|
|
|
|
|
Liban .
La Finul élargie commence à prendre corps avec l’engagement des
pays européens. Mais la question de sa surveillance de la
frontière syrienne, condition posée par Israël à la levée du
blocus du Liban, est loin d’être résolue.
L’Onu à l’épreuve
La
force intérimaire des Nations-Unies au Liban (Finul) renforcée
devrait commencer son déploiement au Liban d’ici une semaine.
C’est ce qu’a déclaré le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan,
qui s’est rendu lundi dernier à Beyrouth, première étape d’une
large tournée régionale (Israël, Qatar, Turquie, Arabie saoudite,
Egypte, Jordanie, Syrie, Iran) destinée à assurer la mise en
œuvre de la résolution 1 701 du Conseil de sécurité. La Finul II
a commencé en effet à prendre corps avec l’engagement des
Européens d’y contribuer pour plus de 7 000 hommes et de
l’Italie, qui devait envoyer mardi les premiers éléments de son
contingent, espère être rapidement suivie par ses partenaires.
Le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, dont le pays
fournira les troupes les plus nombreuses (2 à 3 000 hommes) et
M. Annan ont insisté samedi sur l’importance de « donner cours
rapidement aux engagements pris ». La France, qui a déjà envoyé
200 hommes au Liban pour renforcer sa présence dans « l’ancienne
» Finul, déploiera de nouvelles forces sur le terrain « d’ici 20
jours », selon sa ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.
La France qui assurera jusqu’en février prochain le commandement
de la Finul renforcée avant de passer la main à l’Italie, s’est
engagée pour 2 000 hommes. L’Espagne, troisième contributeur
européen, devrait fournir pour sa part 950 hommes.
Le déploiement d’une force internationale est
prévu par la résolution 1 701 du Conseil de sécurité de l’Onu,
qui a permis d’arriver le 14 août à une trêve entre Israël et la
milice chiite du Hezbollah libanais, après un mois de durs
combats. Cette force doit compter au maximum jusqu’à 15 000
hommes, au lieu des 2 000 de l’actuelle Finul, afin d’épauler
l’armée libanaise.
Avec 7 000 hommes, les Européens compteront
pour près de la moitié dans les effectifs, que Kofi Annan
cherche à compléter avec la contribution d’autres pays,
notamment asiatiques. A la réunion des ministres des Affaires
étrangères de l’Union Européenne (UE) vendredi, la Belgique, le
Danemark, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Grèce, la Suède,
la Norvège avaient également promis une contribution à la Finul.
L’arrivée rapide de renforts européens
devrait pérenniser la trêve dans le sud du Liban mais le
problème-clé de la surveillance de la frontière syrienne est
loin d’être résolu. La Finul élargie doit permettre à l’armée
israélienne d’achever son retrait du Sud-Liban et à l’armée
libanaise d’en reprendre le contrôle. Mais Beyrouth a refusé
d’appeler à l’aide les troupes internationales pour surveiller à
ses côtés la frontière avec la Syrie. Damas refuse ce
déploiement et a menacé d’y répondre en fermant cette frontière,
étranglant le Liban toujours soumis au blocus d’Israël. La Syrie
est un passage obligé pour le transport des marchandises
libanaises vers les pays arabes, ainsi que pour le commerce de
transit via les ports de Beyrouth et Tripoli, dans le nord du
Liban.
L’éventualité du déploiement d’une force
internationale à la frontière libano-syrienne est perçue par la
Syrie comme une tentative inspirée par Israël de couper les
liens entre Damas et Beyrouth. Or, c’est par la Syrie que passe,
selon Israël, l’armement du Hezbollah, avec lequel la milice a
tenu en échec le Tsahal et tiré 4 000 roquettes sur les
localités du nord d’Israël. Et les autorités israéliennes
exigent que ce soit la Finul qui surveille la contrebande
d’armes, en en faisant la condition à la levée du blocus. La
résolution 1 701 du Conseil de sécurité de l’Onu, qui a mis un
terme le 14 août à plus d’un mois de guerre entre Israël et le
Hezbollah, demande au Liban de renforcer ses contrôles aux
frontières afin d’empêcher l’entrée illicite d’armes sur son
territoire. Le texte prie la Finul de « prêter assistance » au
gouvernement libanais s’il le demande.
Le rôle de l’UE en question
Perçus surtout comme des bailleurs de fonds
au Proche-Orient, les Européens se sont donné une chance d’y
exercer également une influence politique majeure, grâce à leur
rôle moteur au sein de la nouvelle force internationale au Liban.
Avec plus de la moitié des troupes qui vont se déployer au Liban
sud, l’engagement européen constitue « une occasion historique
», a souligné vendredi le chef de la diplomatie espagnole Miguel
Angel Moratinos, grand connaisseur du Proche-Orient. « L’heure
est arrivée pour des initiatives européennes de relance de la
paix au Proche-Orient », a-t-il ajouté. L’Italie, qui a joué un
rôle pionnier dans l’engagement européen, a également espéré
qu’il permettrait une nouvelle influence européenne dans la
région. « C’est la première fois que l’Europe assume une
responsabilité aussi forte dans la région et nous espérons un
tournant, pas seulement pour la stabilisation à la frontière
entre Israël et le Liban, mais aussi pour pousser à la paix dans
toute la région », a expliqué son ministre des Affaires
étrangères, Massimo D’Alema. « L’Union européenne est en train
de prouver qu’elle devient une Union politique, qu’elle joue un
rôle en termes de politique étrangère dans cet endroit du monde
», a estimé le ministre français Philippe Douste-Blazy.
Jusqu’ici, l’influence européenne au Proche-Orient,
malgré plusieurs milliards d’euros dépensés chaque année, est
restée limitée en raison notamment de la méfiance d’Israël, de
la prééminence des Etats-Unis mais aussi d’un manque de
détermination. Les Européens ont cependant gagné en influence
depuis la création du Quartette sur le Proche-Orient, qui réunit
depuis fin 2001 les Etats-Unis, l’UE, l’Onu et la Russie. Preuve
: l’acceptation par les Israéliens d’une présence européenne au
terminal de Rafah, où près d’une centaine d’experts aident
depuis novembre 2005 au contrôle de la frontière entre l’Egypte
et la bande de Gaza. Avec la force au Liban, ces premiers pas
pourraient devenir « un saut » en avant, espère l’UE. Mais,
reconnaît-elle, il va falloir bien gérer la force, une force à
la mission difficile dans une région complexissime.
Hicham Mourad |
|

|
 |
|
|
Le Parti de Dieu omniprésent
Le Hezbollah devance le gouvernement dans la
reconstruction du pays, faisant grincer des dents au Liban et
ailleurs.
Deux semaines après le cessez-le-feu, le
Hezbollah a accentué son avance sur l’Etat libanais dans la
reconstruction, notamment dans son bastion de la banlieue sud de
Beyrouth, où il a quasiment terminé de recenser les dégâts. Les
équipes du Djihad Al-Bina (Le Combat pour la reconstruction),
une association du parti rompue à ce type d’opérations, se sont
installées dans un des rares bâtiments du Hezbollah épargné par
les bombardements israéliens. Ce bâtiment est devenu une
véritable ruche dans laquelle s’affairent quelque 300 bénévoles,
dont plusieurs dizaines d’ingénieurs penchés sur des plans
hachurés de rouge et de vert. « Nous avons divisé la banlieue
sud en 86 zones, chacune confiée à une équipe formée d’un
ingénieur et de trois assistants, chargée de relever les dégâts.
Les cercles rouges identifient les quartiers complètement
détruits, les verts les zones moyennement atteintes », explique
le chef des équipes, Ghanem Slim. « Le relevé est terminé à 90
%. Nous avons répertorié jusqu’à présent 182 immeubles
complètement détruits et 192 partiellement dégradés », dit-il.
Au total, 4 000 appartements ont été totalement dévastés dans la
banlieue sud. « La semaine prochaine, nous commençons la
restauration des appartements endommagés. Il s’agira d’un menu à
la carte, qui se fera en coordination avec les propriétaires et
les locataires », affirme-t-il.
Dès la fin des combats le 14 août, le
Hezbollah a commencé à distribuer une aide d’urgence de 12 000
dollars aux familles dont les habitations ont été complètement
détruites — soit 15 000 logements environ — pour qu’elles
puissent se reloger et s’équiper pendant un an. Ce n’est que dix
jours plus tard que le premier ministre, Fouad Siniora, a invité
les Libanais à présenter leurs dossiers en vue de leur
indemnisation. Parallèlement, le chantier de la banlieue sud de
Beyrouth continue à tourner à plein régime et le Hezbollah,
assisté par les municipalités qui lui sont dévolues, reste seul
maître du terrain. Samedi, une noria de camions a déversé dans
une décharge près de l’aéroport de Beyrouth des milliers de
tonnes de gravats et tous les principaux axes de la banlieue sud
ont ainsi pu être dégagés.
Même constatation au Sud-Liban, où les hommes
du Hezbollah restent très présents et constituent souvent, dans
les villages désertés à la frontière avec Israël, la majeure
présence humaine visible. Outre son rôle auto-assigné de vigie,
le Parti de Dieu s’active aussi sur le terrain humanitaire dans
cette région majoritairement chiite. Le mouvement, qui contrôle
une soixantaine des 230 municipalités du Sud-Liban, notamment
dans les zones les plus affectées, apporte son soutien là où la
vie tente de reprendre dans les décombres des maisons bombardées.
Son association de bienfaisance, Djihad Al-Bina, a rapidement
proposé ses services le jour même de la trêve, offrant d’évaluer
les dégâts dans les habitations et les pertes dans les champs.
Elle dépêche des bulldozers pour dégager les décombres et
distribue la première aide de 12 000 dollars aux familles
désormais sans abri pour leur permettre de se reloger pendant un
an. Le Hezbollah ayant fait état de 15 000 familles dans ce cas,
cela fait environ 180 millions de dollars déboursés en quelques
jours, ce qui représente une prouesse d’organisation.
L’organisation a aussi demandé aux Libanais de constituer un
dossier complet, photos à l’appui et certifié par un document de
leur maire, afin d’obtenir des compensations.
La rapidité de réaction du Hezbollah, qui a
déjà déboursé plus de 150 millions de dollars, selon des sources
proches du parti, a déjà fait grincer des dents au Liban et
ailleurs. Le directeur du Djihad Al-Bina, Kassem Alaeddine,
rejette les accusations de monopole : « Nous avons pris les
devants car il y avait urgence et pour rendre l’espoir aux gens.
Nous sommes prêts à céder la place si l’Etat se met au travail
», assure-t-il. L’Arabie Saoudite et le Koweït ont déjà débloqué
800 millions de dollars qui attendent toujours d’être affectés.
Les dégâts matériels directs ont été estimés
à 3,4 milliards de dollars par le Conseil du Développement et de
la Reconstruction (CDR), qui fut le maître d’œuvre, au début des
années 1990, de la reconstruction du pays après la guerre du
Liban (1975-1990). Les dégâts directs causés par 15 ans de
guerre à l’infrastructure (eau, électricité, égouts, routes,
écoles, bâtiments publics) avaient alors été estimés à 12
milliards de dollars. En 34 jours, Israël a réussi à atteindre
le quart de ce montant. |
|