Al-Ahram Hebdo,Kiosque | Le gouvernement sur le banc des accusés
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

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Kiosque

Le gouvernement
sur le banc des accusés

Critiques et accusations pleuvent. La collision ferroviaire de Qalioub a suscité un tollé dans la presse cette semaine.

« Les catastrophes se poursuivent et ne se ressemblent pas, mais empirent de plus en plus... Il s’agit de l’accident ferroviaire le plus meurtrier en Egypte depuis quatre ans », estime l’ensemble de la presse au lendemain de la collision entre deux trains circulant sur la même voie, faisant au moins 58 morts et 143 blessées. « L’Histoire enregistrera que la pire catastrophe ferroviaire du pays reste celle du 22 février 2002, quand un incendie provoqué par un réchaud avait ravagé un train bondé, à 70 km du Caire, faisant 400 morts », rappelle Hamdi Moustapha dans Al-Ahram Al-Arabi. « Le train des pauvres », « Le malheur des indemnités », « Qui peut venir au secours des pauvres ? », « Les catastrophes des trains »,« Un destin taillé à notre mesure »,« Les pauvres de la troisième classe payent le prix »,« La catastrophe de Qalioub ne sera pas la dernière », « La négligence est une composante de notre vie », « La situation des chemins de fer est à son plus bas niveau »,« Pourquoi le premier ministre ne démissionne-t-il pas ? », « Le slogan des chemins de fer : acheminer les passagers vers l’autre monde ! », « Où sont passés les milliards alloués au développement des chemins de fer ? ».

Les titres sont révélateurs de l’état d’esprit né suite à cet accident, qui a dévoilé une grave incurie dans la gestion de ce service public. Sur un ton très critique, l’hebdomadaire Al-Fagr met en cause directement le gouvernement dans cette série noire d’accidents. « Le gouvernement Nazif a tué 21 000 Egyptiens jusqu’à maintenant, un vrai boucher ». Pour lui, une seule solution s’impose : la démission. Mais elle n’est même pas suffisante. « La démission du gouvernement ne suffit pas, il faut le juger pour meurtre avec préméditation », ajoute Al-Fagr. L’écrivain Adel Hammouda, rédacteur en chef de cet hebdomadaire indépendant, n’hésite pas à qualifier le gouvernement de Nazif de « gouvernement de voleurs ». Mais Hammouda explique qu’il ne « s’agit pas de personnes, car le problème est celui de la nature du pouvoir exécutif en Egypte, où le président a une totale mainmise, alors que les ministres restent juste des employés qui reçoivent des ordres ». « Le gouvernement ne changera pas en changeant de visage », conclut Adel Hammouda. Sabri Ghoneim dans le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom va plus loin : « Je ne pense pas que la mise à l’écart du président de l’Organisme des chemins de fer suffit pour calmer les familles des victimes. On s’attendait à ce que le prix soit beaucoup plus grand. Connaissant le très mauvais état des chemins de fer, le premier ministre était donc partenaire dans cette catastrophe et aurait dû démissionner », explique Ghoneim. Ossama Ayoub demande au gouvernement dans l’hebdomadaire Al-Osboa « de partir, car c’est un échec total pour ce cabinet, absent des problèmes des citoyens. C’est un gouvernement de catastrophes et de crises qui se poursuivent ».

Personne ne mâche ses mots. Nombreux sont ceux qui accusent le gouvernement de « crimes contre les citoyens ». D’ailleurs l’éditorialiste Talaat Al-Maghawri, parle dans le quotidien d’opposition Al-Wafd de « gouvernement des catastrophes », où il accuse l’exécutif d’avoir tué les citoyens « quand les prix montent, quand les responsables ne sont pas punis et surtout, quand les responsables des chemins de fer dans leurs tours d’ivoire ne s’intéressent qu’à leurs salaires ». Laisser les chemins de fer dans un très mauvais état a aussi d’autres raisons. Maghawri souligne que « la très mauvaise situation des chemins de fer n’est qu’une préparation à une privatisation ôtant les pauvres citoyens de leurs droits les plus élémentaires ».

« Je pense que la catastrophe de Qalioub ne sera pas la dernière tant que la mentalité qui nous dirige est la même que celle qui régit les microbus : il n’existe aucun règlement ni pour marcher ni pour s’arrêter », affirme de son côté l’éditorialiste Gamal Enayat, dans le quotidien Al-Alam Al-Yom.

Si le gouvernement est sérieux dans son amélioration des chemins de fer, alors « pourquoi ne pas se servir de la valeur du contrat du troisième réseau de portable s’élevant à 16 milliards, ou alors vendre le secteur ou le louer ? », s’interroge l’éditorialiste Abbass Al-Tarabili, dans Al-Wafd.

Analysant l’état des moyens de transports, l’éditorialiste Ossama Heikal, souligne dans Al-Masri Al-Yom que « Nous ne devons pas considérer la collision des deux trains à Qalioub juste un accident, il s’agit plutôt de l’état de délabrement dont souffre le secteur des transports ». Heikal définit les démarches qui suivent tout accident comme étant « des calmants, et non des remèdes pouvant guérir complètement cette catastrophe. Les démissions ne serviront à rien, car ces mêmes catastrophes se répéteront ».

« Si le gouvernement ne peut pas conduire un train, alors comment faire pour conduire un pays ? », s’interroge l’éditorialiste Mohamad Chebah dans le quotidien Nahdet Misr. « Maintenant, nous sommes arrivés à un point où nous espérons que la privatisation intervienne, ou que les chemins de fer soient vendus, ou même que leur gestion soit accordée à des étrangers puisque nous sommes incapables de les gérer par nous-mêmes ! », conclut Chebah avec amertume .

Hoda Ghali

 


Paroles

La force politique seule ne fait pas le poids politique d’un pays. Dans ce contexte, l’absence de libertés, de création et des valeurs libérales ont affaibli le rôle égyptien. Car le rôle régional et international d’un Etat n’est rien d’autre que le résultat des interactions de plusieurs composantes de la société. Ce rôle régional et international est la combinaison de la science, des libertés, de la démocratie et du respect de l’individu. N’oublions pas que dans le cadre du mouvement nationaliste constitutionnel contre le colonialisme anglais, l’Egypte pré-libérale était très influente dans les domaines civils modernes tels que le cinéma, le théâtre, la musique et la politique.

Nabil Abdel-Fattah,Politologue, Al-Dostour.

J’ai été très étonné des déclarations faites par le ministre des Affaires juridiques, Moufid Chéhab, dans lesquelles il annonçait la formation de groupes de travail pour étudier d’éventuelles modifications constitutionnelles. De tels amendements sont nécessaires, mais la Constitution n’est pas uniquement des textes, mais le cadre déterminant les relations entre les différents pouvoirs. Une telle initiative exige un véritable dialogue avec la participation de toutes les forces politiques, des partis, des ONG, afin de permettre un accord sur le principe des modifications nécessaires à la Constitution.

Hussein Abdel-Razeq, Ecrivain, Al-Ahali.

Le ministre des Transports, Mohamad Mansour, n’a vraiment pas de chance : neuf mois au ministère et que de catastrophes ! La responsabilité n’est pas celle des ministères, mais celle ou celui qui choisit les ministres et la façon dont ils ont été choisis. D’ailleurs, les catastrophes poursuivront les Egyptiens tant que le chaos sévira dans la gestion du pays et au plus haut niveau, et les victimes seront toujours les plus démunis.

Magdi Helmi, Editorialiste, Al-Wafd.

Les tentatives américaines pour semer la discorde entre sunnites et chiites ont échoué. Et les deux mondes arabe et islamique ont été derrière le Hezbollah lorsqu’il a donné une leçon à Israël. En effet, les calculs des Etats-Unis pour mettre le feu entre sunnites et chiites avaient déjà commencé en Iraq. L’Administration Bush et derrière elle Israël ont cru que la situation était la même au Liban. Erreur, car le Hezbollah est devenu le symbole de la résistance, loin des chiites et des sunnites, car il représente tout le monde musulman et chrétien.

Farouq Goweida, Editorialiste, Al-Alam Al-Yom.

Laissez le Hezbollah assumer le poids financier du conflit au Liban, puisque c’est lui qui a déclenché la crise qui a causé la mort de plus d’un millier de personnes et la destruction de milliers de maisons. Ceux qui appellent à une concurrence contre le Hezbollah autour de la reconstruction du Liban ne font en fait qu’encourager plus de destruction, en l’épargnant des promesses qu’il a faites. Et ceci ne peut se réaliser qu’à une seule condition : que le Hezbollah annonce son désarmement et se lance dans le travail politique uniquement, ce qui est loin d’être acquis.

Abdel-Rahmane Al-Rached, Editorialiste, Al-Charq Al-Awssat.

 




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