«
Fabriquer des êtres humains, c’est notre unique objectif », dit
Bertrand Lavaur, directeur du club Astérix, à Héliopolis. Un
centre qui propose aux enfants francophones de 5 à 11 ans de
s’amuser tout en s’instruisant pendant les vacances d’été et de
mi-année. Jeux de rôles, jeu de l’oie, mots croisés sur des
thèmes, des lotos, petit bac, sont tous des éléments
intéressants de la première heure de la journée. Raison pour
laquelle les enfants et les parents sont devenus ponctuels et
sont là à 9h pile, car ils savent que chaque minute de retard
les privera d'amusement. Lavaur sait que c'est à travers le
ludique que les enfants avanceront. C’est ainsi qu’on donne aux
gamins l’occasion de s’exprimer, de connaître le vocabulaire et
de pratiquer l’oral. Cuisine, bricolage, peinture, informatique,
théâtre, tissage et poterie ; les petits passent d’une pièce à
l’autre tout au long de la journée dans une ambiance joyeuse
avec leurs animateurs, tous français et aidés par des assistants
francophones. Tous les jours du mois sont pour ces petits avides
de savoir et de jeu, une aubaine. C'est pour cette raison que le
dernier jour est toujours triste puisque c'est la fin des cours.
Pour finir en beauté, une kermesse est donc organisée durant
laquelle les enfants présentent une pièce de théâtre sur un
thème qui change chaque mois. « Ce mois-ci, nous avons choisi le
thème des personnages du monde de Walt Disney ». « C’est le plus
beau jour de ma vie », dit Georges, visiblement très heureux par
sa journée et par son mois. « Mon fils apprend la langue
française à l'école mais de manière très académique. Alors il
connaît les règles de grammaire, mais il est incapable de
s'exprimer facilement en bon français. Ce qui lui manque c’est
la pratique et c’est justement ce qu'on lui offre ici », dit le
père d’un enfant de 9 ans. Selon lui, pour bâtir un enfant
francophone on ne peut pas avoir recours uniquement à une école
de langue.
Lavaur explique que si le centre a pour
objectif d’améliorer la langue chez les enfants francophones, il
s'occupe également du développement du comportement humain, la
politesse, les principes et les règles de vie. « On est là pour
guider les enfants et mettre l’accent sur le beau, bien fait et
fini ».
A la mi-septembre, le service continue dans
ce centre mais autrement : le club Astérix se transforme en un
club de langue sous le nom de Lamartine qui offre l’aide aux
enfants quant à leurs programmes scolaires de français. « Nous
n’avons pas de programmes définis pour enseigner le français aux
enfants. Nous aidons chaque enfant selon ses besoins, c'est un
travail individuel. Nous faisons un travail sur mesure, selon la
méthode de chaque école, et le niveau de l’élève », conclut
Lavaur.
De plus en plus de parents, dont les enfants
ont une éducation francophone, ressentent un besoin de mettre
leurs enfants dans des centres pour améliorer le niveau de
langue dans une bonne ambiance. Fatma, maman d’un petit de 10
ans, en a fait l'expérience et s'en réjouit. « Après avoir passé
un mois dans un de ces centres, ma fille a non seulement
amélioré sa langue mais a aussi commencé à réfléchir en français
». Ce qui n'est pas évident dans nos écoles.
Français, nature et art
L'académie
française AFCA, inaugurée en 2003 à Doqqi, présente le même
service et accueille les enfants francophones de 5 à 12 ans pour
leur enseigner la langue française à travers l'art. Théâtre,
bricolage, dessin, musique, chanson et même cuisine. Selon Héba
Zohni, responsable à AFCA, quel que soit le thème choisi, il
doit être relié à la nature, c'est un élément commun qui doit
être toujours présent. « Dernièrement, nous avons choisi
l'environnement comme thème. Nous avons demandé aux enfants de
créer leurs projets en s'inspirant de la nature. Ainsi, des
enfants ont dessiné des bananiers, d'autres se sont promenés
dans la nature pour sentir les fleurs et reconnaître les odeurs
et les couleurs, etc. », ajoute Zohni. Hala, maman d'une petite
fille de 10 ans, affirme que cet endroit lui offre en même temps
l'art et la pratique de la langue, deux choses qu'elle devait
auparavant aller chercher dans des endroits différents. Tout en
leur offrant également une hygiène de vie et une sensibilité
envers l'esthétisme. « Pas de coca, pas de chips, que de l'art,
de la nature et des produits sains », explique Héba Zohni. « Ce
qui est bien, c'est que les enfants ont la possibilité de manger
de la soupe qu'ils préparent eux-mêmes. Ainsi, ils apprennent à
cuisiner et à manger des plats sains, et pourquoi pas à
connaître le nom des ingrédients en français », dit Hala très
contente que sa fille acquière de jour en jour un comportement
sain.
En fait, si ces centres ont commencé à
pousser l’un après l’autre pendant ces quelques dernières années,
c'est qu'ils répondaient à une réelle demande de la part des
parents qui voient le niveau de la langue baisser dans les
écoles et qui cherchent donc à occuper leurs enfants pendant
l'été ou les vacances avec ce plus qu'est la pratique de la
langue.
Le Centre Français de Culture et de
Coopération (CFCC) a toujours joué ce rôle et continue de le
faire avec ses deux branches à Mounira et à Héliopolis. Marc
Scusckine, directeur du CFCC d'Héliopolis, explique que les
enfants francophones de l’âge de 5 à 15 ans peuvent rejoindre le
centre pour y trouver beaucoup d’amusement en pratiquant la
langue française. Ateliers, dessins, chansons, illustrations et
cinéma aussi, tout est au service des petits francophones, en
plus de la bibliothèque qui présente ses services pendant toute
l’année.
Raghda, maman de Farah, 8 ans, explique que
le fait qu'ils soient peu nombreux par groupe fait que
l'animateur est plus à l'écoute de chaque élève. « Rien à voir
avec nos classes de 45 élèves où on ne se préoccupe que
d'apprendre des règles par cœur ». Et comme les parents, les
enfants également sont satisfaits même si les raisons sont
différentes. « Nos parents nous inscrivent dans ces clubs d’été
pour améliorer notre niveau de français. Mais je dois avouer que
moi, ce qui m’intéresse, c’est que je passe ma journée avec des
animateurs agréables qui s'occupent de nous, qui nous écoutent
et qui s'intéressent à ce que nous faisons. Ce qui est très
différent de ce que nous connaissons au cours de l'année. Nous
nous faisons également de nouveaux amis avec lesquels nous
jouons, nous dessinons et nous passons la journée sans jamais
nous ennuyer », affirme Rana, 10 ans, qui avoue pourtant qu'à
travers cette expérience, elle a acquis beaucoup plus de
confiance en elle dans l'expression de la langue. « Il y a eu
comme un déclic, et je me suis mise à parler facilement comme
par réflexe. Un sentiment très agréable », avoue Rana, qui passe
chaque année un mois au centre.
Le mini-Roland Garros
Si
certains parents ont opté pour des centres d'art pour améliorer
le niveau de langue de leurs enfants, d'autres ont choisi le
sport. D'une pierre deux coups, les enfants se spécialisent dans
un sport tout en pratiquant leur langue. « Un esprit sain dans
un corps sain », c'était le choix des parents qui ont inscrit
leurs enfants dans le stage de tennis intensif offert par
l'Académie de tennis d'Alexandre Havaux. Mouvements … énergie,
vitalité, mais aussi discipline, professionnalisme et rigueur,
c'est dans une ambiance conviviale et gaie que se retrouvent
tous les matins les petits enfants, futurs tennismen, dans ce
petit îlot paradisiaque qu'est l’Académie de tennis au Season’s
Club sur la route Le Caire-Alexandrie. Ici c’est le sport qui
rassemble les enfants francophones qui passent leurs journées à
faire du tennis mais aussi de la natation et d'autres sports
collectifs sous l'œil protecteur de leurs coaches étrangers et
surtout francophones. En fait, le propriétaire de Season’s Club
a donné une carte blanche à Alexandre pour diriger cette
académie de manière à offrir à ces enfants un entraînement de
haut niveau en tennis. Ce dernier, le coach professionnel belge
et un des rares qui soidiômé de PTR, (Professional Tennis
Register) et qui applique la méthode européenne pour
l'apprentissage du tennis aux enfants, explique qu’il commence
par le baby tennis, puis le mini pour arriver au junior. Tout
est très bien étudié selon des méthodes d'apprentissage
professionnelles. « Il faut commencer par des choses très
simples avec les enfants qui doivent d'abord avoir une bonne
psychomotricité pour évoluer dans le niveau. Les enfants
apprennent ce qu’il faut et pourquoi il le faut », ajoute Alex
comme les enfants et les parents préfèrent l’appeler. Ici tout
est préparé pour convenir aux petits. Les équipements sont
appropriés à l'âge et au niveau de chaque enfant. La surface des
terrains ne dépasse pas les 15 mètres pour les plus petits, les
raquettes aussi sont adaptées ainsi que les balles. Et ce,
jusqu’à ce que l’enfant soit capable de jouer « du vrai tennis
».
La journée commence effectivement à 10h par
des cours de technique de tennis jusqu’à midi. Puis après une
petite pause d’une heure, c’est le temps du rafraîchissement à
la piscine dans laquelle les enfants s’amusent en organisant des
jeux sportifs. Et ainsi la journée continue à un rythme où le
sport se marie au ludique pour former un vrai espace de vacances
sportives à la française. « Il y a aussi du temps pour d’autres
sports mais le tennis c’est l’élément le plus important dans
notre académie », explique Kevin Francis, un autre coach
professionnel. En hiver, l’académie offre aussi des cours privés
à ceux qui le désirent 2 à 3 fois par semaine et des stages
intensifs pendant les vacances. « En inscrivant ma fille à ce
stage, j'ai trouvé la formule magique. Elle passe du temps en
plein air, en faisant du sport avec de professionnels du tennis
qui ont également beaucoup d'expérience dans le relationnel avec
les enfants. Et ce dans une atmosphère complètement francophone
», conclut la maman de la future petite Justine Henin, joueuse
de tennis belge. Pourquoi pas ? .
Hanaa Al-Mekkawi