Comment sauver le Liban ?
Bassam Bounneni
Spécialiste tunisien en sciences politiques
On ne le dira jamais assez : le Liban n’a pas besoin de paix, mais d’indépendance, la première pouvant être la résultante de la seconde. Du moins pour le cas du pays du Cèdre.
Le pays a toujours été le décor — mortuaire — de guerres qui, dans d’énormes proportions, n’ont jamais été les siennes.
Sa position géostratégique, ses ressources naturelles — notamment l’eau —, sont à l’origine de ses cauchemars.
Fort d’un tissu « identitaire » inédit dans un Moyen-Orient « débarrassé » de sa diversité — malheureusement —, le Liban n’arrive plus, depuis la guerre de 1975, à faire de ses diversités la pierre angulaire d’un système politico-social qui pourrait faire exception dans la région.
C’est que les principaux protagonistes de la « sale guerre » sont toujours présents, à travers leur progéniture. Ce qui a fait de la scène politique libanaise une véritable scène collégiale.
Ajoutons à cela l’enchevêtrement excessif et — parfois — répugnant entre le politique et le religieux. En effet, l’Eglise maronite, les Loges druzes, les Husseiniats chiites et les mosquées sunnites — dont une frange wahhabite proche du clan Hariri — sont devenus acteurs incontournables de la scène politique libanaise. Des acteurs nocifs également. Car, chaque communauté est en partie une présence étrangère d’une religion, d’une idéologie. En fin de compte, d’une essence qui aura des visées.
Cet état de choses est de plus en plus favorisé par les Accords de Taëf, signés pour « officiellement » mettre un terme à la guerre civile.
Lesdits accords ont, au contraire, approfondi la guerre civile, en transférant les batailles du terrain à la scène politique. Pis, ces accords mettent fin à l’une des plus vieilles démocraties de la région, en distribuant la « tarte politique » : un président chrétien, un premier ministre sunnite et un chef de Parlement chiite. En d’autres termes, des accords qui délimitent la zone de chaque communauté.
A travers l’actuelle crise qui frappe le Liban, les Accords de Taëf prouvent encore leur futilité. Les communautés chrétiennes et druzes sont réduites au silence, alors que les sunnites approuvent du bout des lèvres l’opération menée par le Hezbollah contre Israël.
Peu importe l’issue de cette guerre ou la justesse ou non de l’entreprise initiée par le Parti de Dieu. Ce qui prime aujourd’hui consiste à immuniser le Liban contre toute ingérence étrangère qui menacerait son intégrité territoriale et son autodétermination. Tout cela passe impérativement par l’indépendance du pays et de ses institutions, indépendance qui passe, pour sa part, par le démarrage d’un processus de paix libano-libanais qui mettrait un terme à la mascarade légitimée et pérennisée par les Accords de Taëf. Il y va de la survie du Liban et de la démocratie dans la région. A bon entendant !.