Al-Ahram Hebdo, Economie | Les faux paris du Docteur Ghali
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 à 11 juillet 2006, numéro 617

 

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Economie
Budget 2006/2007 . Il est entré en vigueur le 1er juillet. Le gouvernement n’a pas réussi à mobiliser les recettes des impôts qu’il escomptait. Au même moment, il fait des coupes dans les subventions, la santé et l’éducation pour diminuer les dépenses publiques.

Les faux paris du Docteur Ghali

Le docteur Youssef Boutros-Ghali a été choisi en 2003 pour le poste de ministre des Finances pour tenter une guérison miracle d’un déficit budgétaire de 62,4 milliards de L.E. (sur un budget total de 217 milliards de L.E.). L’histoire de ce déficit est longue. Depuis des années, les recettes du pétrole, du Canal de Suez et l’aide étrangère, ressources essentielles du budget, sont en chute libre. Avec une caisse se vidant, l’Etat n’a plus de remède que de se tourner vers les impôts. Les recettes des impôts sur les salariés n’ont pas la capacité de combler le déficit. Les salariés sont majoritairement pauvres ; pas question donc de tenter de pomper quelques sous à droite et à gauche. Il faut cibler les vraies fortunes. Le régime s’est tourné vers les hommes d’affaires. Mais comment leur soutirer de l’argent ? Les riches versent déjà directement à la bureaucratie sous forme de pots-de-vin ou autres. Comment donc demander aux hommes d’affaires de payer en plus 40 % de leurs profits comme le stipulait la défunte loi sur les impôts ? La nouvelle loi mise en application l’année dernière a donc revu les exigences étatiques à la baisse. « Seulement 20 %, de plus on va vous traiter comme des humains : vous épargner l’humiliation rencontrée par le peuple dans les administrations ; vous créer un monde à part, un Etat dans l’Etat, avec des bureaux climatisés et des fonctionnaires qui savent sourire ... ». Le Dr Nazif, premier ministre, avait déjà imposé aux fonctionnaires de sourire. Le Docteur Ghali a créé un service des impôts consacré aux hommes d’affaires. Les cadeaux ne s’arrêtent pas là. On a nommé un ministre des Finances proche des hommes d’affaires, à savoir le Dr Ghali. Fils de l’ancienne aristocratie et docteur en économie de chez les Américains, il est brillant et il impose le respect chez ses homologues du Nord. Mais il faut absolument payer ... La situation est intolérable. Le problème n’est pas seulement social. Pour faciliter la croissance du capitalisme, il faut absolument réformer certains services d’Etat, notamment le système d’éducation. Les hommes d’affaires se plaignent de la force de travail égyptienne, bon marché c’est vrai, mais de faible productivité. La réforme de l’éducation est une question de survie pour les hommes d’affaires exposés à la concurrence du fait de la libéralisation du commerce extérieur.

En annonçant la nouvelle loi sur les impôts, Ghali avait dit qu’il se lançait dans un pari fou. La logique est simple. Diminuer le taux d’imposition réduit les envies de fraude et incite à se plier à la loi. Est-ce vrai ? Les chiffres proposés par le nouveau budget ne le montrent pas. Les recettes des impôts en pourcentage du total des recettes publiques n’ont pas connu d’amélioration. En 2004/5 elles étaient de 68,3 %, en 2005/6 de 62 % et en 2006/7 elles devraient être de 64,4 %. Une bonne partie des recettes des impôts provient des impôts sur l’Autorité du pétrole et du Canal de Suez. Cette partie est passée de 14,9 % à 30,6 % puis à 33,7 % dans la même période. En réalité, si le taux du déficit en pourcentage du PIB n’a pas augmenté durant les dernières années, c’est parce que les prix du pétrole et du gaz ont atteint un niveau sans précédent dans l’histoire ; et c’est grâce à l’invasion américaine de l’Iraq. Les caisses de l’Etat égyptien doivent aussi leur survie aux aides de l’équipe américaine au pouvoir. C’est ainsi que les recettes publiques en pourcentage du PIB ont augmenté de 20,7 % en 2004/5 à 25,6 % en 2005/6, l’année des élections présidentielles et parlementaires. Ainsi, les Américains qui disaient vouloir s’introduire dans la région pour déstabiliser les régimes autoritaires ont finalement eu un effet de stabilisation. Conclusion, les caisses de l’Etat égyptien doivent leur salut au pétrole, et le Dr Ghali a échoué jusqu’à présent à mobiliser plus d’impôts chez ses amis hommes d’affaires.

Aux grands maux les grands moyens

Les dépenses publiques vont donc mal, et aux grands maux les grands moyens ... Dans le budget de l’année 2006/07, les acquis sociaux en font les frais. Ainsi, les subventions alimentaires pour les plus démunis ont vu leur part chuter de 4,6 % des dépenses en 2005/6 à 2,7 % en 2006/7. Quant aux subventions pour la classe moyenne, dont quelques gouttes seulement arrivent aux plus pauvres (puisqu’elles concernent notamment l’essence), elles sont à la hauteur de 40 milliards de L.E.

La santé, elle aussi, continue sa chute pour atteindre 4,3 % des dépenses, contre 4,4 % l’an dernier et 5,4 % en 2002/3. La grande surprise du budget 2006/7 est la chute de la part de l’éducation à 12,6 % des dépenses, contre 13,1 % des dépenses de l’Etat l’année précédente et 16,1 % en 2003/4. On est surpris non seulement parce que le discours gouvernemental sur l’importance de l’éducation dans le développement des nations a pris un nouveau tour ces dernières années, mais parce que celui-ci est une question de survie pour un capitalisme qui cherche à augmenter la productivité du travail face à la rude concurrence asiatique.

Le nouveau budget 2006/7 révèle donc au grand jour les limites des « réformes » que peut introduire l’équipe économique choisie et orchestrée par Gamal Moubarak, le fils du président. Abondances de mots et pénurie de réalisations. Pire. Le Docteur en économie a trahi sa discipline jusqu’au point de falsifier les chiffres pour cacher des tendances. Il suffit de réviser ses propres calculs dans le budget pour le voir. Ainsi, par exemple, le budget dit que le taux des recettes des impôts va passer de 15 % l’année dernière à 16 % cette année. Mais il suffit de s’équiper d’une calculette pour découvrir que le taux est passé de 15,9 % à 15,9 % !!! Le Dr n’a tout simplement pas augmenté les recettes. Autre exemple, les salaires en pourcentage du PIB sont restés stables à 8 % selon la calculette du Dr, tandis que notre calculette affirme qu’ils ont chuté de 8 % en 2002/3 à 7,7 cette année.

Pour cacher les maladies de son patient, le Docteur falsifie le rapport qui ne donne pas la vraie mesure de la température et la tension du malade. Ainsi, on nous a dit que la température du malade est de 38 degrés, mais en réalité, elle est de 40.

Samer Soliman

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