Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Désamorçage de bon augure
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Palestine . Le Fatah a accepté le principe de la formation d’un gouvernement d’union nationale avec le Hamas. Un gouvernement qui devrait calmer les tensions internes.

Désamorçage de bon augure

Après son échec lors des législatives de janvier dernier et son éclipse de la scène politique palestinienne, le Fatah a décidé de refaire surface dans une volonté de marquer sa présence politique qui a été surpassée par celle du Hamas, mais aussi le désir de sauver le peuple palestinien qui affronte une crise à la fois économique et humanitaire aiguë. A la suite de trois jours de réunions à Amman, le comité central du Fatah, mouvement du président palestinien Mahmoud Abbass, a accepté le principe d’un gouvernement d’union nationale avec le Hamas, afin de mettre fin aux rivalités qu’Israël exploite pour ne pas honorer ses promesses en matière de paix. La formation d’un tel gouvernement devrait, en effet, permettre la levée des sanctions occidentales imposées au lendemain du triomphe électoral du mouvement islamiste. « Avec la période difficile traversée par notre peuple, nous cherchons un moyen d’en sortir et, pour le Fatah et d’autres factions, ce moyen pourrait être un gouvernement d’union nationale faisant face aux défis à venir », a déclaré l’ancien chef du Fatah, Salim Zaanoun, qui dirige le Conseil national palestinien, l’institution exécutive la plus puissante de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Pour sa part, Nabil Chaath, chef expérimenté du Fatah, a déclaré que « le sang palestinien est sacré et nous n’allons pas accepter des luttes intestines. Nous avons convenu de travailler à la formation d’un gouvernement d’union nationale », ajoutant qu’« un gouvernement d’union nationale nous renforcera pour faire face à l’occupation israélienne ». Il a aussi appelé le Hamas à « entamer un dialogue sérieux sur la base du document des prisonniers sans conditions préalables ».

Ce texte, élaboré par des cadres de mouvements palestiniens emprisonnés en Israël, prévoit « la création d’un Etat indépendant sur tous les territoires occupés en 1967 ».

Privilégiant une approche pragmatique des choses, les 17 membres du comité central réunis dans la capitale jordanienne ont précisé ne pas vouloir poser de conditions préalables à leur participation dans un gouvernement d’union nationale. « Nous ne demandons pas au Hamas de reconnaître Israël », a souligné, samedi, Abbass Zaki, responsable du Fatah. « Nous disons que le Hamas peut conserver son idéologie mais qu’il doit permettre à un gouvernement (d’union nationale) de respecter ses obligations internationales », a-t-il expliqué. Le Hamas ne reconnaît pas Israël, ni les accords d’Oslo de 1993, qui prévoient une coexistence pacifique de deux Etats, israélien et palestinien.

Côté Hamas, Sami Abou-Zouhri, porte-parole de l’organisation, s’est réjoui samedi de la décision des dirigeants du Fatah, estimant qu’elle ouvrait la voie, dans une atmosphère constructive, à des consultations. Abou-Zouhri a assuré que le Hamas ne fixerait aucune condition préalable à l’ouverture de négociations.

Selon le Dr Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études arabes : « Toutes les parties palestiniennes sont forcées d’accepter un gouvernement d’union nationale. Pour le Fatah, c’est une chance pour revenir sur la scène politique. Il avait pris l’habitude, depuis sa fondation, d’être en tête du pouvoir et il ne veut pas en être écarté. Pour le Hamas, il a su jusqu’à quel point les Etats-Unis, Israël et l’Union européenne ne le veulent pas et entravent son action. La présence des autres factions, qui sont toujours du côté de l’opposition, les renforcera. Donc, toutes les parties ont intérêt à la création de ce gouvernement ».

Si d’aucuns sont d’accord sur l’importance d’un tel gouvernement, plusieurs doutent de la probabilité de sa formation. « Le Hamas a toujours privilégié son idéologie sur l’intérêt général des Palestiniens. A titre d’exemple, il a auparavant rejeté que l’OLP soit le seul représentant du peuple. Je crois que le Hamas n’est pas prêt à formuler un programme national palestinien qui déterminera ce gouvernement », souligne le Dr Emad Gad, rédacteur en chef d’Israeli Digests.

Relancer le processus de paix

Toujours dans le cadre de vouloir affirmer sa survie politique, le mouvement du Fatah va charger le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass, de présenter à l’Onu un plan de relance du processus de paix basé sur l’« initiative arabe » proposant des relations normales avec Israël en échange des territoires occupés depuis 1967.

Selon Hani Al-Hassan, membre du comité central du Fatah, cette initiative sera « basée sur les résolutions du sommet arabe de Beyrouth ».

Une résolution, adoptée au sommet arabe de Beyrouth en mars 2002, et rejetée par Israël, proposait à l’Etat hébreu une paix globale en échange de son retrait total des territoires arabes occupés en 1967.

Elle préconisait aussi un règlement juste du problème des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’Onu, qui donne aux réfugiés le droit au retour ou à des compensations.

« Nous avons besoin du soutien de tous les pays arabes à cette initiative », a souligné M. Hassan.

Mais si Israël a auparavant rejeté cette initiative, pourrions-nous nous attendre aujourd’hui à un changement dans sa position ? Pour les politologues, la réponse à cette question dépendrait de l’orientation future du gouvernement israélien. En effet, il existe deux tendances qui scindent le cabinet sioniste. « Le premier essaye de tirer la leçon du conflit qui a opposé Israël au Hezbollah et qui opte pour un règlement politique de la cause palestinienne. Le second pense que l’image de l’armée israélienne doit être rectifiée et qu’il faut triompher militairement avant d’accepter un règlement. Ce sont les mois à suivre qui décideront laquelle des deux voies l’Etat hébreu adoptera », conclut le Dr Chokr.

Rania Adel

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