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Iraq .
Les différentes communautés se laissent entraîner dans un cycle
infernal d’attaques et de représailles qui risque de se
transformer en véritable guerre civile.
Au bord du gouffre
Ni
le plan de sécurisation de Bagdad, ni celui de réconciliation
lancé récemment par le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki,
ne parviennent à stopper le dangereux engrenage dans lequel
s’est engagé l’Iraq. Au contraire, la situation est de plus en
plus explosive dans ce pays, et a pris cette semaine de plus
grandes proportions, qui laissent craindre que le pays ne sombre
dans une guerre civile. Jusque-là, ce terme a été soigneusement
évité pour ne pas envenimer la situation. Mais les événements de
cette semaine prouvent que nous sommes bien face à une guerre
civile qui ne dit pas son nom. La violence confessionnelle a
atteint son paroxysme avec une série d’attaques et de
représailles. Tout a commencé en début de semaine par le
massacre de sang-froid de 42 personnes dans un quartier
largement sunnite par des hommes habillés en civil et cagoulés,
aussitôt suivi d’un double attentat contre un lieu de culte
chiite qui a fait 19 morts et 59 blessés. Lundi, le carnage
s’est poursuivi : 10 personnes ont été tuées dans un triple
attentat dans le grand quartier chiite de Sadr City, à Bagdad,
puis immédiatement après une bombe a explosé sur un marché de la
rue Kifah dans le quartier sunnite de Cheikh Omar, blessant 14
personnes. La communauté kurde n’a pas été épargnée non plus. Au
moins, trois personnes ont été tuées et 20 blessées lundi
également dans un attentat suicide au camion piégé visant l’un
des principaux partis kurdes d’Iraq, dirigé par le président
Jalal Talabani, à Kirkouk, au nord de Bagdad.
Mais le plus grave est que les différentes
communautés reconnaissent tout simplement leurs actes, faisant
croître le sentiment croissant de victimisation des communautés.
Cheikh Mahmoud Al-Soudani, imam chiite de la mosquée Fatima
Zahra, du quartier Jihad à Bagdad, a affirmé que le meurtre des
sunnites dimanche dernier était un acte de représailles après
les différentes attaques dont a été l’objet sa communauté. « Ces
cinq derniers mois, des chiites ont été tués et chassés du
quartier. Ils appartenaient à des tribus du sud qui ont voulu
prendre leur revanche », a affirmé ce cheikh, du mouvement
radical chiite de Moqtada Sadr. « La goutte qui a fait déborder
le vase a été l’attaque contre notre mosquée samedi au cours de
laquelle mon assistant a été blessé », a-t-il déclaré. Un bus
piégé, devant la mosquée, avait fait 7 morts et 17 blessés. Pour
sa part, cheikh Abdelsamad Al-Obeidi, imam de la mosquée sunnite
Fakhri Chanshal, a accusé l’Armée du Mehdi, la milice du chef
radical chiite Moqtada Sadr, et a blâmé le « gouvernement qui
reste les bras croisés ».
Montré du doigt, Moqtada Sadr a appelé à des
assises nationales pour mettre fin à la violence et éviter une
guerre civile. « L’Iraq passe par une phase cruciale et la
situation s’est détériorée au plan de la sécurité en dépit de
l’existence d’un gouvernement indépendant », a déclaré le chef
chiite, appelant « toutes les forces politiques et religieuses à
s’asseoir ensemble pour faire face au complot occidental visant
à plonger le pays dans une guerre civile et confessionnelle ».
La responsabilité américaine
Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse d’un
complot ou non, les Etats-Unis qui occupent le pays depuis plus
de trois ans ont une large responsabilité dans ce qui se passe.
Selon le Dr Mohamad Al-Saïd Idriss, chercheur au Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « ce sont les
Américains qui sont à l’origine de ce qui se passe actuellement.
Au début de l’occupation, les Américains ont choisi de soutenir
les Kurdes et les chiites, car les sunnites étaient considérés
comme partisans du régime de Saddam, dans lequel ils étaient
privilégiés. C’était un faux pas de la part des Etats-Unis.
Aujourd’hui, ils sont empêtrés et ne savent plus quoi faire pour
sortir de l’impasse ».
Comme les Américains, le gouvernement et la
présidence iraqiens sont pour l’heure incapables d’apporter la
solution qui éviterait un engrenage. Le président iraqien Jalal
Talabani n’a pu qu’appeler à la retenue. « Nous sommes
aujourd’hui au bord d’un gouffre dans lequel nous ne souhaitons
pas voir les Iraqiens plonger : celui du meurtre sur la base de
l’identité et du massacre d’innocents sans raison », a-t-il
souligné. Il ne fait aucun doute en effet que les Iraqiens se
trouvent au bord du gouffre. Selon le Dr Mohamad Al-Saïd Idriss,
« il y a en effet un risque réel de guerre civile au vu de la
situation actuelle ». « En fait, certaines parties ont intérêt à
ce qu’une guerre civile éclate, notamment les Kurdes. Ces
derniers veulent tirer profit au maximum des dissensions
actuelles pour que la seule option soit le fédéralisme. Pour les
Kurdes, c’est la première étape pour la création éventuelle d’un
Etat kurde », explique Dr Idriss, avant de conclure : « Mais le
plus grave est que l’option du fédéralisme n’est pas non plus la
solution idéale. Il n’y a pas en Iraq une division géographique
des différentes communautés. A Bagdad, à Mossoul ou à Kirkouk
par exemple, les différentes communautés sont entremêlées. Le
sud n’est pas que majoritairement chiite, mais on y trouve aussi
des sunnites ». Face à cet état des lieux, le fédéralisme
présenté comme une solution par certaines parties ouvrirait la
voie à un autre problème d’envergure, à savoir un déplacement
des populations. L’Iraq est loin du bout du tunnel.
Abir Taleb |
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Constat d’échec
Réunis à Téhéran, les chefs de la diplomatie
des pays voisins de l’Iraq se sont simplement mis d’accord sur
des engagements verbaux pour une plus grande coopération pour
ramener la sécurité.
Impuissance à l’intérieur comme à l’extérieur
de l’Iraq. Tel est le triste bilan de la Conférence régionale
sur la sécurité en Iraq qui s’est tenue samedi et dimanche à
Téhéran. Au moment même où les ministres des Affaires étrangères
voisins de l’Iraq discutaient de la sécurité, les violences
faisaient rage dans les quatre coins du pays. De quoi mettre
dans l’embarras les participants à la réunion, qui comme de
coutume, se sont contentés d’engagements verbaux pour une plus
grande coopération. La résolution finale ressemble ainsi à bien
d’autres : « Exprimant leur grave préoccupation face à la
situation sécuritaire alarmante en Iraq, les ministres ont
exprimé leur détermination à engager une coopération efficace
avec le gouvernement iraqien et à améliorer la sécurité et la
stabilité en Iraq et dans la région ». Des paroles qui
attendront d’être suivies d’actions concrètes à même de stopper
la violence.
« La sécurité des pays voisins tels que
l’Iran, la Syrie et la Turquie est menacée par l’instabilité de
l’Iraq. Des membres de la guérilla peuvent s’infiltrer dans les
territoires voisins, ce qui peut compliquer la donne régionale
», explique Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études
arabes. Malgré ces menaces directes, les voisins de l’Iraq
restent incapables d’agir. Selon Abdel-Ghaffar Chokr, « c’est
tout simplement parce que lorsqu’il s’agit de l’Iraq, ce sont
les Etats-Unis qui décident. D’ailleurs, la plupart des voisins
de l’Iraq sont des pays sous influence américaine. Ils se
trouvent donc incapables de faire des propositions à l’encontre
de la position américaine, et donc de leurs propres intérêts ».
C’est donc pour cela qu’au sujet de la
présence américaine, les participants à la conférence ont
simplement appelé à un transfert « le plus tôt possible » des
tâches de sécurité aux forces iraqiennes, sans toutefois
mentionner un calendrier de retrait des forces étrangères.
Manque d’unanimité à ce sujet. Seul l’Iran insistait à fixer un
calendrier. Faute d’accord, les chefs de la diplomatie ont
préféré rester flous, soulignant simplement « la nécessité
d’élever le niveau de préparation des forces de défense et
sécurité iraqiennes et le transfert le plus tôt possible à ces
dernières des responsabilités de défense et de sécurité ».
L’Iran, en tant qu’hôte de la conférence, avait préparé à cet
effet un projet de résolution prévoyant notamment un calendrier
pour le retrait des forces d’occupation, selon le porte-parole
de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi. Mais les
autorités iraqiennes, dont le ministre des Affaires étrangères,
Hoshyar Zebari participait à la conférence, ont toujours refusé
de demander aux Etats-Unis un calendrier pour le retrait de
leurs forces. « Le gouvernement actuel ne peut pas diriger le
pays sans la présence américaine. Si les forces de la coalition
quittent le pays, le gouvernement perdra tout contrôle de la
situation et donc perdra son contrôle. La présence américaine
est dans leur propre intérêt », analyse Abdel-Ghaffar Chokr.
Maha Salem |
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