Le
discours sur les accidents ferroviaires en Egypte n’a pas de
date précise. Il se répète fréquemment. Nous aurions même envie
de dire que nous avons atteint un état critique de catastrophes
aiguës allant, il faut bien le dire, jusqu’à l’accoutumance.
Toutefois, la répétition de ces accidents ne crée nullement la
volonté d’y mettre un terme ou de remédier à leurs causes. Une
situation qui reflète clairement l’indifférence, que ce soit au
niveau de l’Etat ou des individus. C’est ainsi que la gestion
d’un organisme aussi colossal que l’Organisme des chemins de fer,
des transports maritimes ou de la circulation dans les zones
urbaines ou sur les autoroutes ne se base pas sur les procédés
scientifiques. Cette gestion s’appuie plutôt sur une politique
de laisser-aller et de négligence qui mène à la corruption et
par conséquent à des catastrophes humaines et à des pertes
matérielles considérables.
Dans toutes les catastrophes survenues au
cours de ces dernières années (collision des trains, naufrage de
ferries ou renversement d’autobus), nous découvrons que le point
commun est la négligence associée au manque d’intérêt accordé à
la maintenance et à la modernisation. C’est un fléau auquel
prennent part les responsables et qui se reflète sur le
comportement des citoyens. C’est ainsi que personne ne trouve
d’inconvénient à transgresser le code de la route, à saboter les
sièges et les fenêtres des trains ou à piloter un ferry ou
conduire un train ne possédant aucun élément de sécurité.
Depuis que le ministre Al-Démeiri a été
limogé, il y a quelques années, à la suite de l’accident du
train survenu en Haute-Egypte qui a causé la mort de centaines
de personnes, tout le monde sait que l’Organisme des chemins de
fer est en piteux état. Tous les ministres des Transports,
depuis Soliman Métoualli, qui est resté 20 ans à ce poste,
devaient assumer la responsabilité de longues années de
négligence. Le fait qui a rendu le voyage en train un véritable
périple aux conséquences fâcheuses.
Il est clair que ceci est dû au fait que
l’Etat a accordé tout son intérêt au percement de nouvelles
routes et à la construction de ponts qui servent l’industrie et
le commerce des véhicules et des moyens de transport rapides
qui, en général, desservent les classes aisées. Par contre,
l’Etat n’a consacré aucun budget à la modernisation des chemins
de fer dont les usagers sont des milliers de fonctionnaires, de
paysans et d’ouvriers. Je parie qu’aucun grand responsable ni
ministre n’a pris le train depuis son accession à son poste pour
avoir une simple idée du calvaire vécu par les passagers.
Par conséquent, ne pas accorder la priorité à
l’amélioration des chemins de fer semble chose logique et
naturelle à la lumière d’une politique dont l’objectif est de
servir les hommes d’affaires et de leur faciliter la vie. On a
toujours accordé la priorité à la création de lignes de trains
luxueux et rapides pour le service des hommes d’affaires, sous
prétexte d’utiliser leurs revenus pour faire fonctionner les
trains des pauvres. Cependant, je suis convaincu que ces pauvres
sont prêts à accepter une augmentation raisonnable des prix des
billets de train s’ils reçoivent en contrepartie un service
convenable.
Le gouvernement a enfin alloué les sommes
nécessaires à la réorganisation prévue dans les deux prochaines
années. L’essentiel est que la priorité soit accordée à
l’amélioration des mesures de sécurité et des niveaux des trains
utilisés par la majorité des passagers. Il vaudrait même mieux
annuler les wagons de la mort appelés la troisième classe. Ces
sommes ne doivent pas être consacrées au service des hommes
d’affaires. De toute façon, ils ne prennent pas ces trains.