Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Au bord du gouffre
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 12 à 18 juillet 2006, numéro 618

 

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Monde Arabe

Iraq . Les différentes communautés se laissent entraîner dans un cycle infernal d’attaques et de représailles qui risque de se transformer en véritable guerre civile.

Au bord du gouffre

Ni le plan de sécurisation de Bagdad, ni celui de réconciliation lancé récemment par le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki, ne parviennent à stopper le dangereux engrenage dans lequel s’est engagé l’Iraq. Au contraire, la situation est de plus en plus explosive dans ce pays, et a pris cette semaine de plus grandes proportions, qui laissent craindre que le pays ne sombre dans une guerre civile. Jusque-là, ce terme a été soigneusement évité pour ne pas envenimer la situation. Mais les événements de cette semaine prouvent que nous sommes bien face à une guerre civile qui ne dit pas son nom. La violence confessionnelle a atteint son paroxysme avec une série d’attaques et de représailles. Tout a commencé en début de semaine par le massacre de sang-froid de 42 personnes dans un quartier largement sunnite par des hommes habillés en civil et cagoulés, aussitôt suivi d’un double attentat contre un lieu de culte chiite qui a fait 19 morts et 59 blessés. Lundi, le carnage s’est poursuivi : 10 personnes ont été tuées dans un triple attentat dans le grand quartier chiite de Sadr City, à Bagdad, puis immédiatement après une bombe a explosé sur un marché de la rue Kifah dans le quartier sunnite de Cheikh Omar, blessant 14 personnes. La communauté kurde n’a pas été épargnée non plus. Au moins, trois personnes ont été tuées et 20 blessées lundi également dans un attentat suicide au camion piégé visant l’un des principaux partis kurdes d’Iraq, dirigé par le président Jalal Talabani, à Kirkouk, au nord de Bagdad.

Mais le plus grave est que les différentes communautés reconnaissent tout simplement leurs actes, faisant croître le sentiment croissant de victimisation des communautés. Cheikh Mahmoud Al-Soudani, imam chiite de la mosquée Fatima Zahra, du quartier Jihad à Bagdad, a affirmé que le meurtre des sunnites dimanche dernier était un acte de représailles après les différentes attaques dont a été l’objet sa communauté. « Ces cinq derniers mois, des chiites ont été tués et chassés du quartier. Ils appartenaient à des tribus du sud qui ont voulu prendre leur revanche », a affirmé ce cheikh, du mouvement radical chiite de Moqtada Sadr. « La goutte qui a fait déborder le vase a été l’attaque contre notre mosquée samedi au cours de laquelle mon assistant a été blessé », a-t-il déclaré. Un bus piégé, devant la mosquée, avait fait 7 morts et 17 blessés. Pour sa part, cheikh Abdelsamad Al-Obeidi, imam de la mosquée sunnite Fakhri Chanshal, a accusé l’Armée du Mehdi, la milice du chef radical chiite Moqtada Sadr, et a blâmé le « gouvernement qui reste les bras croisés ».

Montré du doigt, Moqtada Sadr a appelé à des assises nationales pour mettre fin à la violence et éviter une guerre civile. « L’Iraq passe par une phase cruciale et la situation s’est détériorée au plan de la sécurité en dépit de l’existence d’un gouvernement indépendant », a déclaré le chef chiite, appelant « toutes les forces politiques et religieuses à s’asseoir ensemble pour faire face au complot occidental visant à plonger le pays dans une guerre civile et confessionnelle ».

La responsabilité américaine

Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse d’un complot ou non, les Etats-Unis qui occupent le pays depuis plus de trois ans ont une large responsabilité dans ce qui se passe. Selon le Dr Mohamad Al-Saïd Idriss, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « ce sont les Américains qui sont à l’origine de ce qui se passe actuellement. Au début de l’occupation, les Américains ont choisi de soutenir les Kurdes et les chiites, car les sunnites étaient considérés comme partisans du régime de Saddam, dans lequel ils étaient privilégiés. C’était un faux pas de la part des Etats-Unis. Aujourd’hui, ils sont empêtrés et ne savent plus quoi faire pour sortir de l’impasse ».

Comme les Américains, le gouvernement et la présidence iraqiens sont pour l’heure incapables d’apporter la solution qui éviterait un engrenage. Le président iraqien Jalal Talabani n’a pu qu’appeler à la retenue. « Nous sommes aujourd’hui au bord d’un gouffre dans lequel nous ne souhaitons pas voir les Iraqiens plonger : celui du meurtre sur la base de l’identité et du massacre d’innocents sans raison », a-t-il souligné. Il ne fait aucun doute en effet que les Iraqiens se trouvent au bord du gouffre. Selon le Dr Mohamad Al-Saïd Idriss, « il y a en effet un risque réel de guerre civile au vu de la situation actuelle ». « En fait, certaines parties ont intérêt à ce qu’une guerre civile éclate, notamment les Kurdes. Ces derniers veulent tirer profit au maximum des dissensions actuelles pour que la seule option soit le fédéralisme. Pour les Kurdes, c’est la première étape pour la création éventuelle d’un Etat kurde », explique Dr Idriss, avant de conclure : « Mais le plus grave est que l’option du fédéralisme n’est pas non plus la solution idéale. Il n’y a pas en Iraq une division géographique des différentes communautés. A Bagdad, à Mossoul ou à Kirkouk par exemple, les différentes communautés sont entremêlées. Le sud n’est pas que majoritairement chiite, mais on y trouve aussi des sunnites ». Face à cet état des lieux, le fédéralisme présenté comme une solution par certaines parties ouvrirait la voie à un autre problème d’envergure, à savoir un déplacement des populations. L’Iraq est loin du bout du tunnel.

Abir Taleb

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Constat d’échec

Réunis à Téhéran, les chefs de la diplomatie des pays voisins de l’Iraq se sont simplement mis d’accord sur des engagements verbaux pour une plus grande coopération pour ramener la sécurité.

Impuissance à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iraq. Tel est le triste bilan de la Conférence régionale sur la sécurité en Iraq qui s’est tenue samedi et dimanche à Téhéran. Au moment même où les ministres des Affaires étrangères voisins de l’Iraq discutaient de la sécurité, les violences faisaient rage dans les quatre coins du pays. De quoi mettre dans l’embarras les participants à la réunion, qui comme de coutume, se sont contentés d’engagements verbaux pour une plus grande coopération. La résolution finale ressemble ainsi à bien d’autres : « Exprimant leur grave préoccupation face à la situation sécuritaire alarmante en Iraq, les ministres ont exprimé leur détermination à engager une coopération efficace avec le gouvernement iraqien et à améliorer la sécurité et la stabilité en Iraq et dans la région ». Des paroles qui attendront d’être suivies d’actions concrètes à même de stopper la violence.

« La sécurité des pays voisins tels que l’Iran, la Syrie et la Turquie est menacée par l’instabilité de l’Iraq. Des membres de la guérilla peuvent s’infiltrer dans les territoires voisins, ce qui peut compliquer la donne régionale », explique Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études arabes. Malgré ces menaces directes, les voisins de l’Iraq restent incapables d’agir. Selon Abdel-Ghaffar Chokr, « c’est tout simplement parce que lorsqu’il s’agit de l’Iraq, ce sont les Etats-Unis qui décident. D’ailleurs, la plupart des voisins de l’Iraq sont des pays sous influence américaine. Ils se trouvent donc incapables de faire des propositions à l’encontre de la position américaine, et donc de leurs propres intérêts ».

C’est donc pour cela qu’au sujet de la présence américaine, les participants à la conférence ont simplement appelé à un transfert « le plus tôt possible » des tâches de sécurité aux forces iraqiennes, sans toutefois mentionner un calendrier de retrait des forces étrangères. Manque d’unanimité à ce sujet. Seul l’Iran insistait à fixer un calendrier. Faute d’accord, les chefs de la diplomatie ont préféré rester flous, soulignant simplement « la nécessité d’élever le niveau de préparation des forces de défense et sécurité iraqiennes et le transfert le plus tôt possible à ces dernières des responsabilités de défense et de sécurité ». L’Iran, en tant qu’hôte de la conférence, avait préparé à cet effet un projet de résolution prévoyant notamment un calendrier pour le retrait des forces d’occupation, selon le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi. Mais les autorités iraqiennes, dont le ministre des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari participait à la conférence, ont toujours refusé de demander aux Etats-Unis un calendrier pour le retrait de leurs forces. « Le gouvernement actuel ne peut pas diriger le pays sans la présence américaine. Si les forces de la coalition quittent le pays, le gouvernement perdra tout contrôle de la situation et donc perdra son contrôle. La présence américaine est dans leur propre intérêt », analyse Abdel-Ghaffar Chokr.

Maha Salem

 




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