Lancée officiellement pour ramener sain et
sauf un soldat israélien enlevé par trois groupes palestiniens,
l’offensive d’Israël contre la bande de Gaza montre une fois de
plus qu’il se soucie peu du droit international et de la
souffrance humaine. L’attaque a cependant des ambitions plus
vastes que la libération du soldat dont témoignent l’ampleur des
moyens mis en œuvre et la durée de l’offensive.
Les plus hauts responsables israéliens sont
les premiers à le reconnaître : à court terme il s’agit de
réduire au minimum les tirs de roquettes contre le sud d’Israël,
sachant qu’il est impossible de les stopper complètement par une
action militaire. Pour des observateurs israéliens, une
opération militaire dans la bande de Gaza devenait inéluctable
du moment que l’armée ne parvenait pas à stopper les tirs de
roquettes artisanales sur le sud d’Israël. En fait, le premier
ministre, Ehud Olmert, espère que l’attaque dans la bande de
Gaza va permettre de faire avancer son plan de tracer
unilatéralement les frontières d’Israël sans accord avec les
Palestiniens. La poursuite des attaques palestiniennes à partir
de la bande de Gaza persuade les Israéliens qu’il en sera de
même à partir des zones de Cisjordanie qui seraient évacuées en
vertu du plan Olmert de « regroupement ». Réduire les attaques
de roquettes à partir de la bande de Gaza aidera Olmert à vendre
son plan de retrait unilatéral d’une partie de la Cisjordanie,
bien que cette évacuation semble désormais renvoyée aux calendes
grecques.
L’invasion de Gaza vise aussi à rétablir le
pouvoir de dissuasion de l’armée israélienne d’autant que la
capture du soldat et la mort de deux autres lors d’une attaque
palestinienne ont été ressenties comme un camouflet et une
humiliation par Tsahal.
Il s’agit enfin de frapper le mouvement
islamiste palestinien Hamas parvenu au pouvoir par les élections
du 25 janvier, que le gouvernement israélien avait permises et
dont il regrette le résultat. Dans ce contexte, l’idée est de
débarrasser la bande de Gaza du gouvernement du Hamas. Cela
aidera Olmert à vendre son idée d’un prochain redéploiement et
d’une évacuation de colonies en Cisjordanie. Une partie de
l’appareil militaire israélien demande depuis les élections
législatives du 25 janvier d’éliminer le Hamas avant qu’il ne se
renforce. L’arrestation de ses 64 responsables politiques en
Cisjordanie s’inscrit dans cette logique, bien qu’elle ait
d’abord pour but d’obtenir une monnaie d’échange en dépit des
dénégations officielles. Ces responsables doivent être traduits
devant des tribunaux militaires, alors que Ehud Olmert menace de
mettre sous les verrous d’autres responsables politiques
palestiniens dans la bande de Gaza.