Qosseir,
De notre envoyée spéciale —
Au
centre de l’actuelle ville de Qosseir, à environ 600 km au sud
du Caire, se dresse majestueusement la forteresse de Qosseir.
Celle-ci fut sélectionnée par le American Research Center of
Egypt (ARCE, Centre américain des recherches en Egypte), en
coopération avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA), pour y
établir un centre d’accueil. Les experts se sont servis de la
cour, des tours, de la citerne d’eau et des murailles de la
forteresse pour installer le centre des visiteurs. A travers une
présentation des antiquités trouvées dans ce site, le centre
expose les richesses, l’histoire, voire la vie quotidienne à
Qosseir.
Lorsque le visiteur franchit le seuil de la
forteresse, il se trouve face à une grande carte de l’Egypte en
pierre. Sur celle-ci sont indiqués les quatre ports antiques
connus sur la mer Rouge. Ce sont : Bérénice, au sud de Marsa
Alam, Leacos Limons, au nord de l’actuelle ville de Qosseir
d’environ 7 km, Gawassis, au sud de Safaga de 22 km et enfin
Abou-Shaara Quebli. « Ces ports furent établis au Moyen Empire
et ont vécu une prospérité majeure à l’époque gréco-romaine.
Quant à cette forteresse, elle a été édifiée pendant l’époque
ottomane », explique l’inspecteur Mohamad Aboul-Wafa, directeur
du site. Selon lui, cette carte a résumé l’histoire de la mer
Rouge avant l’établissement de cette forteresse. Le visiteur
peut observer la mer clairement à partir de la tour cylindrique
qui la surmonte. Elle est connue sous le nom « tour du
pèlerinage » parce qu’elle comprend un panneau représentant une
scène du pèlerinage.
Quant aux tours à partir desquelles était
surveillée la mer pendant l’Expédition française, elles sont de
forme rectangulaire. Chacune d’elles est exploitée par l’ARCE
pour exposer l’un des aspects de l’histoire de Qosseir. Celle du
sud représente les scènes du commerce maritime, et celle de
l’ouest expose le commerce routier. Ces deux voies furent
utilisées fréquemment durant le Moyen Empire, l’époque romaine
et la période islamique pour exporter les produits, notamment le
blé et les poteries égyptiennes, vers les pays de Pount, Rome et
les pays de l’Extrême-Orient.
Quant à la tour nord, les experts l’ont
consacrée à la vie bédouine qui conserve jusqu’aujourd’hui ses
traditions et ses habitudes. La dernière, celle de l’est, offre
au visiteur les équipements qui furent utilisés pour extraire le
phosphate durant le début du XXe siècle.
Histoire d’une forteresse
Si le centre décrit l’histoire de Qosseir en
tant que telle, il n’a pas négligé celle de la forteresse.
Celui-ci a mis en relief les étapes de sa construction et le
rôle qu’elle a joué au fil de quatre siècles. Selon l’inspecteur,
le premier qui a pensé à construire une forteresse dans ce lieu
fut le sultan mamelouk Qonsowa Al-Ghouri. « Celui-ci a signé un
décret précisant que cette colline, isolée à l’époque, qui
s’éloigne d’une distance de 50 mètres de la mer » deviendra un
fort, affirme Aboul-Wafa. Le motif essentiel de sa construction
fut la protection de la côte de la mer Rouge des attaques
navales des Portugais. Elle devait d’ailleurs sécuriser la route
des pèlerins qui venaient de la Haute-Egypte pour se rendre à La
Mecque et à Médine. Autre objectif, cette forteresse et son port
devaient remplacer l’« ancien port » (voir Enc.). Selon
l’inspecteur, l’installation de la forteresse à cette époque
n’est pas certaine malgré ce décret. Par ailleurs, celle-ci fut
mentionnée la première fois dans un message daté de 1589 et
rédigé dans la forteresse pour être envoyé au palais d’Ibrime
qui se situe au bord du Nil en Nubie. Découvert dans ce palais,
ce message assure que les Ottomans, après leur victoire en 1517,
ont construit une série de forteresses tout le long de la Vallée
du Nil, les déserts et les côtes maritimes. Et ce, pour des
raisons de sécurité. De plus, la « forteresse abrita la caserne
ottomane jusqu’au début du XVIIIe siècle », affirme l’inspecteur.
Le centre expose encore un nombre de pièces
d’artilleries dont la date remonte à l’Expédition française en
1799. Pour se défendre, les soldats restaurèrent la forteresse
en consolidant ses murailles pour supporter le feu des
artilleries. En même temps, la forteresse servit aux Français
pour se défendre contre des attaques de deux navires anglais.
Ces derniers se retirèrent lorsque leurs tentatives de déloger
les soldats français échouèrent. La forteresse continua à servir
pendant le règne de Mohamad Ali, lorsque ce dernier et son fils
Ibrahim pacha prirent la forteresse du Qosseir comme point de
départ de leur guerre contre les Wahhabites à la Presqu’île
arabe.
Doaa Elhami