Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’onde de choc d’un accident
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 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

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Egypte

Train. Une semaine après la catastrophe ferroviaire de Qalyoub, le gouvernement a annoncé sa décision de débloquer 8,5 milliards de L.E. pour la rénovation des voies ferrées.

L’onde de choc d’un accident

Le réseau ferroviaire sera enfin rénové. Décision annoncée par le premier ministre, Ahmad Nazif, après la catastrophe ferroviaire de Qalyoub, survenue le 21 août lorsque deux trains circulant sur la même voie se sont télescopés à 20 km au nord du Caire. Cette collision a fait une soixantaine de morts et 140 blessés, la plupart issus de la classe défavorisée.

D’importantes mesures ont été prises aussitôt par le premier ministre dans le but d’absorber la colère de l’opinion publique et d’embellir l’image du gouvernement. Le PDG du réseau ferroviaire a été immédiatement limogé et une commission d’enquête formée afin de déterminer les causes de l’accident. Cette commission qui ne comprend aucun membre du ministère des Transports, est formée de professeurs de la faculté de polytechniques et de spécialistes des chemins de fer. Elle doit assumer sa mission indépendamment de la commission d’enquête constituée par le procureur général.

Mais le plus important encore c’est qu’une somme de 8,5 milliards de L.E. a été débloquée par le gouvernement pour rénover le réseau ferroviaire négligé depuis des décennies : 5 milliards de L.E. viendront de la vente de la troisième licence de téléphonie portable évaluée à 16,7 milliards de L.E. Le reste sera financé par des emprunts aux Fonds de développement saoudien et koweïtien ainsi qu’à la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Cette somme contribuera à la rénovation de l’infrastructure ferroviaire, les passages à niveau, les gares, les locomotives, la sécurité dans les trains, et les wagons de deuxième et troisième classes. L’amélioration des moyens de communications des chemins de fer et la mise en place d’un réseau informatique sont inclues également dans le projet de modernisation. Le premier ministre a effectué une visite aux ateliers de maintenance de Sabtiya pour rencontrer les ouvriers, les employés et les conducteurs des chemins de fer et discuter de leurs problèmes. Nazif a promis l’amélioration de leur niveau, l’augmentation des salaires et la formation du personnel et des conducteurs. Ces derniers, qui s’attendaient à une telle visite, ont profité de l’occasion pour exprimer leur souffrance. « 97 000 ouvriers et conducteurs travaillent dans de sévères conditions et pour un salaire médiocre. Nous n’avons pas de moyens modernes. L’état des trains est tellement détérioré que les chauffeurs ne cessent de se plaindre aux responsables en les prévenant de la possibilité d’un accident pareil. Ces derniers faisaient toujours la sourde oreille », révèle Tareq Fahmi, vice-président de la Ligue des conducteurs des chemins de fer lesquels ont manifesté leur colère devant le bureau du PDG, quelques jours après l’accident. Selon les déclarations du PDG limogé, Hanafi Abdel-Qawi, durant les six dernières années, l’Egypte a connu 59 accidents ferroviaires faisant plus de 6 000 morts et 21 000 blessés.

Le plan de rénovation des chemins de fer sera élaboré avec la participation d’experts étrangers. Il doit être lancé en octobre prochain et achevé dans deux ans. C’est ce qu’a déclaré le ministre des Transports, Mohamad Mansour, devant la commission des transports à l’Assemblée du peuple. Mansour a annoncé qu’il présenterait sa démission si cette rénovation n’était pas accomplie à temps. Le ministre a reconnu que l’état du réseau ferroviaire était menaçant. « 25 % des locomotives sont en service depuis plus de 30 ans. Les chemins de fer souffrent d’une vraie négligence et ont besoin d’être modernisés et munis de mesures de sûreté de haut niveau pour pouvoir rendre à nouveau la confiance des usagers en ce secteur vital », a-t-il indiqué, tout en signalant que chaque jour environ 1,5 million de personnes empruntent le réseau ferroviaire.

Condamnation unanime

Malgré les vacances parlementaires, la commission des transports a convoqué les ministres des Transports, des Finances, de la Planification, de la Santé et des Assurances sociales à une réunion urgente pour répondre aux questions des députés et les prévenir de toutes les mesures adoptées. « Cet accident n’est pas le premier et ne sera pas le dernier tant que le gouvernement ne répond pas à nos demandes. Le manque de financement, la détérioration des chemins de fer et l’absence de punition sont à la base de ces accidents », a déclaré Hamdi Al-Tahhane, président de la commission. Lors d’une séance houleuse qui a duré 6 heures, les députés de l’opposition et de la majorité ont soumis au gouvernement 45 interpellations sur la négligence dans le secteur des chemins de fer. Et même le député du PND et ancien ministre des Affaires parlementaires, Kamal Al-Chazli, a critiqué le gouvernement. Sur les 58 morts, 30 étaient d’Al-Bagour, au gouvernorat de Ménoufiya d’où est originaire Al-Chazli. « Quelle est la faute commise par ces pauvres passagers pour assumer la négligence des responsables ? Ces passagers sont pour la plupart des fonctionnaires d’origine modeste qui se rendaient à leur lieu de travail au Caire en empruntant le train qui est pour eux le seul moyen de transport à prix abordable », affirme Al-Chazli, connu pour ses positions pro-gouvernementales. Al-Chazli n’est pas le seul de la majorité à parler sur ce ton critique. « Après chaque accident meurtrier, le gouvernement nous promettait de remédier aux erreurs, de lutter contre la corruption et la mauvaise gestion, et de rénover les chemins de fer. Ce sont toujours des promesses en l’air qui n’ont jamais vu la lumière. La seule chose qu’on fait, c’est de déférer le conducteur ou les petits fonctionnaires à la justice et de limoger un des responsables », lâche Gamal Zahrane, député de Qalyoub. Zahrane, qui doute de la mise en œuvre du projet de rénovation, propose la création d’un organisme indépendant chargé de contrôler la performance dans les chemins de fer.

Le député indépendant Moustapha Bakri demande que le contrôle de cet organisme « s’étende également au financement et aux dépenses du secteur afin de mettre fin à la corruption qui y règne », dans une allusion au salaire mensuel de l’ancien PDG de l’organisme, lequel s’élève à 230 000 L.E. Ceci, alors que le déficit de l’organisme s’élève à 1,7 milliard de L.E.

Les députés attendent la publication des résultats de l’enquête. Selon les premiers éléments de celle-ci, le conducteur du train de Mansoura n’avait pas respecté le signal d’arrêt du sémaphore à proximité de la gare de Qalyoub, percutant violemment l’arrière du train en provenance de Benha. Ces députés refusent que le gouvernement se contente de présenter, comme d’habitude, un ou des boucs émissaires. « Tout responsable de cet accident doit être sanctionné quel que soit son poste ! D’ici là, nous réclamons de retirer la confiance du gouvernement », conclut Sayed Askar, indépendant de tendance islamiste .

Héba Nasreddine

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