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Le gouvernement
sur le banc des accusés
Critiques et accusations pleuvent. La
collision ferroviaire de Qalioub a suscité un tollé dans la
presse cette semaine.
« Les catastrophes se poursuivent et ne se
ressemblent pas, mais empirent de plus en plus... Il s’agit de
l’accident ferroviaire le plus meurtrier en Egypte depuis quatre
ans », estime l’ensemble de la presse au lendemain de la
collision entre deux trains circulant sur la même voie, faisant
au moins 58 morts et 143 blessées. « L’Histoire enregistrera que
la pire catastrophe ferroviaire du pays reste celle du 22
février 2002, quand un incendie provoqué par un réchaud avait
ravagé un train bondé, à 70 km du Caire, faisant 400 morts »,
rappelle Hamdi Moustapha dans Al-Ahram Al-Arabi. « Le train des
pauvres », « Le malheur des indemnités », « Qui peut venir au
secours des pauvres ? », « Les catastrophes des trains »,« Un
destin taillé à notre mesure »,« Les pauvres de la troisième
classe payent le prix »,« La catastrophe de Qalioub ne sera pas
la dernière », « La négligence est une composante de notre vie
», « La situation des chemins de fer est à son plus bas niveau
»,« Pourquoi le premier ministre ne démissionne-t-il pas ? », «
Le slogan des chemins de fer : acheminer les passagers vers
l’autre monde ! », « Où sont passés les milliards alloués au
développement des chemins de fer ? ».
Les titres sont révélateurs de l’état
d’esprit né suite à cet accident, qui a dévoilé une grave
incurie dans la gestion de ce service public. Sur un ton très
critique, l’hebdomadaire Al-Fagr met en cause directement le
gouvernement dans cette série noire d’accidents. « Le
gouvernement Nazif a tué 21 000 Egyptiens jusqu’à maintenant, un
vrai boucher ». Pour lui, une seule solution s’impose : la
démission. Mais elle n’est même pas suffisante. « La démission
du gouvernement ne suffit pas, il faut le juger pour meurtre
avec préméditation », ajoute Al-Fagr. L’écrivain Adel Hammouda,
rédacteur en chef de cet hebdomadaire indépendant, n’hésite pas
à qualifier le gouvernement de Nazif de « gouvernement de
voleurs ». Mais Hammouda explique qu’il ne « s’agit pas de
personnes, car le problème est celui de la nature du pouvoir
exécutif en Egypte, où le président a une totale mainmise, alors
que les ministres restent juste des employés qui reçoivent des
ordres ». « Le gouvernement ne changera pas en changeant de
visage », conclut Adel Hammouda. Sabri Ghoneim dans le quotidien
indépendant Al-Masri Al-Yom va plus loin : « Je ne pense pas que
la mise à l’écart du président de l’Organisme des chemins de fer
suffit pour calmer les familles des victimes. On s’attendait à
ce que le prix soit beaucoup plus grand. Connaissant le très
mauvais état des chemins de fer, le premier ministre était donc
partenaire dans cette catastrophe et aurait dû démissionner »,
explique Ghoneim. Ossama Ayoub demande au gouvernement dans
l’hebdomadaire Al-Osboa « de partir, car c’est un échec total
pour ce cabinet, absent des problèmes des citoyens. C’est un
gouvernement de catastrophes et de crises qui se poursuivent ».
Personne ne mâche ses mots. Nombreux sont
ceux qui accusent le gouvernement de « crimes contre les
citoyens ». D’ailleurs l’éditorialiste Talaat Al-Maghawri, parle
dans le quotidien d’opposition Al-Wafd de « gouvernement des
catastrophes », où il accuse l’exécutif d’avoir tué les citoyens
« quand les prix montent, quand les responsables ne sont pas
punis et surtout, quand les responsables des chemins de fer dans
leurs tours d’ivoire ne s’intéressent qu’à leurs salaires ».
Laisser les chemins de fer dans un très mauvais état a aussi
d’autres raisons. Maghawri souligne que « la très mauvaise
situation des chemins de fer n’est qu’une préparation à une
privatisation ôtant les pauvres citoyens de leurs droits les
plus élémentaires ».
« Je pense que la catastrophe de Qalioub ne
sera pas la dernière tant que la mentalité qui nous dirige est
la même que celle qui régit les microbus : il n’existe aucun
règlement ni pour marcher ni pour s’arrêter », affirme de son
côté l’éditorialiste Gamal Enayat, dans le quotidien Al-Alam
Al-Yom.
Si le gouvernement est sérieux dans son
amélioration des chemins de fer, alors « pourquoi ne pas se
servir de la valeur du contrat du troisième réseau de portable
s’élevant à 16 milliards, ou alors vendre le secteur ou le louer
? », s’interroge l’éditorialiste Abbass Al-Tarabili, dans Al-Wafd.
Analysant l’état des moyens de transports,
l’éditorialiste Ossama Heikal, souligne dans Al-Masri Al-Yom que
« Nous ne devons pas considérer la collision des deux trains à
Qalioub juste un accident, il s’agit plutôt de l’état de
délabrement dont souffre le secteur des transports ». Heikal
définit les démarches qui suivent tout accident comme étant «
des calmants, et non des remèdes pouvant guérir complètement
cette catastrophe. Les démissions ne serviront à rien, car ces
mêmes catastrophes se répéteront ».
« Si le gouvernement ne peut pas conduire un
train, alors comment faire pour conduire un pays ? »,
s’interroge l’éditorialiste Mohamad Chebah dans le quotidien
Nahdet Misr. « Maintenant, nous sommes arrivés à un point où
nous espérons que la privatisation intervienne, ou que les
chemins de fer soient vendus, ou même que leur gestion soit
accordée à des étrangers puisque nous sommes incapables de les
gérer par nous-mêmes ! », conclut Chebah avec amertume .
Hoda Ghali |
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Paroles
La force politique seule ne fait pas le poids
politique d’un pays. Dans ce contexte, l’absence de libertés, de
création et des valeurs libérales ont affaibli le rôle égyptien.
Car le rôle régional et international d’un Etat n’est rien
d’autre que le résultat des interactions de plusieurs
composantes de la société. Ce rôle régional et international est
la combinaison de la science, des libertés, de la démocratie et
du respect de l’individu. N’oublions pas que dans le cadre du
mouvement nationaliste constitutionnel contre le colonialisme
anglais, l’Egypte pré-libérale était très influente dans les
domaines civils modernes tels que le cinéma, le théâtre, la
musique et la politique.
Nabil Abdel-Fattah,Politologue, Al-Dostour.
J’ai été très étonné des déclarations faites
par le ministre des Affaires juridiques, Moufid Chéhab, dans
lesquelles il annonçait la formation de groupes de travail pour
étudier d’éventuelles modifications constitutionnelles. De tels
amendements sont nécessaires, mais la Constitution n’est pas
uniquement des textes, mais le cadre déterminant les relations
entre les différents pouvoirs. Une telle initiative exige un
véritable dialogue avec la participation de toutes les forces
politiques, des partis, des ONG, afin de permettre un accord sur
le principe des modifications nécessaires à la Constitution.
Hussein Abdel-Razeq, Ecrivain, Al-Ahali.
Le ministre des Transports, Mohamad Mansour,
n’a vraiment pas de chance : neuf mois au ministère et que de
catastrophes ! La responsabilité n’est pas celle des ministères,
mais celle ou celui qui choisit les ministres et la façon dont
ils ont été choisis. D’ailleurs, les catastrophes poursuivront
les Egyptiens tant que le chaos sévira dans la gestion du pays
et au plus haut niveau, et les victimes seront toujours les plus
démunis.
Magdi Helmi, Editorialiste, Al-Wafd.
Les tentatives américaines pour semer la
discorde entre sunnites et chiites ont échoué. Et les deux
mondes arabe et islamique ont été derrière le Hezbollah
lorsqu’il a donné une leçon à Israël. En effet, les calculs des
Etats-Unis pour mettre le feu entre sunnites et chiites avaient
déjà commencé en Iraq. L’Administration Bush et derrière elle
Israël ont cru que la situation était la même au Liban. Erreur,
car le Hezbollah est devenu le symbole de la résistance, loin
des chiites et des sunnites, car il représente tout le monde
musulman et chrétien.
Farouq Goweida, Editorialiste, Al-Alam Al-Yom.
Laissez le Hezbollah assumer le poids
financier du conflit au Liban, puisque c’est lui qui a déclenché
la crise qui a causé la mort de plus d’un millier de personnes
et la destruction de milliers de maisons. Ceux qui appellent à
une concurrence contre le Hezbollah autour de la reconstruction
du Liban ne font en fait qu’encourager plus de destruction, en
l’épargnant des promesses qu’il a faites. Et ceci ne peut se
réaliser qu’à une seule condition : que le Hezbollah annonce son
désarmement et se lance dans le travail politique uniquement, ce
qui est loin d’être acquis.
Abdel-Rahmane Al-Rached, Editorialiste, Al-Charq
Al-Awssat. |
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