Farkhonda Hassan : Effectivement, l’Egypte a
réussi à accueillir le sommet international de la femme sous les
auspices de Mme Suzanne Moubarak, présidente du Conseil national
de la femme, et avec la participation de délégations
ministérielles et officielles. L’objectif de cette conférence
était de promouvoir l’activité économique de la femme à
l’échelle mondiale et d’explorer les expériences réussies dans
ce domaine pour servir de guide. Le sommet était, en général,
une occasion pour le rassemblement des femmes d’affaires
égyptiennes et pour la mise en place de partenariats notamment
pour les petits projets. D’ailleurs, nous avons récemment conclu
des accords avec le Vietnam et la Chine.
S’agissant des efforts déployés par le
conseil pour donner une impulsion au rôle de la femme dans le
domaine des affaires, ils sont nombreux. Nous disposons d’un
centre d’études qui propose aux femmes qui le souhaitent
l’apprentissage des méthodes de gestion de petits projets dans
l’objectif de leur permettre une réalisation réussie. Il s’agit
également de promouvoir la qualité du travail de la femme dans
les divers domaines. Nous avons également des centres
d’information dont la mission est de rendre disponibles toutes
les informations nécessaires sur les petits projets à travers
Internet.
— Comment évaluez-vous aujourd’hui le statut
de la femme dans la société égyptienne en général ?
— La femme égyptienne dispose d’un potentiel
solide au sein de la société surtout si elle a fait des études.
Cette réalité est confirmée par le rapport des Nations-Unies sur
l’Egypte. Nous remarquons par exemple que le nombre de femmes
qui occupent des postes de direction et celles qui font partie
du corps enseignant est en continuelle hausse. Bien sûr, la
représentation féminine au Parlement demeure très faible, ce qui
nous incite à aller de l’avant dans nos efforts et dans la
promotion de son rôle dans la société.
— Pensez-vous que les lois actuelles
garantissent les droits des femmes ou bien avons-nous besoin
d’amender certaines lois ?
— Le Conseil national de la femme a eu le
mérite de proposer un certain nombre de lois qui ont nécessité
des années de travail et d’efforts par les experts et les
spécialistes. Ces lois ont été promulguées et je cite à titre
d’exemple la loi de la nationalité, celle sur les tribunaux de
la famille ainsi que celle sur l’assurance familiale. Tout ceci
rend justice à la femme après de longues années de souffrance.
La Constitution, de son côté, accorde tous les droits à la
femme. Cependant, nous avons besoin d’introduire quelques
amendements dans la loi électorale pour garantir un taux de
représentativité raisonnable au sein des conseils législatifs.
— Certaines ONG travaillant dans le domaine
de la femme estiment que malgré les lois en vigueur et les
conventions internationales relatives aux droits de la femme,
approuvées par l’Egypte, le statut de la femme égyptienne n’a
pas beaucoup évolué. Qu’en pensez-vous ?
— C’est un avis étrange. Celui qui suit de
près la situation sait que la femme égyptienne a réalisé de
nombreux acquis. Bien entendu, on ne peut pas tout faire du jour
au lendemain et changer l’héritage culturel. La réalité montre
qu’un énorme effort a été déployé.
— Le taux d’analphabétisme est toujours
important parmi les femmes. Comment peut-on faire face à ce
phénomène ?
— Le Conseil national de la femme accorde une
importance particulière à l’analphabétisme. Surtout que ce taux
chez les femmes est deux fois plus élevé que chez les hommes.
Des efforts importants sont actuellement déployés. Des études
sont effectuées sur le terrain pour déterminer le taux
d’analphabétisme avec précision. D’autre part, nous avons mis la
main sur les obstacles qui entravent l’exécution de certaines
stratégies de lutte contre l’analphabétisme. C’est pourquoi le
conseil a adopté de nouvelles stratégies pour remédier à ce
problème et réaliser des résultats efficaces. Nous essayons, par
exemple, de connaître l’environnement des femmes analphabètes et
de connaître leurs besoins. Ainsi, pouvons-nous élaborer des
programmes d’alphabétisation adaptés à leurs besoins.
— Les femmes égyptiennes ont obtenu, il y a
quelques années, le kholea (principe qui permet à la femme
d’obtenir le divorce selon son propre gré à condition de céder
ses droits financiers). Mais les tribunaux mettent beaucoup de
temps à prononcer leurs verdicts ...
— Le kholea est un droit légitime de la
femme. J’étais parmi les toutes premières femmes à le
revendiquer lorsque j’étais secrétaire générale de la femme au
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). J’ai alors présenté
une requête auprès du conseiller Farouq Seiffel-Nasr,
l’ex-ministre de la Justice, et je lui ai dit que tout ce que je
demandais était l’application du kholea qui est autorisé par la
charia islamique. Nous faisons notre possible en coordination
avec le ministère de la Justice pour résoudre les problèmes.
— Le statut de la femme arabe est-il un
problème de loi ou de traditions ?
— Je ne crois pas que ce soit un problème de
lois. Les lois que nous avons aujourd’hui en Egypte par exemple
octroient aux femmes leurs droits dans les domaines politique,
social et économique. Le problème est que certaines lois restent
lettre morte face aux habitudes et aux traditions. Celles-ci
sont inhérentes à la société et entravent parfois
l’épanouissement de la femme. Mais il y a aujourd’hui une
nouvelle tendance visant à lutter contre ces traditions et à les
faire changer.
— Peut-on dire qu’il y a parfois un manque de
volonté de la part de certaines femmes d’améliorer leur statut ?
— Non, je ne pense pas. La femme égyptienne a
réussi à prouver qu’elle était capable et digne d’assumer les
plus hautes responsabilités. Elle a obtenu un certain nombre de
droits, a accédé aux postes les plus élevés et a intégré de
nombreux domaines d’activité avec succès.
— 36 % des femmes égyptiennes prennent en
charge la responsabilité de leurs familles. Quels sont les
efforts déployés pour leur venir en aide ?
— Le Conseil a effectué une étude sur cette
tranche de femmes dans les sociétés rurales pour déterminer les
projets qui leur conviennent et qui leur sont rentables. Ainsi,
certains projets ont été appliqués dans un nombre de
gouvernorats. Ces femmes chefs de famille ont bénéficié d’un
programme d’alphabétisation pour celles qui en avaient besoin
ainsi que des services sociaux et médicaux.
— Il existe parfois des discriminations entre
hommes et femmes au niveau professionnel. Comment affronter ce
phénomène ?
— Le bureau des plaintes du Conseil national
de la femme reçoit des appels de femmes qui souffrent de cette
situation. Nous avons soumis ces plaintes au ministère du
Développement administratif. Un protocole de coopération a été
signé entre le Conseil national de la femme et le Conseil
national des droits de l’homme pour examiner les plaintes de la
femme qui travaille. Dans ce cadre, le conseil a organisé un
dialogue autour des droits de la femme au travail et présenté
plusieurs propositions pour amender le code du travail de façon
à réaliser l’équité professionnelle entre l’homme et la femme.
— Un certain nombre de pays arabes comme la
Tunisie ont franchi de nombreuses étapes pour améliorer la
statut de la femme. Quelle est la différence entre nous et eux ?
— L’unique différence réside dans
l’application des lois. La Tunisie est très avancée dans le
domaine de l’émancipation. Mais personnellement, je n’aime pas
les comparaisons, parce qu’on est avancé dans d’autres aspects.
— A propos des mouvements féministes et leur
rôle dans le rétablissement de la paix dans le monde,
croyez-vous que ces mouvements soient capables d’apporter un
changement à ce ?
— Bien entendu, ces mouvements jouent un rôle
fondamental pour rendre service aux causes de la femme. Notons à
titre d’exemple le Mouvement de Suzanne Moubarak pour la paix
qui a largement contribué dans les causes de la paix sans
oublier leur support aux causes relatives à la femme.
Magda Barsoum