Al-Ahram Hebdo, Arts | Cohésion d'artistes pour le Liban
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 Semaine du 30 Août au 5 Septembre, numéro 625

 

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Arts

Expositions . « Drame de la guerre et merveille de la victoire » et « Pour Le Liban » sont tenues au Caire en solidarité avec le peuple libanais. Une bonne cause qui rassemble des noms venus d'horizons divers.

Cohésion d'artistes pour le Liban

Le liban est le dénominateur commun des deux expositions, l'une à la galerie Portrait et l'autre à Ibdaa. Leur perspective demeure toutefois différente. Car l’exposition collective organisée à la galerie Portrait s’inspire vraiment du thème de la guerre au Liban, alors que celle d’Ibdaa vise à faire une collecte au profit des Libanais, en vendant les œuvres d’artistes de renom. « Les artistes participant à cette dernière exposition ont offert leurs œuvres en donation en faveur du Liban. Le revenu sera directement versé à l’ambassade du Liban. Nous aspirons à ce que toutes les œuvres soient vendues. Et donc nous avions intérêt à ce que les pièces exposées ne fassent pas allusion directe à la guerre. Car qui achètera une œuvre contenant une scène de mort ou de souffrance pour l’accrocher chez lui ou au bureau ? », explique Mohamad Talaat, directeur de la galerie Ibdaa. Il affirme par ailleurs que l’initiative est, à l’origine, celle du peintre Hassan Soliman, qui a choisi lui-même les artistes participants. L’événement est organisé aussi en collaboration avec le centre de l’image CIC, qui a également lancé une campagne de solidarité avec le Liban. Pour vous y joindre, consultez le site www.li-beirut.com.

Il ne faut pas s’étonner alors en apercevant une scène folklorique d’Evelyne Achamallah, une peinture d’Esmat Dawestachi intitulée Le Voyage mythique, qui dégage un surréalisme populaire ou encore une nature morte de Hassan Soliman, déjà exposée à la galerie Hanaguer. Celle-ci est la plus chère de toute sa dernière collection, elle coûte 25 000 L.E. Et l’artiste a décidé d’en faire don. « Je n’ai pas pu retenir mes larmes en voyant une petite fille de Beyrouth qui s’insurge, crie, pleure, foulant des pieds les drapeaux d’Israël et des Etats-Unis (...) Il faut briser notre silence, prendre conscience. Sinon, vaut mieux creuser nos tombeaux de nos mains. Prenons une position ferme contre la répression, la déliquescence et le silence ». C’est par ces mots que Soliman a exprimé sa désolation dans la brochure de l’exposition.

Sa disciple Nihal Wahby, quant à elle, expose pour la première fois. Elle y a trouvé une belle occasion pour se lancer dans le monde professionnel. Wahby a alors choisi d’exposer une fleur jaune dans un vase gris. Encore une nature morte de style Hassan Soliman.

D’autres œuvres d’artistes disparues font partie de l’exposition, provenant de la collection privée de la galerie même. Ainsi trouve-t-on un Seif Wanly ou un Samir Rafeï exposés.

« Derrière un vrai artiste, il y a toute une idéologie et non une simple idée. Il faut qu’on soit tous préoccupés par des justes causes. Un artiste qui élabore une œuvre pour une occasion précise ressemble à ceux qui chantent sur commande durant les fêtes patriotiques. Le lendemain, on oublie leurs chansons », lance Abdel-Hadi Al-Wéchahi, qui participe à l’exposition avec une sculpture symbolique réalisée sous l’effet de l’occupation américaine de Bagdad : un corps mi-homme, mi-oiseau cherche à s’envoler, à se libérer.

Thèmes récurrents

La guerre, la souffrance, la misère ... sont, en revanche, les thèmes récurrents à la galerie Portrait. « Il faut être sur une même longueur d’onde avec les événements en cours. Nous avons voulu pousser un cri de protestation, à notre manière, contre les crimes perpétrés par Israël contre le Liban. L’exposition est un cri de révolte contre l’injustice, sans discrimination ethnique ou confessionnelle. Collecter de l’argent pour le Liban est important, mais il est aussi important d’exprimer notre soutien de manière artistique », fait remarquer Réda Abdel-Rahmane, propriétaire de la galerie Portrait, ajoutant que le revenu de l’exposition sera équitablement partagé entre l’ambassade du Liban et les artistes eux-mêmes. En d’autres termes, la galerie ne touchera pas de commission.

Un tableau à l’encre de chine de Salwa Hamdi traduit la terreur de la guerre, montrant une femme qui caresse son fils assassiné. Elle est entourée d’un cadre qui regorge de mots arabes : Cana, Deir Yassine, Bahr Al-Baqar, Sabra et Chatila … Des sites de morts.

La peinture à l’huile d’Achraf Zamzami met en scène la mort d’un homme ; il est entouré de sa femme et de son enfant. La peinture de Yasser Mongui place un enfant au centre du plan comme pour recevoir les dards. L’installation de Mostapha Al-Razzaz est assez intéressante. Le corps d’un homme se transforme en un grand carré noir avec un cœur blanc ; seule sa tête révèle sa nationalité palestinienne. Haïssam Nawwar, quant à lui, exprime les sentiments humains en jouant comme à son habitude sur les postures. A travers ses deux gravures, il souligne la honte, une fois avec un jeune homme à la tête baissée et une autre, avec un homme recroquevillé. Réda Abdel-Rahmane met l’accent sur la victoire, à travers le signe de la victoire tapissé de photos de Nasrallah. L’ensemble des œuvres incarnent bien l’intitulé de l’exposition : Drame de la guerre et merveille de la victoire.

En dépit de la noblesse du but visé par les deux galeries, d’aucuns n’ont pas tardé à exprimer leur opposition. C’est le cas du peintre Abdel-Réhim Chahine, lequel précise : « Organiser si vite de telles expositions ne relève-t-il pas plutôt d’une fin commerciale ? Un artiste ne peut pas faire part, en peinture, de ses sentiments du jour au lendemain ... Moi, je refuse de participer à de tels événements. J’ai besoin d’un peu plus de temps pour exprimer mon point de vue ».

Les choses se présentent comme si les deux expositions d’Ibdaa et de Portrait étaient tenues par deux camps différents : un premier groupe exprimant sa solidarité en collectant de l’argent et un deuxième qui a cherché à aborder la guerre de manière directe. Seuls deux artistes ont réussi à tenir le bâton en son milieu, à savoir Mohamad Abla et Fathi Afifi.

Afifi a choisi pour la galerie Ibdaa l’un de ses anciens tableaux à l’encre de chine, où un ouvrier conduit son vélo. « J’ai respecté le concept de l’exposition à la galerie Ibdaa. Pour la galerie Portrait, j’ai choisi d’exposer l’une de mes récentes peintures à l’huile représentant des portraits de Hassan Nasrallah », indique Afifi pour qui Nasrallah est devenu un héros du quotidien.

Abla, quant à lui, expose à Ibdaa une œuvre travaillée sur trois plans juxtaposés réunissant manchettes de journaux, silhouettes d’hommes et de femmes … « Cette œuvre était pour moi une sorte d’exercice. Je travaillais, à l’époque, en écoutant la chaîne satellite d’informations Al-Jazeera, et je me défoulais ... les gris, noirs et marrons convenaient à mon état d’âme. Il y a des allusions politiques qui ne sont pas choquantes, ce qui n’entravera pas la vente », dit Abla, qui a été invité par le Hezbollah en 2002 parmi d’autres artistes au camp d’Al-Khiam afin de le transformer en un camp culturel. « J’ai choisi 6 photos que j’ai prises au Sud-Liban pour l’exposition de la galerie Portrait. J’ai placé au centre une pancarte que j’avais remportée du Sud-Liban, sur laquelle est écrit en arabe, hébreu et anglais : Mines dangereuses ! ».

Jusque-là, les initiatives des deux galeries s’avèrent réussies. Depuis le vernissage, 58 œuvres, sur les 66 exposées à la galerie Ibdaa, ont été vendues. Et plusieurs hommes d’affaires et intellectuels ont exprimé leur souhait d’acheter les 34 tableaux exposés à la galerie Portrait.

Lamiaa Al-Sadaty

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A la galerie Portrait, jusqu’au 31 août, tous les jours de 10h à 22h, sauf le vendredi. A la galerie Ibdaa, jusqu’au 16 septembre, tous les jours de 10h à 22h, sauf le vendredi. Pour les adresses, voir page Calendrier.

 




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