Al-Ahram Hebdo, Evénement | Au fil des pressions et contre - pressions
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 à 18 juillet 2006, numéro 618

 

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Evénement
Presse . Une intervention du président Moubarak en vue de supprimer la peine de prison pour atteinte à l'intégrité financière a quelque peu atténué les aspects négatifs de la nouvelle loi. Celle-ci garde aux yeux des journalistes un goût d'inachevé en matière de liberté.

Au fil des pressions et contre - pressions

« Je ne vois rien ... n'entends rien ... ne dis rien ... plus de presse ... plus d'articles ». Des cris confortés par des pancartes de « Vive la corruption, à bas la presse », une phrase du journaliste humoristique Ahmad Ragab, devenue depuis une semaine le slogan des journalistes. Ils étaient quelques centaines ce jour-là devant le Parlement. Une ultime tentative d'entraver une nouvelle loi qui met un terme au peu qui reste d'une presse qui se veut libre. Au moment où la mobilisation s'engageait pour de bon et que les quelques députés contre le projet de lois et la majorité PND notamment engageaient un débat enflammé au Parlement pour la troisième journée consécutive, le président Moubarak s'est manifesté en annulant l'article stipulant la peine de prison pour les cas d'atteinte à l'intégrité financière. Quelques jours avant le sit-in, les négociations avec le gouvernement, la grève des 28 journaux indépendants, les lettres envoyées au président Moubarak l'appelant à la rescousse, se sont avérées toutes inutiles. Les députés semblaient avancer à pas sûr vers un entérinement du texte présenté par le gouvernement, des modifications des articles du code pénal qui s'attaquent aux affaires de publication.

Tout avait commencé il y a deux ans, plus précisément le 26 février 2004, lorsque le chef de l'Etat appelle le président du Syndicat des journalistes au moment de la réunion de l'assemblée générale de cette dernière. Il promet d'annuler les peines de prison pour délits de presse contre les journalistes et combattre les atteintes aux libertés. La décision est applaudie, mais les journalistes modèrent rapidement cet enthousiasme. La promesse apparaît vite insuffisante. Le président promet comme il veut et « nous, nous nous occupons de la législation », a lancé le président du Parlement à la délégation du syndicat venue réclamer l'abolition de la prison. Malgré l'abolition par Moubarak de l'article sur les peines de prison pour atteinte à l'intégrité financière, le fond de la loi reste contraire à une presse libre. Au total, 17 articles prévoyant la prison sont maintenus, « pour atteinte au président de la République, ou à un chef d'Etat étranger, mais aussi pour atteinte aux institutions publiques, aux forces armées et au pouvoir judiciaire ». C'est dire que tout journaliste critiquant George Bush par exemple ou s'attaquant à la performance des ministères peut facilement se retrouver derrière les barreaux. Tout reste matière à interprétation de la part du juge.

A la fin du mois dernier, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Al-Dostour a ainsi été condamné à un an de prison pour avoir publié un article sur un procès lancé contre le chef de l'Etat. La peine pour publication de fausses informations reste également maintenue.

Autre point négatif, les amendes pour délits de presse ont ainsi doublé, alors qu'elles ont déjà été multipliées par 20 en 1996. En fonction du nouveau texte, elles peuvent atteindre 40 000 L.E. Etrange si l'on sait que l'amende pour homicide involontaire est souvent de 10 000 L.E. Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti Al-Tagammoe (gauche), relate cependant quelques amendements positifs dans la nouvelle loi, mais qui, dit-il, « ne touchent pas le fond du problème ». Un rédacteur en chef d'une publication ou les éditeurs qui se voyaient associés aux peines avec leurs journalistes ne le seront plus. Une sanction pour diffusion d'idées contraires aux principes du système socialiste n'est plus de mise. Mais loin des articles, de leurs détails ou encore de la terminologie utilisée, la nouvelle loi s'efforce de contourner les peines de prison, de ligoter les journalistes tout en laissant croire que des concessions sur la voie des réformes ont été entreprises. Les amendements restent de pure forme, dit le syndicat dans une lettre adressée aux députés à la veille de l'examen du projet par le Parlement. Insuffisance d’une réforme tant attendue et qui ne peut être interprétée indépendamment d'une autre série de lois qui touchent aux libertés. Des lois sur l'exercice politique, la création des partis et le pouvoir judiciaire ont déjà précédé celles sur les publications, et sans exception, elles ont toutes posé de nouveaux obstacles alors qu'elles étaient censées ouvrir la voie à des réformes. Au Parlement, le texte n'a été rejeté que par une centaine de députés, c'est-à-dire un peu moins du quart. Le reste, les députés du parti au pouvoir, ont lancé des accusations de tout bord contre la presse et les journalistes, les accusant de « corrompus », et de « maîtres chanteurs ».

Que veut exactement le régime ? Telle est la question dont on connaît la réponse. Une censure multiforme des voix de l’opposition et donc de la presse qui leur sert de plate-forme. En deux ans, les journalistes se sont montrés plus critiques, voire plus audacieux à dévoiler des affaires de corruption. Des hommes proches du régime et du Haut comité des politiques du Parti national démocrate n'ont pas échappé à la plume des journalistes.

Un problème d'intérêt

Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef du journal nassérien Al-Arabi, comme beaucoup d'autres journalistes, va même jusqu'à accuser l'influent homme du régime, l'homme d'affaires Ahmad Ezz, d'être « derrière cet article protégeant l'intégrité financière ». Il y a quelques semaines, la presse lui demandait de dévoiler sa fortune et ses origines. On dit que Ezz a même fait du porte-à-porte pour inciter ses collègues du PND à signer tous présents lors du débat sur la loi au Parlement. Pour Sennawi, la preuve en est que la tâche de prouver les accusations, documents à l'appui, incombe aux journalistes et non aux enquêteurs comme c'est le cas dans tous les pays du monde. En fait cela laissait entendre que le régime veut maintenir la corruption en soutenant les atteintes aux libertés non seulement de la presse. De plus, on relève qu'avec l'entrée en force des hommes d'affaires au Parlement, il est normal qu'ils tentent de se protéger par tous les moyens, estiment les observateurs. Ils constituent un vrai lobby, relèvent-ils. Il a fallu donc l'intervention directe du président Moubarak pour mettre un frein à cette volonté d'exception des hommes d'affaires. Il a ainsi demandé de supprimer la peine de prison pour ces cas. La demande formulée par le chef de l'Etat et annoncée par le président de l'Assemblée du peuple, Fathi Sourour, a été accueillie « par des applaudissements nourris de tous les députés », apprend-on. Un revirement surprenant pour ceux du PND, au pouvoir.

Mais les questions sur les libertés se posent toujours. Il y a également le cas des publications sur Internet. Le jour où le gouvernement a présenté la nouvelle législation au Parlement, les bloggers Mohamad Al-Charqawi et Karim Al-Chaer ont vu leur détention prolongée de 15 jours. Aucune charge n’est toujours retenue contre eux. Mais comme Alaa, le fameux blogger relâché il y a trois semaines, ils militent activement pour la démocratie en Egypte. C’est au moment où ils sont en prison que leurs voix vont encore plus loin. La cellule ne les empêche pas d'écrire, d'accuser et de réclamer leur libération et avec elle la liberté de toute une société. La loi sur les publications ou encore les articles dans le Code pénal les concernant ne touchent pas uniquement les journalistes mais l'ensemble des Egyptiens. Un simple courrier envoyé à un journal peut servir de chef d'accusation contre l'expéditeur.

Chassés par les forces de l'ordre de l'enceinte du Parlement, les journalistes défilent dans les rues du centre-ville en direction du syndicat. Toujours pancartes à la main et aux cris : « Nous voulons une presse libre », des piétons se rejoignent à eux, par petits groupes. Quelques dizaines par là et d'autres par ici. Les chauffeurs des taxis et des bus ralentissent à leur passage : « Que Dieu soit avec vous ». Du haut des balcons, on lfait le signe de victoire, mais au Parlement on agit autrement à moins d'un coup de théâtre.

Samar Al-Gamal

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