Au
cours des dernières années, la liberté de la presse a permis la
publication de nombreux rapports et enquêtes concernant les
dossiers de corruption. L’opinion publique en a été informée. Le
gouvernement n’a pas particulièrement apprécié la publication de
ces rapports, car ils ont impliqué un certain nombre de hauts
responsables de l’Etat. Et c’est à la suite de la publication
par la presse de nombreuses affaires relatives à des cas de
corruption qu’un nombre considérable de responsables ont comparu
devant la justice.
Pour certains, cette corruption dévoilée au
grand jour a été une surprise, voire un choc. Pour d’autres,
elle est un phénomène naturel supposé exister partout. Cette
prise de conscience devient une problématique pour les
gouvernants et les gouvernés qui s’interrogent dorénavant sur
l’utilité de la vérité : peut-elle permettre une plus grande
clarté entre l’opinion publique et le régime ? Ce dernier
posséderait-il les mots pour se justifier ?
Hélas, dans notre pays, la corruption est un
phénomène répandu. Nous pouvons recenser au moins un cas dans
chaque domaine. Le secteur bancaire a connu son affaire des
emprunts sans garanties. Le secteur agricole, quant à lui, s’est
vu entaché du scandale relatif au trafic des insecticides et la
vente illégale de terrains possédés par l’Etat. Outre le trafic
des antiquités, de l’importation de produits alimentaires
avariés, etc. La révélation de tous ces cas a commencé par une
petite nouvelle publiée dans la presse. Et c’est le pot aux
roses qui a permis de juger les personnes impliquées dans ces
affaires. Et c’est également à partir de ces informations que
les appareils d’investigation ont commencé leurs enquêtes.
Nous savons tous que les responsables, sous
prétexte de préserver les secrets de l’Etat, ne dévoilent rien.
Mais en même temps, ils veulent que la presse fasse les louanges
de toute réalisation, qu’elle soit réelle ou non.
Et en conséquence, nous avons vu apparaître
des velléités de rajouter une clause à la loi sur la presse.
Celle-ci permet la détention des journalistes dans le cas où ils
remettraient en cause la transparence financière d’un
responsable ou d’un parlementaire. Or, ceux-ci doivent savoir
que les nouvelles ne tombent pas du ciel sur la tête des
journalistes. Tout commence par un travail d’investigation. Le
journaliste entame une longue série de recherches et d’enquêtes.
Et ce, dans un pays où le droit du citoyen à obtenir n’importe
quelle information n’est pas reconnu.
Mais autoriser la détention d’un journaliste
est en soi un acte de corruption. Est-il logique de mettre
derrière les barreaux un journaliste sous prétexte qu’il a remis
en doute la transparence financière d’un haut responsable
protégé par son immunité ? De plus, une telle loi porte atteinte
au principe de l’égalité face à la loi. Pourquoi ces personnes
en particulier profitent-elles de l’immunité ? Le Conseil
consultatif qui essaye de s’arracher un rôle législatif n’a pas
été à la hauteur de ses ambitions. Il a approuvé la nouvelle loi
sans prendre en compte ses répercussions. Maintenant,
l’Assemblée du peuple doit rectifier cette loi, non pour
protéger les journalistes, mais pour lutter contre la corruption
et garantir la liberté de la presse.