Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Les limites du rôle français au Liban
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Opinion

 Les limites du rôle français au Liban

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

Où est la France dans la crise du Liban ?, se demandent de nombreux Libanais et Arabes. Ils s’attendaient à ce que l’Hexagone joue un rôle plus grand face à l’agression israélienne. De nombreux Américains et Européens se sont également posé la question et ont critiqué ce qu’ils ont considéré comme une hésitation de la part de la France à réaliser la stabilité au Sud-Liban.

Dans les moments de crise, les Arabes se tournent souvent vers Paris pour trouver un soutien. Parmi les grandes forces du monde d’aujourd’hui, la France représente le seul soutien international à même de réduire l’hégémonie politique des Etats-Unis. En effet, les différends au sein de l’Union Européenne (UE) ne permettent pas aux Arabes d’aspirer à un rôle quelconque de sa part. De plus, les comptes de la Russie fédérale et les équilibres qui régissent ses positions ne permettent pas toujours de parier sur sa position. Quant à la Chine, dont le pouvoir politique international prend de plus en plus d’ampleur, elle penche pour le retardement de tout affrontement politique avec les Etats-Unis. C’est ainsi que la France est devenue le seul refuge face aux Etats-Unis. S’il en est ainsi de manière générale pour les Arabes, ça l’est encore plus pour les Libanais, que ce soit pour des raisons historiques, de culture ou d’intérêts communs qui lient les deux pays. Les Libanais s’attendaient donc à ce que la France joue un certain rôle. Mais le rôle français n’a pas répondu à leurs aspirations. En effet, Paris a longuement hésité avant de présenter un véritable soutien au renforcement des Forces des Nations-Unies, la Finul.

Cela signifie-t-il que la France a abandonné le Liban dans sa crise, malgré tous les liens qui les attachent ? Il existe en effet un sentiment accru au niveau libanais et arabe de déficience du rôle français. Les Libanais et les Arabes ont, en effet, développé de grands espoirs quand Paris a essayé au début de la crise de faire promulguer une résolution au Conseil de sécurité en faveur du Liban. On aspirait à ce que Paris parvienne à influencer les discussions du Conseil de sécurité pour les diriger dans la direction opposée à celle prise par Washington. Mais la situation était beaucoup plus compliquée.

Cependant, la France a joué un rôle indéniable dans la limitation des ambitions américaines. En effet, dès que les régimes arabes officiels ont retrouvé leur cohérence et ont commencé leurs mouvements organisés effectués par les ministres émirati et qatari des Affaires étrangères et par le secrétaire général de la Ligue arabe, le rôle français est devenu plus influent. Paris a présenté un fort soutien au mouvement arabe au Conseil de sécurité. Un soutien qui a abouti à un changement palpable dans les clauses les plus importantes du projet de la première résolution sur laquelle elle travaillait avec les Etats-Unis. Dans ce contexte, nous ne pouvons oublier la déclaration du président Chirac selon laquelle le refus d’un cessez-le-feu immédiat était un choix immoral.

Il est vrai que la résolution 1 701 reste défectueuse, mais elle est bien meilleure que le projet de résolution ultérieur, car l’action arabe organisée sur une position conjointe a donné à Paris une base sur laquelle elle pouvait travailler. Sans cette base, c’est-à-dire avant la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères à Beyrouth, il était difficile pour Paris de faire plus qu’elle n’a fait.

Par contre, nombreux sont ceux qui se sont hâtés d’attaquer la position française concernant le renforcement des forces internationales au Sud-Liban quand la France a hésité à envoyer un plus grand nombre de soldats et d’officiers. Nous avons oublié le grand rôle joué par la France pour préserver ces forces durant la guerre. Ce, au moment où Israël exerçait d’énormes pressions sur elle pour qu’elle permette la formation de nouvelles forces complètement différentes dans le cadre du chapitre 7 de la Charte de l’Onu. C’est pourquoi Israël a attaqué intentionnellement l’une des unités de ces forces pour créer un état de peur. Israël a aussi imposé un blocage étouffant à ces forces au point que leurs approvisionnements et leurs mouvements logistiques allaient s’épuiser. Ceci se passait au moment où l’on parlait du déploiement de nouvelles forces internationales dans les régions investies par l’Onu ainsi qu’à l’extérieur.

Cependant, la France a réussi à faire avorter ce plan israélien en assurant des moyens d’approvisionnement à ces forces et par conséquent à alléger l’ampleur du blocus qui leur était imposé. Si la France n’avait pas joué ce rôle, la Finul n’aurait probablement pas pu préserver sa présence, ni la délégation arabe au Conseil de sécurité n’aurait pu insister à sa consolidation au lieu de former une nouvelle force.

La France, qui a protégé autant que possible la Finul pendant la guerre, a hésité à renforcer cette force selon la résolution 1 701 à cause d’un différend dans les institutions de prise de décision. Certaines ont mis en garde contre le mystère qui entoure le rôle que doivent jouer désormais ces forces. Le compromis présent dans la résolution 1 701 est venu aux dépens de la clarification de la mission de ces forces. Certains Français ont alors estimé que la situation ne permettait pas d’assurer les garanties suffisantes à la sécurité des membres de cette force internationale. De plus, l’atmosphère entourant la mise à exécution de la résolution 1 701 ne porte pas à l’optimisme, surtout qu’Israël l’a violée à plus d’une reprise. La diplomatie française craint alors que ces forces internationales ne deviennent une partie du problème et non un moyen de le résoudre. Cependant, le président Chirac a pris à sa charge l’envoi de 2 000 éléments malgré l’opposition du commandement de l’armée française et surtout du commandement de l’Infanterie.

En effet, le commandement militaire français craint la répétition de deux expériences pénibles. La première au Liban, en octobre 1983, lorsque 58 officiers et soldats français sont morts dans un attentat suicide contre les forces multinationales, et la seconde en Bosnie quand la France a déploré la mort de 80 militaires.

Cependant, le président Chirac n’a pas voulu décevoir ceux qui croyaient à la grandeur du rôle français. Il est vrai que nombreux sont ceux qui attendaient une plus grande contribution française dans le renforcement de la Finul, s’élevant à 4 000 éléments. Mais envoyer 1 800 nouveaux éléments (il y en avait déjà 200) suffit à confirmer l’engagement de Paris en prenant en considération le différend interne autour des limites de cet engagement, outre la problématique de la sécurité des officiers et des soldats français. Sans oublier la volonté de Paris d’éviter de s’engager dans un conflit entre deux parties : Washington, qui mène une guerre contre le terrorisme sur laquelle les Français ont de nombreuses réserves, et le radicalisme religieux national représenté par le Hezbollah.

En évaluant le rôle de la France, on ne peut oublier que le Liban a beaucoup changé. Le rôle français n’est plus toujours si bien accueilli par les différentes parties libanaises. De plus, le modèle présenté par le Hezbollah diffère entièrement de l’image que se font les Français du Liban. Les années 1980 ont fait une grande différence. En effet, l’évacuation de la Résidence des pins en mars 1986, qui est un palais culturel où habitait le représentant de la France, a marqué une nouvelle étape de la relation entre Paris et Beyrouth.

Nous ne pouvons demander des comptes à la France parce qu’elle ne joue pas un plus grand rôle au Liban tout simplement parce que son rôle dans ce pays est limité depuis déjà plus de deux décennies. Nous devons chercher les raisons de cette limitation si nous tenons vraiment au rôle français.

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