Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Wahid Abdel-Méguid
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 Semaine du 12 à 18 juillet 2006, numéro 618

 

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Opinion

 L’équilibre des forces au sein du Hamas

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

Ce que vit Gaza aujourd’hui est un événement sans précédent. Mais il ne représente pas pour autant un nouveau volet dans le conflit palestino-israélien. Il s’inscrit plus comme une tentative pour changer les règles du jeu de ce conflit. Le Hamas, et notamment les rigoristes qui dominent son aile militaire, tente d’astreindre le gouvernement d’Olmert d’accepter le principe de l’échange de l’otage israélien contre des détenus palestiniens, abstraction faite de leur nombre. Par ailleurs, le gouvernement Olmert tente d’avorter ces tentatives. C’est ce qui crée de nouvelles conjonctures.

La dimension de la crise semble plus importante que le sort du soldat israélien, des agressions israéliennes ou de la tension qui sévit depuis la victoire du Hamas aux élections législatives et la formation du gouvernement.

Ceci rend le règlement du problème du soldat israélien détenu extrêmement compliqué. La tentative de changer les règles du jeu crée une équation nulle car il est difficile de trouver un compromis : soit le Hamas réussit à imposer ce changement, soit le gouvernement israélien réussit à le faire avorter. Pour la médiation égyptienne, la situation semblait sans issue. Les efforts déployés au cours des deux dernières semaines n’ont mené à rien. Ceux commencés au Caire, avec une coopération limitée de la part de Washington, étaient affaiblis par un différend autour de l’estimation de la gravité de la situation. Le sommet égypto-saoudien qui s’est tenu le lundi 3 juillet à Riyad était l’un des aspects les plus évidents du soutien arabe pour la médiation égyptienne. Quant à la coordination égypto-syrienne, elle était l’un des aspects non déclarés les plus importants. Damas s’était montré favorable aux efforts égyptiens à la lumière des résultats positifs de la visite effectuée par Al-Assad au Caire, trois jours seulement avant la détention du soldat israélien. Ce soldat était devenu otage de l’aile militaire du mouvement Hamas et de deux autres factions qui lui sont étroitement liées.

Les circonstances de cette crise rendent sa résolution quasi impossible sachant que le gouvernement israélien devra sauver la face dans le premier grand défi qui l’oppose au Hamas. Ce mouvement avance des revendications impossibles comme la libération de 1 000 détenus palestiniens, outre les femmes et les enfants détenus. Sans oublier que les leaders du mouvement à l’étranger avaient menacé de recourir à l’enlèvement d’autres soldats israéliens pour les échanger contre des détenus palestiniens. Des revendications qui placent leur crédibilité sur la sellette à un moment difficile où les différends non déclarés ne cessent de s’accroître entre eux et les leaders modérés de l’intérieur. Le fossé entre les rigoristes et les modérés du Hamas avait mis encore plus de bâtons dans les roues de la -médiation. L’obstacle le plus important réside dans la difficulté de parvenir à une formule à travers laquelle Olmert ou Méchaal peuvent se prétendre vainqueurs ou du moins non perdants.

Pour le gouvernement israélien, il est difficile de se soumettre à la tentative du Hamas de changer les règles du jeu et de créer une nouvelle arme, plus létale que les missiles artisanaux que les Palestiniens ont développés. Accepter d’échanger le soldat israélien contre des détenus palestiniens et parvenir à un accord déterminé encourageront les diverses factions à kidnapper davantage de soldats israéliens. C’est le scénario le plus grave pour Israël. Par ailleurs, pour Hamas et notamment pour ses leaders rigoristes, il est difficile de libérer le soldat détenu sans contrepartie. Renoncer à l’échange affaiblit la situation du mouvement en général sur la scène palestinienne et le présente comme incapable de gérer la crise. Il affaiblit aussi la position de ses leaders rigoristes. Ils craignent, en effet, que leur accession au pouvoir ne mène à un changement progressif de la doctrine du mouvement renforçant le pouvoir des modérés et l’écartant de ses constantes.

Il était donc tout à fait naturel que la médiation égyptienne soit dans l’impasse. Le gouvernement Olmert n’a pas accepté de réduire au minimum le nombre de Palestiniens qui peuvent être échangés contre le soldat israélien. Il a refusé de réduire de moitié le nombre requis par le Hamas. Il n’a pas accepté non plus des exigences moins embarrassantes pour lui comme de libérer des détenus emprisonnés depuis plus de 20 ans ou de libérer les femmes dont le nombre atteint près de 120. Pour le gouvernement Olmert, le problème réside dans le principe de l’échange et non dans le nombre et le statut des Palestiniens qui peuvent être échangés.

D’autre part, les rigoristes du Hamas n’ont accepté aucun accord sur le principe de l’échange car sa consécration est l’essentiel pour eux. Ce qui signifie une redistribution des cartes. Cette dernière ne peut aboutir qu’à travers un accord d’échange déclaré et exécuté face au monde entier. C’est pourquoi les rigoristes ont refusé une formule que le gouvernement Olmert pouvait accepter sous l’effet de l’insistance égyptienne et de pressions américaines limitées. Cette formule se base sur la libération du soldat israélien en contrepartie du retrait des forces israéliennes du secteur puis la libération d’un nombre indéterminé de détenus palestiniens. Cependant, cette formule ne répond pas au besoin des rigoristes du Hamas de consacrer le principe de l’échange bien qu’elle mène à la libération de détenus palestiniens. Chose garantie par l’Egypte.

Le principe de l’échange est plus important pour eux que la libération des détenus. Le problème, pour eux, n’était pas de s’assurer qu’Israël respecte cette formule. Le problème résidait dans l’ajournement de la libération et dans l’indétermination de la date de la libération ni les caractéristiques des détenus qui seront libérés. C’est pourquoi bien que cette formule garantisse la libération de détenus palestiniens, elle ne mène pas à la consécration du principe de l’échange des détenus.

Si le gouvernement Olmert persiste à vouloir avorter cette tentative de changer les règles du jeu, ce qui est le plus probable, les deux parties entreront dans une guerre d’usure indéterminée. Les kidnappeurs du soldat israélien tenteront d’épuiser moralement les Israéliens alors que le gouvernement d’Olmert tentera d’épuiser les Palestiniens moralement et matériellement.

Le prochain échiquier palestinien dépendra des interactions à l’intérieur du mouvement du Hamas et de la capacité de ses leaders modérés, dont le chef du gouvernement actuel Ismaïl Haniyeh, de sauver le mouvement et la cause palestinienne, en réorganisant les conjonctures à l’intérieur même du mouvement. La position des rigoristes s’affaiblira certainement et leur relation avec Damas ne sera plus comme avant, après qu’ils eurent refusé les conseils syriens de répondre aux médiations égyptiennes. Le fait qui a exposé Damas à des accusations américaines et françaises et à des provocations de l’aviation israélienne qui a survolé au-dessus du palais présidentiel syrien. Damas craint de se trouver seul si Téhéran vient à conclure un accord avec l’Occident. Damas cherche dans ce cas un couvert arabe. Ceci était évident dans la visite d’Al-Assad pour Le Caire le 22 juin dernier.

De plus, l’échec des rigoristes du Hamas d’échanger le détenu israélien rend leur position interne une sorte d’aventure dont de nombreux Palestiniens payent le prix. Le fait qui affaiblit leur position. Si ceci se réalise, les leaders modérés de l’intérieur pourront prendre des mesures efficaces pour activer le document de concorde nationale. Ils pourront ainsi créer une nouvelle situation où la partie palestinienne sera dans une position plus forte sur le plan régional et international.

Ce sont les interactions internes du Hamas qui ont formé la scène palestinienne actuelle. Ce sont aussi les évolutions de ses interactions qui détermineront la scène suivante et notamment l’équilibre de forces entre les rigoristes et les modérés.

 

 

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