ans. Mon grand-père a commencé durant la seconde guerre mondiale. Il vendait les appareils qu’il fabriquait lui-même. Cette longue expérience nous a apporté une certaine notoriété et nous a attiré une bonne clientèle », poursuit Alaa, un autre membre de la famille Al-Masri. Mais ce qui est étonnant dans cette rue, c’est qu’il n’existe pas de concurrence entre les différents commerces. Chacun veille à déployer des efforts pour fabriquer une meilleure qualité. Dans la rue Al-Saha, non seulement on vend toutes sortes de prothèses, mais on les fabrique aussi conformément à la taille de chaque handicapé …

Une question de qualité

Il arrive que l’appareil ne soit pas parfaitement adapté. Dans ce cas, l’handicapé contacte par téléphone Al-Hag Al-Matarawi pour lui demander de porter les modifications nécessaires. « Je porte depuis trois ans cet appareil que j’ai acheté à Al-Saha. J’en suis parfaitement satisfait mais je dois en acheter un neuf tous les trois ou quatre ans, alors que les prothèses importées durent entre 10 et 15 ans », précise un client venu commander une nouvelle prothèse. En fait, les propriétaires des magasins à Al-Saha n’offrent pas d’autre choix que des articles fabriqués en Egypte. « Je ne nie pas que les prothèses européennes sont plus performantes mais ce que nous fabriquons, c’est ce qu’il y a de meilleur en Egypte », reprend Al-Matarawi en donnant quelques exemples sur la qualité des chaises roulantes : « La chaise importée qui pèse à peine 14 kilos peut porter une personne de 120 kilos, alors que la chaise égyptienne de 21 kilos ne résisterait pas à un poids de 100 kilos. Ce qui revient à dire qu’une chaise fabriquée avec des matériaux légers peut se transporter facilement et son matériel est plus résistant. Mais je ne peux pas fabriquer ce genre de chaise ici car les matériaux ne sont pas disponibles sur le marché égyptien ».

Dr Achraf Maréï, paralysé depuis qu’il a subi un accident de voiture en 1981, est déçu par la mauvaise qualité des chaises roulantes. « Parfois une des roues se rouille, l’autre ne tourne plus convenablement à cause des trous et des chaussées mal asphaltées, si ce n’est pas le siège qui craque et cède », rapporte cet ex-champion de natation et président de l’Association Nas, qui a pour vocation l’intégration des handicapés dans la société. Mais puisque ce dernier appartient à l’élite de la société égyptienne, il a donc fait venir une chaise roulante automatique d’Allemagne qui lui a coûté 2 300 euros. « J’utilise cette merveille depuis 2002, la chaise est très confortable, légère et résistante. Mais jusqu’à présent, je n’arrive pas à me débarrasser de l’ancienne aussi résistante et que j’ai utilisée durant 11 ans », dit-il. Et comme ces prothèses étrangères anglaises, allemandes ou françaises sont introuvables en Egypte, ceux qui veulent s’en procurer doivent faire le voyage ou demander à quelqu’un de le faire à leur place. Néanmoins, il existe un autre genre de prothèses importées et qui est venu concurrencer ce marché. Ce sont bien entendu les articles Made in China. C’est un concurrent de taille qui s’est infiltré depuis quelques années. La production chinoise a inondé le marché et a attiré une large clientèle. « Les prix sont plus abordables, les formes et surtout l’emballage m’ont beaucoup séduit mais le matériel et la fabrication sont de qualité médiocre. Deux ou trois semaines plus tard, l’appareil n’est plus fonctionnel », note Nancy, paralysée depuis son accident de voiture. Mais pour la plupart des commerçants, la présence d’articles étrangers sur leur marché pose un problème majeur et représente une menace pour les produits locaux.

Par ailleurs, il existe des handicapés qui n’ont pas les moyens d’acheter des prothèses dans la rue Al-Saha ou de les importer comme le font les gens aisés. Les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ont recours à l’assurance médicale. Sanaa s’est adressée à l’hôpital Yom Al-Mostachfayat, spécialisé pour les handicapés. « J’ai porté pendant 15 ans cette prothèse, je viens de découvrir récemment que les dimensions n’étaient pas appropriées et que ma prothèse de jambe est plus courte par rapport à mon pied sain, ce qui a eu des répercussions sur ma colonne vertébrale », se lamente Sanaa, atteinte de polio depuis l’âge de trois ans. Cette dernière est révoltée car de telles complications l’ont empêchée de mener une vie presque normale. « L’Etat dépense énormément d’argent pour mettre à la disposition des plus démunis tous genres de prothèses, seulement beaucoup d’autres handicapés qui ont les moyens en profitent et recourent à l’assurance médicale pour ne pas débourser un seul sou. Ainsi, l’Etat est obligé de doubler, tripler ou quadrupler le budget consacré à ce domaine », informe Nasser Al-Sayed, un handicapé.

Cette mauvaise qualité des prothèses pousse parfois les gens, surtout les enfants, à s’en passer. Nadine, une petite fille de huit ans, arrive de loin, s’appuyant sur deux béquilles. Elle refuse de porter sa prothèse sans les chaussures orthopédiques introuvables sur le marché. « Sans cette paire de chaussures, je sens que je ne suis pas une fille comme les autres. Je sens que tous les regards sont braqués sur moi. Et comme je veux montrer que je suis capable de tout faire par moi-même, j’utilise les béquilles pour me rendre à l’école ou jouer avec les autres enfants », dit fièrement la jeune fille. Autre avis : Mona Arafat, employée, avoue qu’à l’âge de 15 ans, elle préférait s’appuyer sur des béquilles. Pour elle, « la prothèse est liée à la paire de chaussures orthopédique laide et lourde et toujours de la même couleur. Une couleur noire qui n’allait pas avec celle de mes robes, mes jupes ou même mes pantalons », relate-t-elle. Nasser Al-Sayed partage ces propos : « Je n’avais pas le droit de porter une autre paire de chaussures que celle-là en me rendant à l’école, au club, ou pour jouer. Même à la maison, je ne pouvais pas me permettre d’enfiler une paire de pantoufles comme les autres. Et en allant le vendreà la mosquée pour faire la prière, il fallait enfiler mon pied dans un sac pour pouvoir rentrer, car je ne pouvais pas me déchausser comme les autres étant donné que la chaussure restait bien attachée à la prothèse de jambe ». Mais tout cela a changé, l’appareil est aujourd’hui plus moderne.

« Maintenant, je peux me le permettre et même porter des Addidas comme je le souhaitais lorsque j’étais petit, seulement la qualité de l’appareil reste encore médiocre », ajoute un autre qui profite d’une assurance médicale.

En effet, la mauvaise qualité des prothèses incommode les handicapés qui désirent mener une vie normale comme les autres.

Manar Attiya

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.