On ne le dira jamais assez : le Liban n’a pas
besoin de paix, mais d’indépendance, la première pouvant être la
résultante de la seconde. Du moins pour le cas du pays du Cèdre.
Le pays a toujours été le décor — mortuaire —
de guerres qui, dans d’énormes proportions, n’ont jamais été les
siennes.
Sa position géostratégique, ses ressources
naturelles — notamment l’eau —, sont à l’origine de ses
cauchemars.
Fort d’un tissu « identitaire » inédit dans
un Moyen-Orient « débarrassé » de sa diversité — malheureusement
—, le Liban n’arrive plus, depuis la guerre de 1975, à faire de
ses diversités la pierre angulaire d’un système politico-social
qui pourrait faire exception dans la région.
C’est que les principaux protagonistes de la
« sale guerre » sont toujours présents, à travers leur
progéniture. Ce qui a fait de la scène politique libanaise une
véritable scène collégiale.
Ajoutons à cela l’enchevêtrement excessif et
— parfois — répugnant entre le politique et le religieux. En
effet, l’Eglise maronite, les Loges druzes, les Husseiniats
chiites et les mosquées sunnites — dont une frange wahhabite
proche du clan Hariri — sont devenus acteurs incontournables de
la scène politique libanaise. Des acteurs nocifs également. Car,
chaque communauté est en partie une présence étrangère d’une
religion, d’une idéologie. En fin de compte, d’une essence qui
aura des visées.
Cet état de choses est de plus en plus
favorisé par les Accords de Taëf, signés pour « officiellement »
mettre un terme à la guerre civile.
Lesdits accords ont, au contraire, approfondi
la guerre civile, en transférant les batailles du terrain à la
scène politique. Pis, ces accords mettent fin à l’une des plus
vieilles démocraties de la région, en distribuant la « tarte
politique » : un président chrétien, un premier ministre sunnite
et un chef de Parlement chiite. En d’autres termes, des accords
qui délimitent la zone de chaque communauté.
A travers l’actuelle crise qui frappe le
Liban, les Accords de Taëf prouvent encore leur futilité. Les
communautés chrétiennes et druzes sont réduites au silence,
alors que les sunnites approuvent du bout des lèvres l’opération
menée par le Hezbollah contre Israël.
Peu importe l’issue de cette guerre ou la
justesse ou non de l’entreprise initiée par le Parti de Dieu. Ce
qui prime aujourd’hui consiste à immuniser le Liban contre toute
ingérence étrangère qui menacerait son intégrité territoriale et
son autodétermination. Tout cela passe impérativement par
l’indépendance du pays et de ses institutions, indépendance qui
passe, pour sa part, par le démarrage d’un processus de paix
libano-libanais qui mettrait un terme à la mascarade légitimée
et pérennisée par les Accords de Taëf. Il y va de la survie du
Liban et de la démocratie dans la région. A bon entendant !.