Après
de longues années d’absence, le metteur en scène Samir Al-Asfouri
retourne aux planches du théâtre Al-Talia, qu’il a dirigé dans
les années 1970. Il présente Eaterafat magnouna (Confessions
folles), d’après le texte d’Anton Tchekhov, Salle numéro 6. De
quoi présager par principe un spectacle à la fois éblouissant et
provocateur. Car Al-Asfouri a déjà remporté des succès multiples
au théâtre privé et public.
Dans un asile d’aliénés, la salle numéro six
est occupée par quatre malades mentaux qui se battent de temps à
autre avec leur gardien. Le médecin en charge, ne trouvant aucun
moyen de les guérir, cherche refuge dans la musique et la
lecture. La corruption et le chaos qui règnent ne lui laissent
pas beaucoup le choix. Mais un espoir naît avec l’arrivée de la
nouvelle psychiatre, Dina, qui va s’occuper des malades.
Progressivement, on découvre qu’elle agit uniquement par intérêt.
Le metteur en scène dans sa nouvelle
adaptation remet sur le tapis les problèmes sociopolitiques
actuels : les partis politiques en conflit, le rapport des
intellectuels avec le pouvoir, les illusions de la gloire passée,
les rêves avortés des romantiques …
Al-Asfouri choisit de travailler sur le
concept du psychodrame à travers un metteur en scène « fou » qui
cherche à se guérir lui-même. Ce dernier décide de plein gré de
se joindre à l’asile des fous. Le jeu donc se dévoile dès le
début. La première scène introduit toute la pièce.
L’un des protagonistes, à savoir le metteur
en scène, n’est que la voix d’Al-Asfouri lui-même, qui se met à
critiquer l’état des lieux du théâtre égyptien. L’un des
patients incarne le rôle du comédien-dictateur. Il adresse la
parole au public, crie, chante et danse en manipulant les autres
malades. Trouve-t-il dans la pièce son salut, comme l’espère Al-Asfouri
?
Les danses, chansons et différents morceaux
de musique classique accélèrent le rythme de la pièce et
introduisent l’asile des fous et les malades de la salle numéro
six dans une ambiance conviviale et humoristique. L’un des
malades fait par exemple son entrée sur scène accompagné de la
chanson de Dalida Je suis malade. Avec des mimiques et des
gestes hystériques, ce comédien interprète le rôle d’un
romantique qui ne parle plus et déclenche les rires du public. A
travers une autre scène, l’infirmière chante manipulant
progressivement la voix telle une soprano.
Le tango raté fait également partie des
premières scènes, servant à présenter les personnages dans une
atmosphère ludique. Les détails vestimentaires accentuent aussi
cette atmosphère.
Suivant les principes de la Commedia
dell’arte, les personnages deviennent des stéréotypes
ridiculisés. Le type avec les grosses lunettes, c’est
l’intellectuel. Il porte une chemise rayée et un pantalon de
couleur sombre et tient un cartable en main, plein de bouquins.
Sur le dos, il affiche : intellectuel et philosophe. Un autre
malade, qui prétend être prince, est vêtu d’un costume
caricatural, avec des médailles et des décorations. Le gardien,
avec une longue moustache, porte le costume d’un soldat et un
fouet en main. Le médecin en charge est en costume noir
classique, tel un ancien musicien, etc.
Le décor reflète la situation des malades
frustrés. Sur une toile de fond transparente sont dessinés des
lits. Une toile qui laisse paraître des barres en fer entourant
l’hôpital qui ressemble plutôt à une grande prison, donnant lieu
à une scénographie riche à plusieurs niveaux.
Al-Asfouri change en fait la disposition de
la salle afin de créer une ambiance de familiarité avec le
public. Ainsi, les rangs des spectateurs encadrent les planches
de trois côtés : devant la scène, à droite et à gauche.
Malgré la richesse spectaculaire et la
vivacité du show musical, le metteur en scène n’échappe pas à la
longueur. Cela est dû aux scènes consacrées aux histoires
personnelles des malades. Chacun à son tour raconte son histoire
à travers des monologues circulaires et répétitifs. Les scènes
avancent sans aucun lien dramatique ou logique. La nouvelle
psychiatre, Dina, réussit soudainement à se débarrasser du
médecin en charge, le faisant passer pour un fou. Elle domine et
contrôle le tout, menace les malades et les oblige à obéir.
Subitement encore, l’un des malades vole les clés de l’hôpital
et libère ses amis. Malgré ce dénouement heureux, la confusion
reste le mot d’ordre.
May Sélim