Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | L’Onu à l’épreuve
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 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

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Monde Arabe

Liban . La Finul élargie commence à prendre corps avec l’engagement des pays européens. Mais la question de sa surveillance de la frontière syrienne, condition posée par Israël à la levée du blocus du Liban, est loin d’être résolue.

L’Onu à l’épreuve

La force intérimaire des Nations-Unies au Liban (Finul) renforcée devrait commencer son déploiement au Liban d’ici une semaine. C’est ce qu’a déclaré le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, qui s’est rendu lundi dernier à Beyrouth, première étape d’une large tournée régionale (Israël, Qatar, Turquie, Arabie saoudite, Egypte, Jordanie, Syrie, Iran) destinée à assurer la mise en œuvre de la résolution 1 701 du Conseil de sécurité. La Finul II a commencé en effet à prendre corps avec l’engagement des Européens d’y contribuer pour plus de 7 000 hommes et de l’Italie, qui devait envoyer mardi les premiers éléments de son contingent, espère être rapidement suivie par ses partenaires. Le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, dont le pays fournira les troupes les plus nombreuses (2 à 3 000 hommes) et M. Annan ont insisté samedi sur l’importance de « donner cours rapidement aux engagements pris ». La France, qui a déjà envoyé 200 hommes au Liban pour renforcer sa présence dans « l’ancienne » Finul, déploiera de nouvelles forces sur le terrain « d’ici 20 jours », selon sa ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. La France qui assurera jusqu’en février prochain le commandement de la Finul renforcée avant de passer la main à l’Italie, s’est engagée pour 2 000 hommes. L’Espagne, troisième contributeur européen, devrait fournir pour sa part 950 hommes.

Le déploiement d’une force internationale est prévu par la résolution 1 701 du Conseil de sécurité de l’Onu, qui a permis d’arriver le 14 août à une trêve entre Israël et la milice chiite du Hezbollah libanais, après un mois de durs combats. Cette force doit compter au maximum jusqu’à 15 000 hommes, au lieu des 2 000 de l’actuelle Finul, afin d’épauler l’armée libanaise.

Avec 7 000 hommes, les Européens compteront pour près de la moitié dans les effectifs, que Kofi Annan cherche à compléter avec la contribution d’autres pays, notamment asiatiques. A la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne (UE) vendredi, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Grèce, la Suède, la Norvège avaient également promis une contribution à la Finul.

L’arrivée rapide de renforts européens devrait pérenniser la trêve dans le sud du Liban mais le problème-clé de la surveillance de la frontière syrienne est loin d’être résolu. La Finul élargie doit permettre à l’armée israélienne d’achever son retrait du Sud-Liban et à l’armée libanaise d’en reprendre le contrôle. Mais Beyrouth a refusé d’appeler à l’aide les troupes internationales pour surveiller à ses côtés la frontière avec la Syrie. Damas refuse ce déploiement et a menacé d’y répondre en fermant cette frontière, étranglant le Liban toujours soumis au blocus d’Israël. La Syrie est un passage obligé pour le transport des marchandises libanaises vers les pays arabes, ainsi que pour le commerce de transit via les ports de Beyrouth et Tripoli, dans le nord du Liban.

L’éventualité du déploiement d’une force internationale à la frontière libano-syrienne est perçue par la Syrie comme une tentative inspirée par Israël de couper les liens entre Damas et Beyrouth. Or, c’est par la Syrie que passe, selon Israël, l’armement du Hezbollah, avec lequel la milice a tenu en échec le Tsahal et tiré 4 000 roquettes sur les localités du nord d’Israël. Et les autorités israéliennes exigent que ce soit la Finul qui surveille la contrebande d’armes, en en faisant la condition à la levée du blocus. La résolution 1 701 du Conseil de sécurité de l’Onu, qui a mis un terme le 14 août à plus d’un mois de guerre entre Israël et le Hezbollah, demande au Liban de renforcer ses contrôles aux frontières afin d’empêcher l’entrée illicite d’armes sur son territoire. Le texte prie la Finul de « prêter assistance » au gouvernement libanais s’il le demande.

Le rôle de l’UE en question

Perçus surtout comme des bailleurs de fonds au Proche-Orient, les Européens se sont donné une chance d’y exercer également une influence politique majeure, grâce à leur rôle moteur au sein de la nouvelle force internationale au Liban. Avec plus de la moitié des troupes qui vont se déployer au Liban sud, l’engagement européen constitue « une occasion historique », a souligné vendredi le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos, grand connaisseur du Proche-Orient. « L’heure est arrivée pour des initiatives européennes de relance de la paix au Proche-Orient », a-t-il ajouté. L’Italie, qui a joué un rôle pionnier dans l’engagement européen, a également espéré qu’il permettrait une nouvelle influence européenne dans la région. « C’est la première fois que l’Europe assume une responsabilité aussi forte dans la région et nous espérons un tournant, pas seulement pour la stabilisation à la frontière entre Israël et le Liban, mais aussi pour pousser à la paix dans toute la région », a expliqué son ministre des Affaires étrangères, Massimo D’Alema. « L’Union européenne est en train de prouver qu’elle devient une Union politique, qu’elle joue un rôle en termes de politique étrangère dans cet endroit du monde », a estimé le ministre français Philippe Douste-Blazy.

Jusqu’ici, l’influence européenne au Proche-Orient, malgré plusieurs milliards d’euros dépensés chaque année, est restée limitée en raison notamment de la méfiance d’Israël, de la prééminence des Etats-Unis mais aussi d’un manque de détermination. Les Européens ont cependant gagné en influence depuis la création du Quartette sur le Proche-Orient, qui réunit depuis fin 2001 les Etats-Unis, l’UE, l’Onu et la Russie. Preuve : l’acceptation par les Israéliens d’une présence européenne au terminal de Rafah, où près d’une centaine d’experts aident depuis novembre 2005 au contrôle de la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza. Avec la force au Liban, ces premiers pas pourraient devenir « un saut » en avant, espère l’UE. Mais, reconnaît-elle, il va falloir bien gérer la force, une force à la mission difficile dans une région complexissime.

Hicham Mourad

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Le Parti de Dieu omniprésent

Le Hezbollah devance le gouvernement dans la reconstruction du pays, faisant grincer des dents au Liban et ailleurs.

Deux semaines après le cessez-le-feu, le Hezbollah a accentué son avance sur l’Etat libanais dans la reconstruction, notamment dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth, où il a quasiment terminé de recenser les dégâts. Les équipes du Djihad Al-Bina (Le Combat pour la reconstruction), une association du parti rompue à ce type d’opérations, se sont installées dans un des rares bâtiments du Hezbollah épargné par les bombardements israéliens. Ce bâtiment est devenu une véritable ruche dans laquelle s’affairent quelque 300 bénévoles, dont plusieurs dizaines d’ingénieurs penchés sur des plans hachurés de rouge et de vert. « Nous avons divisé la banlieue sud en 86 zones, chacune confiée à une équipe formée d’un ingénieur et de trois assistants, chargée de relever les dégâts. Les cercles rouges identifient les quartiers complètement détruits, les verts les zones moyennement atteintes », explique le chef des équipes, Ghanem Slim. « Le relevé est terminé à 90 %. Nous avons répertorié jusqu’à présent 182 immeubles complètement détruits et 192 partiellement dégradés », dit-il. Au total, 4 000 appartements ont été totalement dévastés dans la banlieue sud. « La semaine prochaine, nous commençons la restauration des appartements endommagés. Il s’agira d’un menu à la carte, qui se fera en coordination avec les propriétaires et les locataires », affirme-t-il.

Dès la fin des combats le 14 août, le Hezbollah a commencé à distribuer une aide d’urgence de 12 000 dollars aux familles dont les habitations ont été complètement détruites — soit 15 000 logements environ — pour qu’elles puissent se reloger et s’équiper pendant un an. Ce n’est que dix jours plus tard que le premier ministre, Fouad Siniora, a invité les Libanais à présenter leurs dossiers en vue de leur indemnisation. Parallèlement, le chantier de la banlieue sud de Beyrouth continue à tourner à plein régime et le Hezbollah, assisté par les municipalités qui lui sont dévolues, reste seul maître du terrain. Samedi, une noria de camions a déversé dans une décharge près de l’aéroport de Beyrouth des milliers de tonnes de gravats et tous les principaux axes de la banlieue sud ont ainsi pu être dégagés.

Même constatation au Sud-Liban, où les hommes du Hezbollah restent très présents et constituent souvent, dans les villages désertés à la frontière avec Israël, la majeure présence humaine visible. Outre son rôle auto-assigné de vigie, le Parti de Dieu s’active aussi sur le terrain humanitaire dans cette région majoritairement chiite. Le mouvement, qui contrôle une soixantaine des 230 municipalités du Sud-Liban, notamment dans les zones les plus affectées, apporte son soutien là où la vie tente de reprendre dans les décombres des maisons bombardées. Son association de bienfaisance, Djihad Al-Bina, a rapidement proposé ses services le jour même de la trêve, offrant d’évaluer les dégâts dans les habitations et les pertes dans les champs. Elle dépêche des bulldozers pour dégager les décombres et distribue la première aide de 12 000 dollars aux familles désormais sans abri pour leur permettre de se reloger pendant un an. Le Hezbollah ayant fait état de 15 000 familles dans ce cas, cela fait environ 180 millions de dollars déboursés en quelques jours, ce qui représente une prouesse d’organisation. L’organisation a aussi demandé aux Libanais de constituer un dossier complet, photos à l’appui et certifié par un document de leur maire, afin d’obtenir des compensations.

La rapidité de réaction du Hezbollah, qui a déjà déboursé plus de 150 millions de dollars, selon des sources proches du parti, a déjà fait grincer des dents au Liban et ailleurs. Le directeur du Djihad Al-Bina, Kassem Alaeddine, rejette les accusations de monopole : « Nous avons pris les devants car il y avait urgence et pour rendre l’espoir aux gens. Nous sommes prêts à céder la place si l’Etat se met au travail », assure-t-il. L’Arabie Saoudite et le Koweït ont déjà débloqué 800 millions de dollars qui attendent toujours d’être affectés.

Les dégâts matériels directs ont été estimés à 3,4 milliards de dollars par le Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR), qui fut le maître d’œuvre, au début des années 1990, de la reconstruction du pays après la guerre du Liban (1975-1990). Les dégâts directs causés par 15 ans de guerre à l’infrastructure (eau, électricité, égouts, routes, écoles, bâtiments publics) avaient alors été estimés à 12 milliards de dollars. En 34 jours, Israël a réussi à atteindre le quart de ce montant.

 




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