L’Iraq parviendra-t-il à enrayer la violence
? C’est du moins ce qu’ont essayé de faire les tribus. Des
centaines de chefs tribaux iraqiens ont signé samedi un « pacte
d’honneur », s’engageant à soutenir le plan de réconciliation
nationale du premier ministre, destiné à mettre un terme à la
violence.
« Réalisant la gravité de la situation que
connaît notre pays, nous nous engageons devant Dieu et le peuple
d’Iraq à protéger sérieusement et sincèrement l’unité de notre
pays », précise le pacte signé au cours d’une conférence
nationale. Les chefs de tribus s’engagent aussi à « tout mettre
en œuvre pour (...) faire cesser les violences sectaires et le
bain de sang qui n’ont rien à voir avec nos valeurs ». Les chefs
de tribus ont promis de « préserver le pays, de faire cesser les
carnages et les déplacements de population », a affirmé le
cheikh Faal Neamah, en lisant le document final rédigé par les
participants.
En ouvrant la conférence des chefs de tribus
tenue à Bagdad, le premier ministre Nouri Al-Maliki les avait
incitées « à jouer un rôle important dans la lutte contre les
terroristes, les saboteurs et les infiltrés ». M. Maliki a lancé
: « Vous êtes rassemblés aujourd’hui sous la bannière de la
réconciliation nationale. Aucun Iraqien ne doit être exclu de ce
projet. A ce stade, nous avons besoin de tous : chiites,
sunnites, chrétiens ». Et d’ajouter « L’Iraq ne sera pas bâti
par la violence mais le dialogue. Pour libérer notre pays de la
présence des forces étrangères, nous avons besoin d’unité et de
consensus national ».
Pour sa part, le secrétaire d’Etat au
Dialogue national, Akram Al-Hakim, a estimé que « la
réconciliation nationale sera un succès si les différents
groupes parviennent à faire des compromis ».
Les tribus ont une influence considérable
dans la société iraqienne, notamment dans les campagnes, où le
clan joue un rôle capital. Les tribus constituent le pilier de
l’organisation traditionnelle de la société iraqienne. De taille
variable, divisées en clans et dirigées par les cheikhs, les
tribus réunissent des individus unis par des liens de parenté,
vivant dans la même région, mais n’ayant pas nécessairement la
même religion.
Ce pacte est donc un élément important pour
le programme de réconciliation nationale présenté il y a un mois
par Al-Maliki, dont le gouvernement n’arrive pas à contrôler les
affrontements entre chiites et sunnites ni l’insurrection
majoritairement sunnite, qui ont en tout fait au moins 10 000
morts depuis mai et la prise de fonctions du gouvernement.
Bien qu’il s’agisse d’un pas certainement
positif, plusieurs politologues ne sont pas assez optimistes de
l’efficacité de ce « pacte d’honneur ».
« Il s’agit, certes, d’un effort louable,
mais à long terme, cette initiative ne réussira pas », a estimé
l’un d’eux. Pourquoi ? Parce que cette réunion n’a pas pris en
considération les autres groupes et forces iraqiens qui agissent
sur le terrain et qui sont presque incontrôlables. « Le chemin
de la réconciliation est long et raboteux. Cet accord est
important, mais ce qui est plus important c’est son application.
Les diverses forces politiques parviendront-elles à maîtriser
leurs convoitises au profit de l’intérêt de l’Etat ? », se
demande, de son côté, le Dr Emad Gad, rédacteur en chef
d’Israeli Digests.
Pour d’autres analystes, cet accord a ignoré
la raison essentielle de la violence, à savoir la présence des
forces de coalition. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à
des résultats très tangibles.
Tous les doutes des observateurs ont vraiment
leur raison d’être. Déjà, au moment où les chefs tribaux
tentaient de s’unir, le chef du Conseil Suprême de la Révolution
Islamique en Iraq (CSRII), l’un des principaux partis chiites,
Abdel-Aziz Al-Hakim, demandait à ses militants de « convaincre
les gens » des avantages du fédéralisme.
« La meilleure assurance pour notre peuple,
c’est de mettre en œuvre le fédéralisme dans les provinces du
centre et du sud, à l’issue d’une consultation du peuple », a
affirmé M. Hakim.
Le fédéralisme est vivement combattu par les
sunnites, qui craignent de se retrouver isolés dans des
provinces désertiques, tandis que les Kurdes dans le nord et les
chiites dans le sud se partageraient les ressources pétrolières
du pays.
Le chef radical chiite Moqtada Sadr a affirmé,
à plusieurs reprises, son opposition au fédéralisme, inscrit
dans la Constitution iraqienne adoptée en octobre 2005, au nom
de l’unité nationale.
Sur le terrain, juste au lendemain de la
réunion, les insurgés ont continué leurs actions, écartant toute
chance d’enrayer la violence. Au moins 59 personnes ont été
tuées dimanche dans des attaques en Iraq, où une série
d’attentats a frappé, entre autres, les villes de Bagdad,
Kirkouk (nord) et Bassorah (sud).
Deux attentats ont frappé la capitale, Un
premier attentat suicide visant le quotidien gouvernemental Al-Sabah
a tué deux personnes et fait 25 blessés à Waziriyah, dans le
nord de Bagdad. Le second a fait cinq morts et 15 blessées dans
l’explosion d’une bombe dans le centre-ville, près d’un célèbre
hôtel.
A Kirkouk, un double attentat suicide anti-kurde
à la voiture piégée a tué 10 personnes et en a blessé 50 en
début de soirée.
Plus tôt dans la journée, un attentat suicide
à la voiture piégée contre le siège de l’Union Patriotique du
Kurdistan (UPK), le parti du président iraqien Jalal Talabani,
avait tué un garde kurde et blessé 16 personnes à Kirkouk, à 250
km au nord de Bagdad.
La situation est très instable dans cette
région pétrolière, où cohabitent Kurdes, Arabes sunnites, Arabes
chiites ainsi que chrétiens et Turcomans.
Rania Adel