Al-Ahram Hebdo, Arts | L’art de la survivance
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 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

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Arts

Festival du théâtre indépendant . La présence de troupes théâtrales indépendantes se faisant de plus en plus accrue, une réflexion sur leur devenir s’impose.

L’art de la survivance

Durant les derniers mois, la scène théâtrale fut bombardée de festivals : Festival des femmes metteuses en scène (toutes indépendantes), Festival national du théâtre auquel a participé un bon nombre de troupes indépendantes, neuvième édition du Festival du théâtre indépendant, avec en parallèle la quatrième édition du Festival théâtral au Centre Al-Saqia. Autant de manifestations consacrées exclusivement ou en partie aux troupes indépendantes dont plusieurs se sont forgé une petite histoire tandis que d’autres apparaissent pour la première fois. Ceci pour dire que depuis qu’elles se sont manifestées en l’an 1990, leur nombre s’accroît et la reconnaissance de l’Etat s’avoue plus précise. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, leurs assises se confirment pour déclarer une force qui leur permettra bientôt peut-être d’acquérir un statut légal. Mais seront-elles alors plus professionnelles, dans le sens artistique du terme ?

Il y a seize ans, le ministre de la Culture, à cause de l’invasion iraqienne du Koweït, a annulé le Festival international du théâtre expérimental mais a répondu à l’invitation adressée par les troupes (appelées « libres » à cette époque) qui avaient organisé leur premier festival en guise de réponse politique : la guerre ne pouvait en aucun cas faire taire toute expression artistique. Plus tard, il promet une somme décente pour aider à l’élan de quelques troupes confirmées. Promesse pleine de bonnes intentions et qui pouvait emprunter le modèle français (avant l’apparition du problème des intermittents du spectacle !) mais qui fut contrecarrée par les lois du ministère des Finances. Ensuite, Hani Motawie, directeur de l’Organisme du théâtre à l’époque, leur achète leurs spectacles à raison de deux représentations pour chacune des troupes. Aujourd’hui, Achraf Zaki, son successeur, leur offre des lieux de répétition et l’emprunt du matériel d’éclairage ainsi que des costumes dans les dépôts des théâtres nationaux. Il certifie de même, étant aussi à la tête du Syndicat des professions théâtrales, que leur situation syndicale fait l’objet de discussion à l’intérieur du bureau administratif. Mais il n’est pas question dans son propos d’intervenir d’aucune manière au niveau de la production, « c’est l’affaire du Fonds culturel affilié directement au ministère », nous dit-il. Ainsi, il s’avère d’une certaine manière (que l’on souhaiterait réversible) que l’Etat continue de restreindre son appui. Et, tant que l’Etat n’aura pas pris ses responsabilités matérielles et financières envers les troupes indépendantes, il aura manqué historiquement à son devoir. Car ces troupes ne sont pas marginales ou opposées au système, politiquement, elles sont indépendantes et comme tout citoyen qui a droit à la sécurité sociale, elles ont droit à la sécurité artistique. Nous savons également que la conjoncture actuelle ne permet pas — même difficilement — de trouver des subventions à l’intérieur de l’Egypte auprès des grandes sociétés ou des individus (hommes d’affaires). L’Etat doit donc — en tant que devoir politique et moral — régir une loi qui fournirait un minimum de sécurité vitale et matérielle à ces « pauvres troupes ». A ce sujet, on pense obligatoirement à l’éducation scolaire gratuite car le théâtre, lui aussi, n’est autre qu’un apprentissage de la vie, comme l’école exactement. Mais on pourrait reprocher néanmoins aux troupes indépendantes leur paresse à exiger leurs droits auprès de l’Etat et à poursuivre un combat de longue haleine. Les troupes ont pu pourtant, comme il y a seize ans, alors que le ministre de la Culture suspendait à nouveau les activités culturelles durant une semaine comme signe d’appui ( ?!) à la courageuse résistance libanaise, organiser leur festival annuel, car pour elles, l’art est une arme aussi forte que les missiles, sinon plus puisqu’elle éveille les consciences et incite à une participation active face à la barbarie d’Israël.

Ce festival, qui se termine le 4 septembre, a quelque chose de morose, que ce soit au niveau des spectacles ou du public. Les moyens de production étant ce qu’ils sont, les troupes ne pouvaient donc compter que sur les comédiens pour « transmettre leur message ». Lesdits acteurs n’étant pas formés ou malformés ou déformés nous ont souvent ennuyés. La pauvreté des décors, costumes et éclairage ont rendu les spectacles fort peu attrayants. Seuls ceux qui ont travaillé des textes d’auteurs confirmés — comme par exemple Une chanson dans le col de la montagne de Ali Salem — ont pu faire leurs preuves ; mais aussi ceux qui ont présenté des situations d’une grande ponctualité, tels Papa du groupe Moments et Jeune vierge de la troupe Les Gitans. Mohamad Abdel-Khaleq, à la tête de la troupe L’Atelier, vient de nous annoncer la naissance prochaine d’un espace — Rawabet — qui sera consacré aux spectacles des troupes indépendantes. Loué par la galerie Townhouse, la direction sera gérée par les troupes indépendantes qui pourront enfin avoir une billetterie puisque quatre d’entre elles viennent de constituer une société. Comme le lieu doit être rentable, ils envisagent de proposer des stages de formation et des spectacles en matinée pour les enfants. Nous leur conseillons d’initier les jeunes aux fondements essentiels du théâtre. C’est-à-dire par exemple, de savoir respirer et placer leur voix avant de chanter (en apprenant à lire le Coran), de savoir rendre souple leur corps avant de danser (en apprenant tout simplement la gymnastique). Bonne chance ! .

Menha el Batraoui

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