Irrigation. Le détournement d’un projet initié par le ministère de l’Environnement permet à des villageois de Guiza d’utiliser des eaux usées pour leurs cultures. En totale ignorance des conséquences que ces pratiques comportent.

Les goûts dans l’assiette

« Oui, j’irrigue mon terrain avec l’eau des égouts mélangée à celle du Nil. Je n’y vois aucun problème puisque la productivité est excellente et que les responsables du ministère de l’Agriculture nous fournissent les engrais et les pesticides qui nous sont nécessaires », déclare naïvement un cultivateur du village d’Al-Saf, dans le gouvernorat de Guiza.

Les eaux d’égout irriguent donc les légumes et les fruits que consomme la population du Grand Caire. Et ce n’est pas tout. Le bétail de cette région, le désert d’Al-Saf, se nourrit aussi d’herbes irriguées de la même façon. Donc, le lait et la viande que ce désert produit contiennent la même menace sanitaire. Alors que reste-t-il de sain à manger ? Le pain pourrait sembler une alternative. Mais même le blé figure parmi les productions de la région d’Al-Saf ...

Malgré cela, les habitants de la région, dont un grand nombre souffre de plusieurs maladies, refusent d’accepter l’idée que leurs souffrances pourraient avoir pour origine les aliments contaminés à cause d’une irrigation aux eaux d’égout. « Nous sommes croyants et cette affaire de maladie ou de mort dépend de Dieu. Oui, moi je suis malade, je souffre d’insuffisance rénale, mais ma femme a toujours mangé comme moi et elle n’a pas de problème », lance Am Mohamad, cultivateur de la région d’Al-Saf.

Une situation qui s’explique en fait par le manque de suivi et de surveillance de la part des autorités quant aux expériences qu’elles engagent. Car à l’origine, l’utilisation de l’eau usée des égouts après traitement primaire dans une station d’épuration de Guiza visait à irriguer les forêts artificielles afin de produire des arbres non fruitiers et arroser les arbres de la ceinture verte entourant le Grand Caire. Un projet mis en œuvre par le ministère de l’Environnement avec la coopération japonaise. Mais aux abords du village d’Al-Aqwaz, dans la région d’Al-Saf, les paysans ont détourné, grâce à des sillages, l’eau de sa destination. « Or l’eau des égouts, pour être réutilisée dans l’agriculture, doit subir un traitement très compliqué et par conséquent très coûteux. Contrairement au traitement primaire de cette eau pour la culture des arbres non fruitiers », explique le Dr Nabil Nasr Al-Hefnawi, de l’institut des études et recherches environnementales de l’Université de Ménoufiya, dont le siège est à Madinet Al-Sadate. Et de poursuivre : « L’initiative concernant la réutilisation des eaux des égouts après un traitement primaire est celle de l’ex-ministre de l’Environnement, Mamdouh Riyad (en poste de 2002-2004). Il voulait profiter des importantes quantités d’eaux usées pour multiplier les espaces verts et entretenir des arbres non fruitiers afin d’assurer nos besoins en bois pour les différentes industries, notamment celle du papier ».

L’absence de surveillance des responsables de l’environnement a fait que cette initiative au lieu de faciliter les choses, a multiplié les maux.

L’Hebdo a alors cherché à contacter les responsables du ministère de l’Environnement pour savoir comment les habitants de ces régions avaient pu utiliser l’eau des égouts pour irriguer leurs cultures et comment ils comptaient s’y prendre pour remédier à cet état de choses. Ou encore pour se renseigner sur les sanctions prévues par la loi sur l’environnement contre ce genre d’agissements ...

Peine perdue : aucun responsable n’a voulu y répondre. A commencer par le Dr Sayed Khalil, président de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE). Le numéro 2 du ministère de l’Environnement a, pour sa part, fait savoir qu’une autorisation était nécessaire avant qu’il puisse s’exprimer. « Nous avons pris quelques mesures concernant ce problème. Mais vous devez d’abord obtenir l’autorisation de la direction des médias pour que je puisse parler », a-t-il dit !!

Le fait de considérer les information sur cette question comme un secret d’Etat menace la santé des Egyptiens. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que cette affaire d’irrigation des terres agricoles avec des eaux d’égout pourrait en cacher d’autres plus nocives encore .

Dalia Abdel-Salam

En bref

Ozone

Sérieusement attaquée au cours du XXe siècle, la couche d’ozone qui protège la Terre du rayonnement solaire ne connaîtra un retour complet à la normale que vers 2065 au lieu de 2049, ont estimé, la semaine dernière, deux agences des Nations-Unies. Dans un rapport publié par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), 250 scientifiques estiment que les produits chimiques dangereux pour la couche d’ozone — dont certains émanent de simples réfrigérateurs — sont encore beaucoup plus utilisés qu’on ne le pensait au moment de leur interdiction, effective ou programmée. Selon ces experts, la couche d’ozone ne devrait en conséquence commencer à se reconstituer au-dessus des zones tempérées habitées des deux hémisphères qu’autour de 2049, au lieu de 2044 comme on le prédisait en 2002, date de la précédente évaluation. Et elle ne devrait retrouver son intégrité au-dessus de l’Antarctique que quinze ans plus tard que prévu, en 2065.

Eaux usées

Les agriculteurs de la région milanaise (Italie du nord), confrontés depuis cinq ans à une sécheresse persistante, peuvent désormais réutiliser les eaux usées de la ville grâce à la technologie de nouvelles stations d’épuration, l’une des plus avancées en Europe. La station de San Rocco, au sud de la capitale lombarde, en exploitation depuis un an, a ainsi pu cet été sauver des milliers d’hectares de cultures de maïs et de riz, très gourmandes en eau. C’est, en fait, le premier exemple de réutilisation directe pour l’agriculture des eaux usées traitées sur une aussi vaste échelle. La station, dont la capacité s’élève à 1 million équivalent habitants, traite 300 000 m3 d’eaux usées par jour. Les eaux usées traitées par la station de San Rocco ont permis aussi de rééquilibrer l’écosystème.